L’open banking est souvent associé à la directive DSP 2 qui permet à un client d’avoir accès facilement y compris via des tiers (par exemple des agrégateurs) à une partie de ses données et services bancaires grâce à des API (Application programming Interface). Bien plus qu’une fonction ou un service issu d’une directive, l’open banking est un concept applicable à l’ensemble de l’industrie bancaire et vient fondamentalement transformer les modèles business et leurs rapports à la technologie.
La banque d’investissement, avec la multiplicité de ses métiers et son appétence historique à la technologie, est devenue rapidement un terrain de jeu de ce concept venant modifier au sein des établissements les plus en pointe leurs services proposés et surtout leurs modalités d’accès. Une des particularités de l’application de l’open banking dans la BFI est que sa déclinaison ne s’arrête pas ainsi à la « simple » mise à disposition de données, mais va jusqu’à la création de nouveaux services à valeur ajoutée pour les clients en passant également par la refonte de certaines modalités de commercialisation des produits.
Plus concrètement, la manière dont ce concept a été décliné varie fortement en fonction des maturités technologiques historiques des activités de la banque d’investissement.
L’émergence de l’open banking dans les activités de marché
Dans un premier temps, l’open banking est apparu dans les activités de marché et trouve sa genèse dans le changement brutal de modèle économique de ces activités. En effet celles-ci ont connu depuis des décennies une course à l’excellence technologique poussée par l’électronification des plateformes mais aussi par une capacité d’investissement favorisée par des résultats sans cesse en croissance. Ce terme de « digitalisation » si fréquemment utilisé de nos jours était déjà de mise depuis bien longtemps dans les processus de négociation d’ordres. Ainsi le monde du cash equity est depuis très longtemps totalement automatisé, y compris en ayant recours à des algorithmes de trading de plus en plus sophistiqués, prémices de l’intelligence artificielle.
En revanche, cette technologie à la pointe, suroptimisée, était le plus souvent un des secrets les mieux gardés des établissements financiers, vécu comme un avantage compétitif clé permettant :
- d’accéder au marché plus vite que ses concurrents ou clients ;
- de disposer d’une masse d’informations sans cesse croissante ;
- gérer des produits de plus en plus complexes.
Cependant, face à la pression réglementaire et notamment les charges en capital qui ont rapidement pesé sur ces activités, les banques d’investissement ont dû le plus souvent se recentrer sur des activités dites de flux à plus faible marge où l’indispensable rentabilisation des plateformes technologiques est devenue l’enjeu clé de la profitabilité et même de la survie de ces activités. Dès lors, imaginer comment mieux utiliser, rentabiliser, faire fructifier cet avantage technologique est devenu une préoccupation des établissements.
Une des réponses à ce virage brutal est venue avec l’émergence du concept d’open banking sur ce type d’activité, qui a pris des formes multiples et bien particulières.
Tout d’abord l’open banking se matérialise comme un vecteur d’accès à de nouveaux services à valeur ajoutée autrefois réservés aux acteurs internes de la banque. À titre d’exemple, certaines banques parmi les plus avancées dans ce concept – telles que Goldman Sachs avec Marquee ou la Société Générale avec SG Markets – permettent à leurs clients d’accéder à cette « intelligence technologique » autrefois réservée à leurs seuls front offices. Cette nouvelle offre de services se décline sous des formes multiples :
- accès aux outils : systèmes de trading, d’exécution et de simulation de portefeuille. Les clients peuvent ainsi bénéficier des mêmes fonctionnalités et des mêmes performances optimisées que les traders internes de la banque ;
- accès à l’information : historiques de pricing, de volatilité et de données de marché. Les clients peuvent ainsi accéder directement à un très grand volume de données historisées afin d’effectuer leurs analyses de performance ou de risque ;
- accès à l’intelligence quantitative : données calculées (Analytics) et aide à la décision des stratégies d’investissement ou d’exécution. Ce type d’accès permet de bénéficier des avancées les plus poussées sur le traitement de la donnée, son analyse quantitative ou via l’intelligence artificielle.
L’open banking prend également une autre forme en permettant aux clients des banques d’investissement d’accéder de façon digitalisée à des produits financiers historiquement commercialisés directement par des équipes de vente. Ainsi le monde du « non-vanilla » tel que les produits structurés, les dérivés ou le crédit devient dorénavant accessible soit directement, soit via des plateformes multi-établissements. Dans ce dernier cas de figure, le modèle s’apparente à des agrégateurs dans le monde de la DSP 2, où des nouveaux entrants viennent s’interposer entre les clients et leurs fournisseurs – les banques – pour leur permettre d’accéder à une offre de produits plus large et une mise en concurrence. À titre d’exemple, des plateformes comme Leonteq ont ainsi vu le jour sur les produits structurés permettant à des clients d’accéder à une gamme de produits multi-établissements à travers un seul point d’accès.
Les activités de financement, structuration et primaire
À l’inverse des activités de marché, les activités de financement, structuration
Les enjeux d’un passage à un modèle « full open banking »
Le concept de « full open banking » est prometteur, générateur de nouvelles opportunités business mais devient également un élément nécessaire à la survie de certaines activités dont les modèles de distribution, d’accès aux investisseurs et aux clients ont radicalement évolué.
À l’échelle d’une banque d’investissement dans son ensemble, passer à l’ère des API, à l’ouverture de son système d’information, implique cependant des changements profonds au sein des établissements à la fois en termes de vision stratégique, d’organisation, de culture et de socle technologique.
Les enjeux sont stratégiques tout d’abord, car le changement de modèle nécessite, pour la banque, de repenser son positionnement métier en décidant d’ouvrir l’accès à sa technologie et à ses données et de se positionner en tant que prestataire de service technologique pour ses clients. Enjeux stratégiques ensuite car les changements induits sont tellement impactants et lèvent inévitablement de tels freins qu’une vision portée avec conviction est nécessaire au plus haut de l’organisation. Cette vision doit en effet permettre de prendre des risques et de les assumer afin d’insuffler la dynamique nécessaire à cette transformation
Enjeux culturels aussi, notamment dans le rapport au service client. Les systèmes et les équipes IT se mettent ainsi au service des clients et deviennent un pôle business à part entière, nécessitant plus d’agilité, des cycles courts de développement et d’évolution afin de s’adapter en permanence à des clients de moins en moins captifs. Enjeux culturels également dans le rapport à l’innovation, l’environnement devant être propice à la créativité ; il s’agit de favoriser l’expérimentation et le droit à l’échec (« Test & Learn »), sans hésiter à utiliser des briques externes afin d’accélérer la transformation dans un état d’esprit d’Open Innovation.
Enjeux de capital humain également, afin de se doter de nouvelles compétences et d’attirer les meilleurs profils. Il n’est ainsi pas anodin de remarquer que les banques les plus avancées dans l’adoption d’un modèle d’open banking à grande échelle, recherchent dorénavant plus de profils de type développeurs, spécialistes en API ou UX, Data Scientists que de banquiers traditionnels, sales ou traders.
Enjeux techniques enfin, car être en capacité d’offrir un accès à sa technologie nécessite un socle technique orienté autour de trois axes : la donnée, les API, et une architecture souple et sécurisée permettant d’assurer une cohérence d’ensemble. La donnée est en effet au cœur même de ce qui est exposé aux clients en tant que service et nécessite une architecture data-driven permettant son accès facilité et normalisé. Cet accès client doit être rendu possible par un réseau d’API, socle indispensable devant :
- respecter les standards du marché en termes de sécurité ;
- ne pas se limiter à de simples interfaces ;
- favoriser un accès intelligent et sur demande via un ensemble de micro-services.
L’ensemble de ces enjeux étant liés, les banques d’investissement doivent les aborder de front dans un alignement global à une vision stratégique de long terme.
Quel avenir pour les Banques d’Investissement ?
Plutôt que de se demander quels seront les grands gagnants ou perdants de cette révolution, il convient de chercher à savoir vers quel modèle chaque établissement va s’orienter sur chacune de ses activités.
Les établissements ayant complètement embrassé le concept d’open banking et réussi à en relever les défis se verront positionnés en tant que fournisseurs de services technologiques et opérationnels dans un concept de BaaS
À l’heure actuelle, les banques d’investissement adoptent le concept d’open banking dans une logique BtoC afin de servir mieux et différemment leurs clients traditionnels mais le principe ne va pas manquer de s’ouvrir dans une logique BtoB d’une BFI à une autre BFI.