Internationalisation du yuan

Paris Europlace fait valoir ses atouts

Créé le

06.05.2014

-

Mis à jour le

22.05.2015

Alors que les places financières européennes se disputent les faveurs des autorités chinoises pour tirer profit de l'internationalisation du yuan, Paris Europlace mise sur des échanges au long cours et la tenue d'un dialogue économique de haut niveau pour asseoir la Place de la France dans les échanges.

Quelles coopérations se sont nouées entre Paris Europlace et les places financières chinoises ?

Paris ​Europlace a noué des coopérations avec plusieurs centres financiers et marchés de Chine. Notre objectif est double : exporter notre savoir-faire et faciliter les flux commerciaux et d’investissement  entre Paris et ces grands centres en fort développement.

La Chine continentale est, en effet, lancée depuis 4 à 5 ans dans une stratégie d’ouverture progressive et de développement de ses marchés financiers ; elle met un accent tout particulier sur son marché intérieur, avec la mise en place de normes plus conformes aux standards internationaux pour les banques domestiques, comme pour les sociétés d’assurance.

Par ailleurs, en décembre 2010, nous avons signé un premier accord avec la ville de Shanghai. La ville cherche à attirer des acteurs internationaux ; nous y travaillons avec elle. La perspective est, en outre, la mise en place d’un International Board dont le rôle serait d’inciter des entreprises étrangères à se coter sur la Bourse chinoise. Les entreprises françaises souhaitent être parmi les premières à y participer, dès que ce marché sera ouvert. Inversement, nous organisons des présentations régulières des atouts de la Place de Paris aux investisseurs de Shanghai, pour les inciter à venir développer leurs activités sur la Place de Paris.

Le marché obligataire fait également partie des priorités des autorités chinoises. Une autre coopération a été entamée sur ce sujet depuis 2012, à la faveur de l’accord signé entre Paris​Europlace et l’Association des investisseurs institutionnels chinois (NAFMII) pour aider à développer le marché obligataire corporate chinois. Dans ce cadre, des premières sessions de formation ont été mises en place, à Paris et Pékin, pour former les cadres des opérateurs et autorités de régulation chinoises.

Il est à noter qu’une forte compétition oppose les villes chinoises. Outre Shanghai et Pékin, d’autres places comme Chongqing, Chengdu ou encore Shenzhen, dont la Bourse des PME est extrêmement dynamique, sont également très actives. Nous comptons développer nos relations avec les principales villes chinoises.

Quels atouts la Place de Paris met-elle en avant pour jouer un rôle dans le processus d’internationalisation du yuan ?

Le yuan est désormais la 2e devise mondiale derrière le dollar et devant l’euro. Des centres financiers offshore se créent et commencent à développer leurs transactions commerciales et financières. Paris en fait partie, qui ambitionne de compter parmi les principales places d’échange.

Nos atouts sont réels et nombreux dans ce processus d’internationalisation du yuan. Ils sont au nombre de trois :

  • la diversité des activités et la présence à l’international de nos banques ;
  • les relations commerciales entre la France et la Chine notamment au travers de nos grandes entreprises ;
  • les liens privilégiés de la France avec l’Afrique, continent sur lequel la Chine investit massivement.
Dans ce contexte, Paris ​Europlace a engagé très tôt – dès 2006 – des contacts avec la Chine, dans l’esprit ouvert et offensif qui nous caractérise. C’est une position et une stratégie qui nous distingue de Londres : jusqu’à la crise financière, Londres considérait les marchés émergents comme des concurrents, tandis que Paris les a toujours vus davantage comme des partenaires potentiels.

Cette stratégie s’est traduite par les deux accords précités. L’accord avec Shanghai fonctionne dans les deux sens. Nous cherchons à attirer des investisseurs chinois en Europe et en France. Nous avons en particulier travaillé à l’implantation d’ICBC en France en 2009, et plus récemment, en 2013, à celle d’Exim Bank. Nous espérons faire venir d’autres banques chinoises ; des discussions sont en cours, dont certaines pourraient aboutir cette année ou en 2015.

Et nous nous réjouissons de l’accord signé fin mars entre l’AMF et la CBRC [1] destiné à autoriser les investisseurs chinois à investir directement en France sur les marchés actions et obligations, au travers du mécanisme QDII [2] . Dans l’autre sens nous avons obtenu le même régime que celui annoncé par le ministre des Finances britannique à l’automne dernier : le RQFII pour les investisseurs français désireux d’investir en Chine dans la limite d’un quota [3] . Nous avons travaillé pour préciser les souhaits de chacun dans les domaines de la gestion d’actifs et des fonds d’investissement. L’enveloppe est la même que celle accordée à la City : 80 milliards de RMB. Le montant a été négocié sur la base des souhaits transmis par les différents acteurs. Chaque établissement devra ensuite demander un agrément pour négocier son montant dans l’enveloppe globale. Ce statut nous donne une longueur d’avance sur les autres places européennes.

Enfin, je rappelle l’action énergique menée par la Place de Paris pour que les banques françaises comme chinoises présentes à Paris, ouvrent des comptes en RMB pour leurs clients entreprises-grandes entreprises, ou bien PME/ETI, françaises et européennes, qui ont besoin de monnaie chinoises pour faciliter leurs transactions commerciales avec la Chine. Nous y reviendrons plus loin.

Qu’est-ce qui vous a permis de « remporter le morceau » par rapport aux autres places européennes ?

Tout d’abord, il faut quitter l’idée d’une concurrence acharnée entre places européennes ; il y a de la place pour tout le monde. La vision de la Place de Paris n’est pas celle d’une concurrence frontale, mais plutôt de participer à l’ouverture du marché chinois à la hauteur des besoins de notre économie. Cela dit, nous avons été plus rapides que les autres places d’Europe continentale sur ce sujet, notamment sur la question des quotas accordés aux investisseurs, comme l’ouverture de comptes par les banques de la Place.

Londres et Francfort ont obtenu un accord très convoité : une banque de compensation du yuan. Pensez-vous que la Chine va se contenter de deux places en zone euro, ou gardez-vous espoir de faire valoir vos atouts ?

À notre connaissance, les autorités chinoises sont ouvertes sur le sujet et les candidats sont les bienvenus. Nous y travaillons actuellement avec la Banque de France et plusieurs grandes banques de la place. Notre objectif n’est pas un effet d’annonce, comme cela a été le cas pour certains, mais un véritable projet industriel et compétitif, traitant de vrais volumes. La démarche est plus longue, mais plus ambitieuse…

Interrogée, la City a considéré que les enjeux liés à cette banque de compensation étaient secondaires, faisant partie de l’offre de services nécessaires. Partagez-vous cet avis ?

Je suis assez d’accord, c’est une composante  de l’offre parmi d’autres et, comme nous l’avons vu, nous avons traité d’autres sujets en priorité. Mais c’est tout de même une composante importante, pour permettre d’assurer le bon déroulement des transactions, dans les meilleures conditions de sécurité et liquidité. Et il se trouve que la Place de Paris a des atouts indéniables dans cette industrie, qui devraient nous permettre de mettre en place une infrastructure efficace. En outre, la mise en place d’une chambre de compensation performante nous  permettra d’accompagner dans les meilleures conditions notre rôle de hub de traitement des transactions également avec les pays d’Afrique.

Cela signifie-t-il que votre projet implique non seulement la Chine et la France, mais également des pays africains ?

Tout à fait. L’idée est que cette plate-forme traite les transactions sino-africaines, notamment aux heures de fermeture de la place de Hong Kong.

Un accord de swap a également été signé entre la BCE et la PBoC en octobre 2013. Quelles opportunités un tel accord représente-t-il ?

L’accord de swap négocié entre la PBoC et la BCE pour une durée de 3 ans est destiné à alimenter un marché en croissance, y compris aux heures de fermeture du marché chinois. Cet accord s’élève à 350 milliards de RMB, soit deux fois l’accord conclu par la Bank of England. Ceci illustre que le rapport entre la zone euro et la monnaie chinoise est évidemment plus important qu’avec la zone sterling.

Notre objectif est de faire de Paris le hub des transactions libellées en renminbi. Nous nous sommes fixé pour but premier d’accompagner les transactions commerciales des entreprises, y compris PME/ETI, françaises et européennes. Cela correspond à la logique de Paris ​Europlace, qui rassemble entreprises industrielles et établissements financiers.

Notre action vise à ce que les banques ouvrent des comptes en RMB et répondent aux besoins en liquidité et en monnaie chinoise des entreprises. Depuis deux ans, le mouvement est largement engagé : Paris est aujourd’hui la 2e place européenne en termes de dépôts, avec plus de 20 milliards de RMB dans les banques françaises, contre 30 à 35 milliards pour Londres. Les banques françaises sont désormais en mesure de proposer une gamme de services diversifiée ; elles accompagnent les émissions en RMB des grandes entreprises françaises sur le marché chinois, pour un montant total de 10,5 milliards de RMB. C’est le double de Londres. Paris est également devenue depuis août 2013, la 1re place d’Europe continentale en termes de transactions de paiement en monnaie chinoise avec plus de 20 % des transactions européennes [4] .

Euronext prépare une IPO, mais il y a néanmoins de grandes incertitudes quant à la stratégie dans les années à venir. Cela ne représente-t-il pas un handicap dans le cadre de la négociation de tels accords ?

Nous voyons les perspectives d’Euronext sous un jour favorable, c’est une opportunité pour les utilisateurs européens de retrouver une proximité avec une plate-forme compétitive dans laquelle ils seront mieux représentés. Le sujet de la coopération avec les Bourses chinoises pourrait d’ailleurs progresser à la faveur de cette nouvelle configuration. De même Euronext pourra reprendre la main sur des cotations d’entreprises chinoises qui auparavant se faisaient davantage à New York.

Que peut-on attendre du haut dialogue économique qui s’est noué avec la Chine en novembre 2013 ?

En Europe, à l’exception du Royaume-Uni, la France est le seul pays à avoir obtenu l’avantage de ce dialogue économique de haut niveau. Ce dialogue a été entamé en novembre dernier ; il a été l’occasion de dresser un cadre exhaustif des coopérations économiques franco-chinoises, dans lequel des objectifs ont été fixés, notamment les statuts QDII et RQFII, comme le lancement souhaité d’une plate-forme de compensation. Nous nous inscrivons dans ce cadre pour accélérer nos initiatives. Une seconde réunion devrait se tenir cet automne, qui  nous permettra de fixer de nouveaux objectifs.

Comment voyez-vous la stratégie chinoise vis-à-vis de l’Europe ?

Pour paraphraser l’analyse d’Henry Kissinger, lorsqu’elle traite avec l’étranger, la Chine a tendance à stimuler la compétition entre pays. C’est ce que l’on constate au niveau européen, et c’est donc à nous d’être les meilleurs.

1 China Banking Regulatory Commission. 2 QDII ( Qualified Domestic Institutional Investor). Lancé en 2006, ce programme permet à des institutions financières de Chine continentale, sous réserve d'agrément, d'investir hors du pays, lequel est encore sous le régime du contrôle des capitaux. 3 Lancé en 2011, le programme RQFII (Renminbi qualified foreign institutional investor) autorise depuis mars 2013 les institutions financières internationales disposant d'une implantation à Hong Kong à utiliser les dépôts offshore libellés en RMB pour investir directement en Chine continentale. 4 Source : SWIFT.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº773bis
Notes :
1 China Banking Regulatory Commission.
2 QDII (Qualified Domestic Institutional Investor). Lancé en 2006, ce programme permet à des institutions financières de Chine continentale, sous réserve d'agrément, d'investir hors du pays, lequel est encore sous le régime du contrôle des capitaux.
3 Lancé en 2011, le programme RQFII (Renminbi qualified foreign institutional investor) autorise depuis mars 2013 les institutions financières internationales disposant d'une implantation à Hong Kong à utiliser les dépôts offshore libellés en RMB pour investir directement en Chine continentale.
4 Source : SWIFT.