Cet article appartient au dossier : Ethique et marchés financiers.

Réinstaller l'éthique au cœur des marchés financiers

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Revue Banque n°802bis

Ethique & marchés financiers

La crise de 2008 n'est évidemment pas réductible à la litanie des scandales financiers qui l'ont précipitée. Elle ne l'est pas même à la révélation plus large des travers d'un système dont le développement, dans les années 1990, avait été centré sur la recherche du profit à court terme. Pourtant, il aura fallu cette crise majeure pour que le monde de la finance comprenne que « l'éthique est indispensable à sa survie à long terme », comme le souligne Paul H. Dembinsky.

Mais au-delà de la prise de conscience, la mise en œuvre des principes éthiques n'est pas chose facile. D'abord parce que l'éthique ne relève pas d'une science exacte, comme en témoigne la variété des conceptions et des positions qui apparaît au travers de ce dossier de Revue Banque réalisé en partenariat avec l'AMAFI. Ainsi, si tous peuvent s'entendre pour considérer avec Pierre de Lauzun que « l'éthique, ou la morale, est la recherche du bon ou du bien », une première interrogation porte sur son application aux marchés financiers, dont la finalité initiale est de fixer un prix entre un acheteur et un vendeur. Suffit-il que les opérateurs respectent l'intégrité des marchés, ou faut-il, pour reprendre Élisabeth A. Franco-Gressieux, qu’ils s’assurent « de produire de la valeur humaine, écologique, sociale… » ? Dans ce cas, la réflexion doit sans doute porter aussi, comme nous y invite Thierry Philipponnat, sur l’utilité économique des activités conduites, et plus particulièrement, pour Denis Dupré, Alain Grandjean et Mireille Martini, sur leur orientation vers le financement de la transition énergétique. Alexandre Coquet et Philip Rauh nous offrent à cet égard un point de vue original sur la prise en compte de l’éthique dans les décisions des investisseurs institutionnels.

Se pose également la question des sources dans lesquelles puise une éthique des marchés financiers, et des moyens de sa mise en œuvre.

La régulation et son corollaire, la fonction de conformité, tiennent ici, à l’évidence, une place particulière. Leur renforcement a du reste constitué l’une des premières réponses fortes pour réinstaller, depuis 2008, l'éthique dans les pratiques financières, notamment via des approches « principles based ». Or, si certains considèrent avec Christophe Nijdam et Frédéric Hache que beaucoup reste à faire – par exemple pour définir un statut transnational et uniforme des lanceurs d’alerte que Mar Pérezts appelle de ses vœux –, d’autres estiment que la régulation est nécessairement insuffisante, voire, comme l’illustrent Thomas Girard ou Pauline Laurent, que l’inflation de normes peut déresponsabiliser les acteurs et réduire la dimension éthique de leur approche interne.

L’éthique dans l’entreprise peut trouver d’autres moteurs externes que la régulation, comme le rappelle Olivier de Guerre, pour qui l’activisme actionnarial peut jouer ce rôle. Surtout, il importe que l’entreprise « internalise » l’éthique. Plusieurs pistes sont ici possibles. Christian Walter milite pour une éthique épistémique, où les professionnels de la finance s’assurent que les savoirs collectifs qui fondent les méthodes de gestion, les modélisations probabilistes du risque ou les scénarios économiques respectent eux aussi des valeurs éthiques. Cette intégration de l’éthique passe aussi, nous rappelle Abdeldjellil Bouzidi, par un changement de perspective temporelle, au profit de l’adoption d’objectifs de long terme, avec lesquels, insistent Catherine Karyotis et Ewan Ormiston, doivent être mises en cohérence la gouvernance de l’entreprise et l’action de ses dirigeants. Pauline d’Amboise et Ian Fisher détaillent la façon dont leurs employeurs ont décliné ces principes d’une éthique « holistique ».

Le débat sur l'éthique des affaires financières et les comportements des opérateurs ne fait sans doute que commencer. Une certitude, le « business as usual » étant désormais une voie sans retour possible, il faut trouver de nouveaux chemins pourles opérateurs, les managers et les dirigeants puissent, selon la formule de Michel Camdessus, « éduquer leurs consciences comme ils éduquent leurs intelligences ».

 

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