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Stratégies indicielles « low carbon » et transition énergétique

Le marché mondial de la gestion indicielle, qui est devenue un élément incontournable d'une stratégie de gestion de portefeuille, représente environ 10 000 milliards de dollars. Avec le soutien de deux « zinzins » respectés, Amundi a lancé des indices low carbon, qui permettent aux investisseurs qui le souhaitent d'allier leur engagement sociétal à une problématique d'efficience de marché.

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Revue de l'article

Nous assistons à un point d'inflexion dans la lutte contre le réchauffement climatique : si les États ont longtemps été seuls en première ligne dans ce combat, désormais, les investisseurs reconnaissent là un risque financier, non rémunéré, et devant donc être analysé, puis limité autant que possible. En effet, si le réchauffement climatique est une menace pour la planète, il constitue un risque pour certains actifs.

En partenariat avec des investisseurs institutionnels et partenaires clés, Amundi a développé des stratégies d'investissements indiciels qui permettent de se prémunir contre ce risque carbone sans incidence défavorable sur l'exposition de marché (et donc sur les rendements financiers). Ces indices sont conçus pour aligner de manière optimale la gestion des risques carbone, la performance financière, et un « signal » engageant les entreprises sur le thème de leur empreinte carbone. Ils permettent donc de mobiliser à grande échelle investisseurs et entreprises dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Un changement de paradigme dans la lutte contre le changement climatique

Le sommet sur le climat organisé le 23 septembre dernier à New York par le secrétaire général des Nations unies a mis en avant le rôle primordial que le secteur privé et la société civile doivent jouer dans la transition vers une économie sobre en carbone. C'est en effet une condition nécessaire pour s'approcher de l'objectif, arrêté à Cancun en 2010, de limiter le réchauffement global à moins de 2 degrés. Cet événement marque un changement d'approche dans les politiques de lutte contre le changement climatique, avec une volonté de mobiliser le secteur privé, les administrations locales ainsi que les organisations non gouvernementales.

Limites de la mobilisation des investisseurs jusqu'à présent

L'émergence de la prise de conscience du risque climatique n'a été jusqu'alors accompagnée que de très peu d'action de la part des investisseurs, et ce pour trois grandes raisons identifiées :

  • tout d'abord, le traitement de la question climatique requiert un horizon d'investissement long qui fait de plus en plus défaut aux investisseurs institutionnels ;
  • ensuite, la question climatique est complexe, tant dans le choix des technologies que des aides gouvernementales, dont la pérennité est en règle générale compliquée à estimer ;
  • enfin, trop souvent, les véhicules d'investissements restent des véhicules de taille réduite et conduisent à un impact sur un portefeuille très limité, conduisant parfois par là même à une absence d'action.

Stratégies indicielles de couverture des risques carbone

Il existe une manière simple et efficace de traiter les obstacles énumérés précédemment et de réduire le risque carbone en recourant à l'outil utilisé par une immense majorité d'investisseurs : la gestion passive (réplication des indices de référence, comme MSCI, S&P, FTSE, etc).

Dans ces indices, se trouvent des sociétés qui sont exposées au risque climatique, soit en tant que pollueurs, soit en tant que détenteurs de « stranded assets » (réserves de carbone potentiellement inexploitables). Or il est désormais possible de construire, de manière claire et transparente, des indices répliquant ces indices standard tout en réduisant le poids des sociétés exposées au risque climatique et en conservant une même exposition aux marchés. Autrement dit, en adoptant ces indices, les investisseurs peuvent réduire leur exposition à un risque non rémunéré sans changer leur exposition de marché, ce qui revient à générer une option gratuite sur un actif « mispricé ».

En effet, en conservant l'exposition de marché, l'investisseur peut attendre patiemment la juste valorisation des sociétés ayant un impact climatique. La pénalisation de cet impact climatique devrait conduire les indices standard à subir une pression baissière, et en parallèle, ceux ayant réduit ces risques de pénalisation à surperformer. Et comme entretemps, l'exposition au marché est conservée, cela revient à prendre position à très faible coût. Si, cas improbable, toute la question climatique n'était qu'une immense erreur d'appréciation, seul ce coût viendrait impacter la performance financière ;si, à l'inverse, les sociétés polluantes font effectivement face à une taxe (quelle que soit sa forme), cela peut engendrer des gains importants.

Impacts de l'adoption d'indices « low carbon »

Le principal effet induit de l'adoption de ces indices par les investisseurs est la réallocation du capital des sociétés les plus exposées au risque carbone – celles dont le modèle économique est inadapté à une économie sobre en carbone – vers les sociétés vertueuses. Un effet secondaire de tels indices est donc de placer la question du carbone et de l'efficacité énergétique sur l'agenda des entreprises. Les indices low carbon constituent à cet égard une mesure complémentaire à la participation aux fonds de financement de la transition énergétique de type fonds d'infrastructures ou fonds de capital-investissement.

In fine, de telles solutions d'investissement s'adressent au marché en pleine croissance de l'investissement indiciel. Avec une taille de près de 10 000 milliards de dollars, si une fraction seulement de ce marché adoptait des indices low carbon, la réallocation de capital serait très importante.

Deux fonds de pension européens, le suédois AP4 [1] et le français FRR [2], ont activement contribué, au côté d’Amundi, au lancement d’une gamme d’indices MSCI Low Carbon Leaders. Ces indices sont les premiers dans l’industrie à répondre à deux dimensions de l’exposition carbone – les émissions carbone et les réserves d’énergie fossile – tout en maintenant un très faible écart de suivi vis-à-vis des indices de référence. Amundi a acquis une licence pour la création de solutions indicielles basées sur ces nouveaux indices et prévoit de lancer des fonds indiciels couvrant les zones Europe et World.

Sur l'ensemble des régions traitées, les indices Low Carbon Leaders permettent une réduction efficace de l'exposition carbone, avec une baisse de l'intensité des émissions carbone et des réserves carbone de plus de 50 % (respectivement plus de 60 % et de 80 % pour l'Europe). Ces stratégies, qui ont un objectif de surperformance à long terme, ont à ce jour légèrement surperformé leur indice de référence. Et comme cette approche est souple, elle a aussi permis de « décarboniser » des portefeuilles d'un autre grand fonds de pension français, l'ERAFP [3].
Il est certain que la qualité des données carbone doit encore progresser et les méthodologies s'affiner. Les investisseurs ont alors à faire un choix simple :

  • soit attendre une plus grande rigueur d'analyse et l'émergence d'un consensus (d'ici peut-être 3 à 5 ans), les prix des actifs intégrant alors cette nouvelle dimension du risque ;
  • soit prendre position d'ores et déjà avec des instruments imparfaits. Ayant réduit les risques de sous-performance intermédiaires, ces instruments permettent néanmoins de prendre position en amont des législations à venir.

S'il est probable que la seconde approche puisse permettre de générer plus de gains, elle permet aussi d'accélérer le processus de découverte des prix par une allocation de ressources plus grandes à l'écosystème (fournisseurs de données, analyse des risques, scénarios carbone, etc.).

Une coalition d’investisseurs soutenue par l’ONU pour décarboniser les portefeuilles

Invité à partager son expérience à la tribune de l'ONU lors du Sommet climat à New York, Mats Andersson, CEO d'AP4, a pris l'engagement de décarboniser l'ensemble de son portefeuille action, valorisé à 20 milliards de dollars. Il a aussi annoncé le lancement de la « Portfolio Decarbonization Coalition », dont Amundi est l'un des membres fondateurs aux côtés d'AP4, de la centrale de données carbone CDP, du programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP) et son initiative financière (UNEP FI). Avec le soutien du Secrétaire Général Ban Ki-moon, la coalition a pour objectif de décarboniser 100 milliards de dollars d'actifs d'ici la conférence Paris Climat de 2015.

Le deuxième objectif de cette coalition est de réunir 500 milliards de dollars d'actifs dont l'empreinte carbone aurait été mesurée. La mesure de l'empreinte carbone des portefeuilles d'investissement est en effet une étape préalable à une meilleure compréhension et gestion de l'exposition au risque carbone de ces actifs. Actuellement, alors que les investisseurs peuvent communiquer sur l'ensemble de leurs risques de portefeuille (sensibilité au taux d'intérêts, au taux de change, à l'inflation, etc), l'appréciation du risque climatique dans les portefeuilles d'investissement est encore peu répandue. Une fois ce risque analysé et rendu public, il conduira naturellement à sa réduction. Par ailleurs, cette analyse des risques semble encore plus impérative pour les fonds publics, puisque les États et les pensionnaires, en tant que citoyens, seront amenés à supporter le coût du réchauffement climatique. Il est donc nécessaire de savoir, en amont, quelle est l'exposition des actifs détenus et s'ils contribuent à augmenter ce coût.

Les stratégies de couverture des risques carbone permettent ainsi aux investisseurs de se couvrir en cas de matérialisation non anticipée du risque carbone et de mobiliser les investisseurs institutionnels au service de la lutte contre le changement climatique, sur des bases rationnelles de maximisation du profit et de réduction des risques. Bref, il est désormais possible, grâce à des innovations financières, de combiner recherche de rendements supplémentaires et impact positif pour la planète. Et comme cette technologie s'applique à la vaste majorité des investisseurs, cela marque l'entrée d'une nouvelle force au potentiel très important pour aider à la transition vers la « low carbon economy ».

[1] Le Fourth Swedish National Pension Fund's, établissement public, est l’un des cinq bufferfunds du système national de retraite suédois.

[2] Le Fonds de réserve pour les retraites, qui s'est engagé à investir 25% de sa gestion indicielle sur ce produit, à hauteur de 1 milliard d'euros.

[3] Établissement de retraite additionnelle de la fonction publique, l'un des précurseurs français en matière d'ISR.

 

Sommaire du dossier

Matières premières : le fonctionnement des marchés en question

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