Quelle est la place des préoccupations
L'ISR est globalement très présent dans le discours des entreprises, qui savent que ce thème est important si elles veulent soutenir le cours de leurs actions en Bourse, diversifier leur base actionnariale et toucher des fonds utilisant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Tous les directeurs financiers sont aujourd'hui attentifs à la notation extrafinancière de leur entreprise et ont à l'esprit les critères ESG, qui sont largement évoqués dans les reportings et autres roadshows dédiés aux investisseurs ISR. Dans l'univers obligataire, la communication – qui était traditionnellement moins intense que dans l'univers actions – s'est largement développée. Toutefois, cette communication à destination des investisseurs obligataires intègre encore peu le thème de l'ISR. Il faut préciser que la demande pour les obligations corporate est actuellement beaucoup plus forte que l'offre et que les émissions sont largement sursouscrites. Cela incite peu les trésoriers à multiplier les efforts pour élargir leur base d'investisseurs.
Dans ce contexte, quel est l'intérêt d'émettre une obligation qualifiée d'ISR, comme l'a fait Air liquide en octobre dernier ?
Pour un émetteur, il est important de s'assurer des sources de financement sur le long terme. Or, le marché peut se retourner : le rapport entre l'offre et la demande d'obligations corporate peut s'inverser, par exemple si les obligations souveraines retrouvent leur statut d'investissement refuge. Il sera alors important de faire partie des meilleurs émetteurs sur le plan financier, mais aussi selon des critères extrafinanciers auxquels les investisseurs sont de plus en plus sensibles.
Une démarche ISR permet aujourd'hui à un émetteur de se différencier sur les marchés et d'attirer de nouveaux investisseurs. Il s'agit donc avant tout d'une démarche de communication et d'un véritable investissement pour l'avenir. Air Liquide, qui est très recherché sur le marché obligataire et dont les atouts financiers intrinsèques suffisent pour vendre ses obligations très rapidement, a voulu aller encore plus loin pour améliorer son attractivité. Nous avons donc accompagné Air Liquide dans cette émission d'obligation ISR qui est une grande première.
Comment l'expression « obligation ISR » a-t-elle été choisie ? Il ne s'agit pas d'un terme consacré !
En effet, ce n'est pas une réalité juridique, mais le sigle ISR permet de communiquer le message qu'Air liquide veut transmettre aux investisseurs. L'entreprise est en train de renforcer son
Ainsi, les sommes apportées par les investisseurs ne sont pas totalement noyées dans l'ensemble des financements du groupe, mais affectées à un projet à résonance ISR. Ce type de financement « ciblé » correspond à une véritable demande de la part des investisseurs ISR.
Pourquoi la filiale n'a-t-elle pas émis elle-même l'obligation ?
De manière générale, les agences de notation financières préfèrent que les financements soient réalisés au niveau de la maison mère. On constate que lorsqu'un groupe utilise un véhicule d'émission unique pour toutes ses obligations, la liquidité des titres et la lisibilité de la signature sur le marché sont meilleures. Par ailleurs, quand une filiale opérationnelle émet directement des obligations, cela a plutôt tendance à fragiliser la situation des créanciers de la holding.
N'est-il pas un peu abusif de parler d'ISR ?
Cette émission a été bien reçue puisque les gérants ISR ont été intéressés. Parmi les acquéreurs, 50 % sont des fonds déclarés ISR, ce qui est très supérieur à la place qu'ils occupent sur le marché. Ces investisseurs aimeraient voir d'autres initiatives de ce type.
L'aspect ISR a-t-il permis à Air Liquide de placer ses titres encore plus facilement ou à un taux plus intéressant ?
De ce point de vue, l'aspect ISR n'a pas fait de différence évidente, mais c'est un pas en direction de la communauté ISR. Réaliser une opération de ce type était très pertinent, car le thème ISR va avoir une importance croissante. Pour cette opération, Air Liquide a rencontré les investisseurs afin de leur expliquer son projet et de tester leur intérêt alors qu'habituellement, cet émetteur n'a aucun besoin de communiquer pour placer ses titres. Le groupe a donc envoyé un signal fort.