Gouvernement

« Le plan de relance doit mobiliser l’investissement privé »

Créé le

12.11.2020

Bruno Le Maire revient sur les mesures décidées pour organiser un soutien d’urgence à l’économie, celles qui permettront sa reprise et sa transformation durable, sur le remboursement des ressources sollicitées par le plan de relance et sur le relais attendu des investisseurs et des marchés financiers.

Comment sera financé le plan de relance français annoncé en septembre ?

100 milliards d’euros seront investis pour relancer l’économie sur 2 ans. Ces 100 milliards d’euros seront en partie financés par de la dette. Mais soyons clairs : ce sont des investissements d’avenir, pour relancer notre économie et la transformer, afin qu’elle soit plus durable et plus compétitive.

Sur la question du remboursement de la dette, nous avons une stratégie claire et cohérente. Nous refusons l’idée d'une dette perpétuelle qui ne serait jamais remboursée. C’est une fiction.

La seule voie raisonnable pour rembourser notre dette est d’abord la croissance. Ensuite, la maîtrise de nos finances publiques. Enfin, nous rembourserons notre dette par des réformes structurelles. De ce point de vue, la réforme des retraites est une priorité absolue. Nous ne pouvons pas défendre un modèle social parmi les plus généreux au monde sans nous donner les moyens de le financer.

L’Europe financera également ce plan de relance puisque 40 milliards d’euros viendront des ressources du plan européen Next Generation EU, adopté grâce à l’accord historique entre le Président Emmanuel Macron et la Chancelière Angela Merkel.

Le plan de relance français peut-il être modifié en cas de nouvelle aggravation de la crise sanitaire ?

Nous sommes face à une deuxième vague épidémique. Cette vague touche la France et tous les pays européens. Elle a amené le président de la République à prendre des mesures sanitaires fortes et nécessaires, mais qui auront des conséquences économiques que nous devons anticiper et prévenir.

Comme nous l’avons fait depuis le premier jour de la crise, nous adaptons et renforçons donc nos dispositifs de crise que sont le fonds de solidarité, l’activité partielle, les exonérations de charges sociales ainsi que les prêts garantis par l’État. C’est le soutien immédiat pour soutenir les entreprises face à la crise.

Mais la relance ne s’est pas pour autant arrêtée. Elle a commencé depuis la rentrée et elle continue de se déployer à travers les différentes mesures de France Relance. Je pense notamment à MaPrimeRenov, à l’aide à l’embauche d’un jeune, aux projets de relocalisation industrielle ou encore à la rénovation thermique des bâtiments publics de l’État. Fin 2020, c’est environ 10 % du plan de relance qui sera déjà engagé.

L’enjeu aujourd’hui est double : conjuguer soutien économique d’urgence et transformation de notre économie. L’un ne va pas sans l’autre.

Comment le plan de relance français s’articule-t-il avec le plan de relance européen ? Quelles sont les grandes lignes du plan d’investissement que la France présentera à Bruxelles ?

L’Union européenne contribuera au financement du plan de relance français à hauteur de 40 %, c’est-à-dire environ 40 milliards d’euros.

En créant une capacité d’endettement commune d’ampleur, cet accord historique marque une étape inédite dans le renforcement de l’intégration de l’Union européenne. Les mesures que nous souhaitons faire financer par cet instrument seront présentées début 2021 à la Commission européenne dans un « plan national de relance et de résilience » que nous préparons actuellement. Il détaillera une partie de la stratégie de réformes et d’investissements que la France mettra en œuvre durant les prochaines années.

Ce plan est totalement aligné avec les priorités européennes : accélérer la transition écologique, améliorer la compétitivité de nos entreprises et garantir notre souveraineté technologique. Il comprendra par exemple des investissements massifs en faveur de la rénovation thermique des bâtiments, de la décarbonation des processus industriels, ou encore du passage à des modes de transport plus écologiques. Il favorisera également l’intégration sur le marché du travail des demandeurs d’emploi.

Le plan de relance européen sera financé par des emprunts européens mutualisés : pensez-vous qu’il faille développer et/ou pérenniser ce dispositif d’emprunt mutualisé de l’UE ?

Pour la première fois de son histoire, les pays de la zone euro ont décidé de s’endetter ensemble pour financer leur avenir. Est-ce que qu’il faudra pérenniser ou développer ces emprunts européens mutualisés ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais soyons clairs : cet accord nous a permis de faire face collectivement au choc économique sans précédent que nous vivons.

L’Europe a été à la hauteur de l’histoire. Cette avancée inédite était encore inenvisageable il y a quelques mois tant les positions des États membres sur cette question divergeaient. L’esprit de responsabilité collective et le sens du compromis de chacun ont prévalu. Il faut maintenant s’assurer que les textes législatifs soient adoptés rapidement, d’ici la fin de l’année, pour que les fonds européens soient investis le plus rapidement possible.

À moyen terme, nous devons créer de nouvelles ressources propres pour faciliter les remboursements des emprunts de la Commission. Des options seront présentées au premier semestre 2021 pour parvenir rapidement à un accord.

Le plan de relance français doit-il aussi catalyser les efforts d’investisseurs privés ?

Oui, le plan de relance doit mobiliser l’investissement privé. C’est indispensable pour permettre à notre pays de retrouver dans deux ans le niveau d’activité économique que nous connaissions avant la crise.

J’attends tout particulièrement les acteurs financiers sur le soutien aux entreprises et à l’investissement. Qu’il s’agisse des banques, des assureurs, des gestionnaires d’actifs ou des intermédiaires financiers, ils ont un rôle essentiel à jouer, en orientant l’épargne et des capitaux privés vers l’investissement en fonds propres et quasi-fonds propres des entreprises. Nous accompagnerons ces efforts, notamment avec le label relance.

Des nouvelles mesures pourraient-elles être prises dans cette perspective (vis-à-vis des investisseurs, des actionnaires, sur le plan réglementaire ou fiscal…) ?

La réunion de place que nous avons tenue le 19 octobre a permis d’acter le déploiement de deux instruments qui contribueront significativement à la recapitalisation des entreprises.

En premier lieu, la création du label « Relance », qui vise à orienter l’épargne vers les fonds propres des entreprises françaises, et en particulier des PME et des ETI. Ce label permet d’identifier les fonds d’investissement qui s’engagent à mobiliser rapidement des ressources nouvelles pour ces entreprises. Leur profil de risque sera suffisamment varié pour que chacun puisse, à la hauteur de sa capacité d’épargne et de son profil de risque, contribuer à la relance. Les fonds investis dans des entreprises non cotées pourront en outre solliciter le soutien de l’instrument de garantie en capital de Bpifrance « Garantie Fonds Propres », dont les capacités seront relevées dans le cadre du projet de loi de finances, afin de garantir jusqu’à 1 milliard d’euros d’investissement en fonds propres.

La seconde mesure présentée à cette occasion vise à mobiliser l’ensemble des acteurs financiers dans un programme ambitieux d’octroi de prêts participatifs et autres financements de quasi-fonds propres à des PME ou ETI viables mais dont la structure de bilan a été affaiblie par la crise. L’objectif est de mobiliser 20 milliards d’euros pour ces entreprises. Ces prêts seront distribués par des banques, des sociétés de financement ou des fonds, puis refinancés sur le marché auprès d’investisseurs institutionnels. La garantie partielle octroyée par l’État permettra de rendre le coût de l’emprunt abordable pour les entreprises et le produit financier attractif pour les investisseurs. L’enjeu est désormais de définir les caractéristiques précises du dispositif, avec les entreprises et les acteurs financiers.

Plus globalement, qu’attendez-vous des investisseurs et des marchés financiers pour la relance économique ?

Je leur demande de soutenir les entreprises françaises, d’être solidaires et responsables.

Nous avons besoin qu’ils continuent à financer nos PME et ETI. Nous estimons que d’ici à la fin 2021, environ 20 000 PME et ETI auront besoin d’une recapitalisation. Elles ont subi de lourdes pertes, ce qui pourrait avoir des conséquences sur leurs projets d’investissements et ralentir le rythme de la relance.

C’est plus que jamais le moment, pour les investisseurs, de se saisir des réformes introduites par la loi PACTE et de proposer à leurs clients les nouveaux produits qu’elle a créés. C’est indispensable pour orienter l’épargne des Français vers nos entreprises.

J’attends également d’eux qu’ils se saisissent et s’approprient les initiatives de France Relance. Sur le label « relance », aux gestionnaires d’actifs de construire et labelliser des produits conformes au cahier des charges, et aux distributeurs et intermédiaires financiers d’en assurer la promotion auprès de leurs adhérents, dans le respect du devoir de conseil. Sur les prêts participatifs, aux établissements bancaires et aux fonds d’investissement de distribuer largement, dès début 2021, ces instruments de quasi-fonds propres. L’État mobilise son bilan, les fédérations et associations professionnelles ont pris des engagements en ce sens ; aux acteurs de les décliner sur le terrain.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº850bis