Le constat est banalement unanime et donc implicitement partagé : où qu’elle se situe dans le cycle conjoncturel mondial, l’économie française souffre d’un chômage (de masse) durablement
Un effet boule de neige de la dette temporairement oublié
Point d’attention, la normalisation des taux d’intérêt semble se dessiner lentement en Europe. Les rendements obligataires se situent pourtant toujours dans une zone nominale d’aberration économique, par nature transitoire : ils étaient récemment proches de zéro ou négatifs pour les valeurs refuges et les maturités inférieures à 5-7 ans en France. Cette correction se déroule depuis septembre 2016 par contagion encore modeste avec la hausse observée aux États-Unis, du fait de l’éloignement du spectre déflationniste, de la remontée des prix du pétrole, du durcissement monétaire graduel de la Fed et du programme protectionniste plutôt inflationniste de relance keynésienne annoncé par Donald Trump. Si cette remontée des taux s’accentue, en dépit de la pression à la baisse exercée temporairement par la politique monétaire quantitative extrêmement accommodante de la BCE, elle risque progressivement de créer les conditions dangereuses d’un effet de boule de neige sur la charge de la dette française, mécanisme aujourd'hui volontairement oublié.
Fiscalité excessive et vision structurelle de court terme
Selon
Justifier tout plan de relance
Ces phénomènes d’irréversibilité s’enracinent dans la destruction probable ou définitive d’entreprises viables, de moyens efficaces de production ou de compétences rares, dont la reconstruction serait par essence longue, coûteuse ou difficile. D’ailleurs, seule la lutte contre l’émergence d’une déflation ou contre l’implosion d’un système bancaire en déshérence peut ponctuellement justifier ce type d’intervention : il s’agit alors d’apporter en urgence la liquidité nécessaire ou de compenser momentanément l’effondrement de la demande privée par le déficit budgétaire, en privilégiant l’investissement public le plus
Rechercher des avantages comparatifs
L’alibi de l’harmonisation nécessaire (la standardisation ?) des politiques économiques et des conditions de concurrence en termes de coûts salariaux est une manière d’ignorer le principe de Ricardo sur les avantages comparatifs du commerce international. Ce dernier stipule que seule la différenciation relative alimente l’échange commercial et, plus généralement, la richesse des relations entre les hommes. La clé est donc fondamentalement interne : elle s’incarne dans une montée en gamme des activités productives et la création d’une offre différenciée. En conséquence, la croissance potentielle, désormais à moins de 1 % l’an contre 2 % l’an dans les années 1990, tend continuellement à se réduire, au-delà de la question de l’intégration plus ou moins réussie du progrès technique. La diffusion des innovations, lente et destructrice en début de processus, serait insuffisante pour compenser l’effet négatif du vieillissement et du désendettement à venir, malgré la révolution numérique.
Les maux du corporatisme et de l’étatisme
Une explication complémentaire au cercle économique vicieux déjà décrit peut être trouvée dans « La société de défiance » de Yann Algan et Pierre Cahuc (Cepremap, 2016). Selon eux, le modèle social français s’autodétruit, en entravant l’accès au plein-emploi et à une croissance forte. La défiance et l’incivisme sont plus prononcés que dans la plupart des pays riches, phénomènes persistants depuis plusieurs décennies. Tout ceci viendrait de l’instauration d’un modèle social combinant corporatisme et étatisme. Celui-ci saperait la confiance, en instaurant des inégalités statutaires. Il conduirait à l’effritement de la solidarité et de la confiance mutuelle. En effet, le corporatisme, qu’ils définissent comme l’octroi de droits sociaux associés au statut et à la profession, institutionnaliserait la segmentation des relations sociales, d’où la recherche de rentes et l’émergence répétée de suspicions partagées. L’étatisme consisterait à réglementer l’ensemble des domaines économiques et sociaux dans les moindres détails. Il viderait le dialogue social de son contenu, au détriment de la concurrence et en faveur de formes de corruption. Plus précisément, le mécanisme serait le suivant. Le déficit de confiance nécessite l’intervention de l’État. Celui-ci opacifie les relations entre les citoyens, en réglementant à
Retrouver une mécanique naturelle d’incitation
La confiance, tout comme la création de richesse, ne tombe pas du ciel. Elle ne se décrète pas non plus : elle s’organise par la mise en œuvre de conditions favorisant une stimulation saine de la productivité. Celle-ci n’a jamais été l’ennemi de l’emploi à long terme, bien au contraire. Cela passe par l’élaboration d’un contexte social, réglementaire et fiscal attrayant, qui ne nuise pas au rendement final du capital, pour encourager l’effort d’épargne et d’investissement. N’oublions pas que la théorie micro-économique et l’observation des comportements humains nous enseignent que toute décision d’individus rationnels se prend à la marge, au mieux de ses intérêts, de ses connaissances et de ses expériences personnelles, tout en tenant compte des contraintes perçues. De plus, ces innombrables décisions se projettent dans un processus dynamique, sans cesse renouvelé et changeant, donc impossible à appréhender par un planificateur (comme par exemple l’État). Enfin, n’existe-t-il pas un paradoxe singulier à juger et à traiter différemment le paiement des heures supplémentaires et l’impôt progressif ? Le premier principe reconnaît que l’effort a un coût marginal croissant pour un salarié, supposant une compensation sous forme d’un salaire plus élevé. À l’inverse, l’impôt progressif induit un revenu net par heure de travail d’autant plus faible qu’on travaille plus. L’incitation productive doit reposer sur une taxation raisonnable des fruits légitimes du travail des entrepreneurs comme des salariés. Cette stratégie est au cœur du processus de croissance.
Achevé de rédiger le 23 janvier 2017.