Épargne

Marché de la clientèle de détail : un enjeu pour les sociétés de gestion

Si la majorité des sociétés de gestion a historiquement assis son développement sur la clientèle institutionnelle, les ménages se révèlent aujourd’hui un relais de croissance difficile à ignorer. La moindre attractivité du fonds en euros de l’assurance vie pousse les épargnants français à trouver des alternatives à leur « placement préféré », en particulier en vue de leur retraite.

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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°403

Taux bas, ETF, digitalisation… La gestion d’actifs face à ses grands défis

Développement des unités de compte dans l’assurance vie, promotion des dispositifs d’épargne retraite, recherche de rendement dans le non-coté et de sens via l’investissement durable… l’épargne des ménages connaît, actuellement, de multiples bouleversements. Ce sont autant d’opportunités pour les acteurs financiers, à commencer par les sociétés de gestion, qui, si elles avaient pour la grande majorité d’entre elles développé historiquement une présence plus importante auprès des investisseurs institutionnels, se tournent de plus en plus vers le marché de la distribution auprès de la clientèle des particuliers.

L’assurance vie : pivot de l’épargne des ménages

Les ménages français ont traditionnellement privilégié les placements dits « sans risque ». Aux côtés des supports liquides (épargne réglementée et dépôts à vue), qui représentent environ 40 % des réserves, l’assurance vie occupe une place centrale dans la structure d’épargne en France, avec une pondération marquée des produits d’épargne (90 %) aux dépens des produits retraite. Elle représentait, fin 2020, plus de 47 % des encours (voir Graphique 1). La grande majorité (80 %) est investie sous format « garanti » (fonds en euros [1]), les 20 % restants en unités de compte.

Cet engouement pour l’assurance vie est une spécificité française. En effet, ce véhicule ne représente chez nos voisins européens que 15 % à 25 % de l’épargne des ménages ; cette dernière s’étant principalement construite via des produits de retraite collectifs ou individuels ou des comptes titres.

L’assurance vie demeure le placement « préféré » des Français, selon l’adage, malgré des avantages fiscaux qui se sont régulièrement érodés au fil des ans et une proposition de valeur associée à la composante « fonds en euros » largement entamée par le niveau des taux de plus en plus bas (baisse des rendements).

L’épargne des ménages en mutation

La structure de l’épargne des Français est aujourd’hui en pleine mutation. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. D’un point de vue conjoncturel, elle est la conséquence directe de la crise sanitaire et de l’épargne de précaution qu’elle a occasionnée : les dépôts bancaires et l’épargne règlementée (Livret A, comptes sur livret, LDDS, etc.) ont connu une nette croissance, atteignant 1 717 milliards d’euros à fin 2020, soit une hausse annuelle de 6 %. À noter que cette progression sur 2020 s’est faite au détriment des encours en assurance vie, avec une décollecte nette de plus de 6 milliards d’euros.

D’un point de vue structurel, on notera :

– un premier facteur lié à la réorientation proactive, pilotée par les assureurs, de la promotion des offres assurantielles du fonds en euros vers les actifs en unités de compte. Ce choix reflète à la fois un souci de performance financière, visant à pallier le rendement devenu quasi inexistant des produits garantis mais également de rentabilité, alors que les contraintes réglementaires issues de la mise en œuvre de la Directive Solvabilité 2 depuis 2016 obèrent les perspectives de développement des produits à garantie. Les actifs en unités de compte progressent ainsi de 6 % par an depuis 2016, tandis que les encours investis en produits garantis sont stables ;

– le second facteur est directement lié au développement de l’épargne retraite, enjeu majeur de la décennie à venir pour le marché français des services financiers. Principalement portée par le régime de base jusqu’à ce jour, elle s’est vue redynamisée dans le cadre de la loi PACTE (2019) par le lancement d’un nouveau produit de retraite (PER) simplifié et dont l’attrait a considérablement été renforcé (transferts, sortie en capital, modalités de gestion pilotée à horizon etc.). Avec ce nouveau produit, l’ambition du gouvernement est bien de développer l’épargne retraite, sous-représentée face à l’assurance vie épargne, avec 220 milliards d'euros, pour la porter à 300 milliards d'euros. Malgré les contraintes occasionnées par la crise sanitaire des derniers mois, la dynamique de collecte apparaît enclenchée.

Ces changements soulignent l’enjeu central pour l’industrie financière d’accompagner cette mutation et proposer une gamme de produits et services adaptés à la clientèle des épargnants individuels.

La clientèle de détail : relais de croissance

Le renouvellement et l’adaptation de l’offre est aujourd’hui au cœur des travaux qui animent l’ensemble des acteurs de l’industrie financière, qu’ils soient assureurs, distributeurs de produits d’épargne ou gérants d’actifs. Ces réflexions représentent tout particulièrement pour les gérants d’actifs une source d’opportunités nouvelle pour le développement des gammes de fonds de gestion collective et des services autour des solutions d’investissement.

C’est dans le domaine de l’assurance vie et des unités de comptes que les initiatives se concentrent à l’heure actuelle, à la fois via l’accès à de nouvelles stratégies d’investissement ou via la proposition de nouvelles offres. À cet égard, on notera les innovations suivantes :

– offres en investissements non cotés : historiquement en immobilier, et plus récemment en capital investissement et infrastructures, positionnées comme alternatives aux fonds en euros, en contrepartie d’un abandon partiel de la liquidité. Ces offres étaient jusque-là réservées à des clientèles institutionnelles ou fortunées. Elles se démocratisent. Les initiatives se multiplient ainsi depuis 18 mois sous format professionnel ou directement éligibles au particulier, et sous un format plus liquide, comme les FCPR ;

– solutions gérées, intégrant ou non des mécanismes de protection et combinant le fonds en euros à une sélection active de fonds collectifs. La responsabilité de l’allocation d’actifs est déléguée à un gérant d’actifs. Les conditions d’accès à ces offres gérées sous format de mandat d’arbitrages sont assouplies, les rendant accessibles à une clientèle de détail. Ces dernières ont connu une croissance soutenue (doublement des encours entre 2015 et 2018 [2]), participant au mouvement de transfert de l’épargne des fonds en euros vers les unités de compte (voire Graphique 2) ;

– supports d’investissement durable, thématique et/ou d’impact : ces offres visent à répondre à la recherche de sens des épargnants, préoccupation qui s’est accrue avec la crise sanitaire et les périodes de confinement. Le financement de la transition énergétique ou celui des entreprises démontrant leur contribution positive aux objectifs de développement durables (ex : emploi, diversité, réduction des inégalités) est au centre des préoccupations des sélectionneurs de fonds et concepteurs d’offre financière [3]. De surcroît, la loi PACTE a contribué à leur développement en assurance vie, avec l’obligation de promouvoir, dès le 1er janvier 2020, une unité de compte labellisée ISR puis, à compter du 1er janvier 2022, une unité de compte verte (label Greenfin) et une solidaire (label Finansol).

Dans un environnement de marché changeant, où les placements d’assurance et de retraite prennent le chemin de support financiers innovants, activement gérés, les sociétés de gestion se retrouvent aujourd’hui naturellement au cœur du dispositif d’offre des groupes de services financiers et de leur compétitivité future. Elles ont un rôle clé à jouer pour accompagner ces mutations et en particulier l’essor inéluctable d’un marché de l’épargne retraite par capitalisation.

 

[1] Source : Étude INDEFI, « Le Dilemme du prisonnier », 2019.

[2] Ibid.

[3] Source : Étude INDEFI, « Fund Selection Units 2020 ».

 

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La gestion d’actifs face à ses grands défis

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