Il est prouvé qu’une économie en croissance a besoin d'infrastructures pour soutenir son expansion. L’indice de développement des infrastructures en Afrique
Or la population africaine augmente et s’urbanise rapidement. Les villes africaines vont accueillir 24 millions de personnes chaque année jusqu’en 2045.
Cet article permet d’indiquer les tendances actuelles du financement des infrastructures en Afrique et de ressortir le potentiel des marchés obligataires locaux.
L’état du financement
La BAD estime les besoins annuels pour le financement des infrastructures à 130-170 milliards de dollars (2018). Chaque année, le Consortium pour les infrastructures en Afrique (ICA)
Le volume des financements est passé de 75,4 milliards de dollars en 2014 à 100,8 milliards en 2018 avec la déclinaison suivante (en milliards de dollars) : l’énergie (43,8), les transports (32,5), l’eau (13,3), ICT (7,1) et multisectoriel (4,1).
Pour 2018, on constate que l’Afrique australe (avec l’Afrique du Sud) suivie par l’Afrique de l’Ouest sont les deux régions qui ont reçu plus de financement.
À propos des sources de financement, on peut faire les constatations suivantes :
1. Le financement public domine. Le financement des infrastructures en Afrique est essentiellement assuré par des acteurs publics (externes et internes). Les gouvernements africains arrivent en premier avec une moyenne annuelle de 32 milliards de dollars investis sur une moyenne annuelle 80 milliards entre 2014 et 2018. Les membres de l’ICA et la Chine sont les deux autres principaux groupes d’investisseurs.
2. La participation du secteur privé reste limitée. C’est la plus faible en moyenne annuelle entre 2014 et 2018 avec 5,4 milliards de dollars. En utilisant la base de données de la Banque Mondiale sur la participation du secteur privé dans le financement des infrastructures
Mobilisation des marchés obligataires locaux
La mobilisation des ressources de la sphère financière nécessite la mise à disposition d’un certain nombre d’incitations sur la durée. C’est le rôle du secteur public de réduire le risque idiosyncratique et de montrer que les investissements peuvent résister au cycle des élections politiques par exemple. Les règles du jeu ne doivent pas être changées trop souvent et sans préavis, pour permettre aux participants d'avoir des horizons de planification raisonnables.
Un aspect des infrastructures est que les actifs de ces projets ne sont pas facilement transférables. Dans de nombreux cas en Afrique, il est possible de les titriser. En effet, si on considère les infrastructures qui ont une valeur marchande (télécoms, autoroutes, ports, etc.), leur financement peut être basé sur les flux de trésorerie (cash-flow based). La titrisation
Le développement des marchés obligataires commence souvent par le marché des titres publics. Il permet de mieux exécuter l’évaluation financière des autres actifs. Depuis les années 2000, de nombreux pays africains ont largement développé leurs marchés obligataires domestiques comme une source alternative de financement pour leurs économies. Dans les années 1990, moins de cinq pays pouvaient émettre un titre obligataire de maturité 5 ans. Les discussions sur le développement des marchés locaux portaient davantage sur l’extension de maturité de 3 mois à 6, à 9 voire 12 mois. D’autres discussions portaient sur la création de spécialistes en valeurs du trésor. Le total des émissions des titres publics est passé de 28 milliards de dollars en 2000 à plus de 200 milliards en moyenne depuis 2009
L’expansion de ces marchés a permis de réduire la vulnérabilité de nombreux pays aux chocs externes. D’une part, les réformes entreprises ont contribué à renforcer la demande sur le marché interne de la dette ; à soutenir des politiques macroéconomiques plus stables ; et à promouvoir une évolution vers des systèmes de retraite gérés de manière professionnelle. On note par exemple que le total des actifs des fonds de pension en Afrique est d’environ 372 milliards de dollars uniquement pour 11 pays et que l’industrie de la gestion d’actifs dépasse les 600 milliards de dollars
Cadre d’évaluation du financement des infrastructures
La réalité est que les capitaux longs disponibles en Afrique sont considérables. Les pays sont en compétition pour mobiliser ce capital. Ces ressources longues (africaines et internationales) iront prioritairement vers les juridictions qui présenteront les cadres réglementaires les plus favorables au financement de l’économie. Il est indispensable d’avoir un cadre réglementaire incitatif, lisible et plus résilient dans la durée, favorable au financement de long terme de l’économie. Ainsi, le cadre de référence suivant
Pour les États africains, une priorité doit être accordée à l’amélioration continue du savoir-faire par les entités publiques et les privés locaux. En d’autres termes, la politique des infrastructures doit favoriser le renforcement des compétences pour les PME locales, les ingénieurs, les juristes, les gestionnaires, les fonctionnaires, les techniciens, etc. C’est ainsi que le développement des infrastructures peut servir de socle au développement technologique du continent.