Certains stress tests sont demandés régulièrement par les autorités de tutelle pour s’assurer que les assureurs peuvent résister à des conditions économiques extrêmes (hausse de taux, baisse des actions, augmentation des rachats par les clients). Des stress tests spécifiques sur le risque de liquidité sont également mis en place de façon normée.
Au-delà des pures exigences réglementaires, les services de gestion actif -passif ou de mesure des risques sont des utilisateurs chroniques de stress tests, dont ils déterminent eux-mêmes les calibrations.
L’activité d’assurance vie est par nature une activité à très long terme. La relation contractuelle qui relie l’assureur et ses clients peut s’étendre sur plusieurs dizaines d’années. Sur cette période très longue, l’assureur a pris des engagements. Il doit régulièrement vérifier que ses engagements restent soutenables et, éventuellement, ajuster le profil des risques pris.
Dans ce contexte, les stress tests traditionnels réglementaires visent en grande partie à assurer que l’écart entre les flux d’entrée et les flux de sortie, tels que l’on peut raisonnablement les projeter, reste sous contrôle, y compris en conditions extrêmes.
La pratique des stress tests est donc répandue et assimilée par les assureurs.
Les stress tests au cœur des débats
Pour autant, l’actualité Solvabilité II replace les stress tests au cœur des débats avec une intensité qui peut surprendre. Solvabilité II est une nouvelle mesure réglementaire du capital que les assureurs devront immobiliser pour faire face aux risques inhérents de leurs activités. La mesure actuelle, Solvabilité I, est une mesure forfaitaire, quasi indépendante de la structure de risque au bilan des assureurs. La mesure Solvabilité II vise à introduire une proportionnalité entre les risques pris et le besoin d’immobilisation de capital.
Pour dériver le besoin de capital, une formule standard est proposée. Elle est articulée autour d’un certain nombre de stress tests agrégés par nature : ensemble des stress sur les risques de marché (action, taux, crédit), sur les risques de passif (mortalité, rachat, etc.) et les risques opérationnels.
Si l’évolution réglementaire Solvabilité II cristallise le débat, ce n’est pas tant pour la méthode des stress tests choisie dans le cadre de la formule standard. C’est beaucoup plus pour la mesure sur laquelle s’applique le stress test, que pour la pratique du stress lui-même.
Que cherche-t-on à stresser ? Le concept de fair value
En stressant le bilan d’un assureur et en évaluant sa capacité à soutenir un faible écart entre les flux entrants et sortants, les stress tests servent à mesurer le besoin d’immobilisation du capital requis pour éviter des situations où l’assureur serait en incapacité de faire face à ses engagements.
La « révolution » associée à Solvabilité II n’est pas l’utilisation des stress tests eux-mêmes, mais la définition de la valeur qui donne lieu aux stress tests. Sous Solvabilité II, la capacité de l’assureur à faire face à ses engagements est mesurée par l’écart entre l’actif (ce que l’assureur détient) et le passif (ce sur quoi il s’est engagé). C’est la notion de fair value ou valeur de cession de l’entreprise.
Plus la valeur de l’actif est supérieure à celle du passif, plus l’assureur est solvable, moins il est nécessaire pour lui d’accumuler du capital supplémentaire. Il ne s’agit pas de projeter l’activité future et de regarder, année par année, l’ampleur de l’écart entre les entrées et les sorties, avant et après stress. Il s’agit de projeter l’activité future et de décomposer parmi les flux, ceux qui reviennent aux actionnaires, aux assurés et aux créanciers. Disposant de cette décomposition par nature de porteur, on peut actualiser ces flux futurs sur la durée de la projection (très longue, de l’ordre de 50 ans), pour déterminer la valeur (fair value) de l’actif et du passif revenant à l’assuré. Le surplus (entre actif et passif des assurés) se partage entre actionnaires et créanciers.
Cette valeur qui est l’objet des stress tests est donc elle-même le résultat d’une projection et d’une actualisation. Elle est fortement dépendante des hypothèses de projection : environnement économique, avantage fiscal, comportement des assurés. Il existe donc une incertitude fondamentale sur cette valeur. Des outils de simulations stochastiques sont souvent utilisés pour projeter cette valeur sur un grand nombre de scenarios et évaluer la valeur finale comme la moyenne des états possibles. La valeur centrale, avant stress, est déjà le résultat d’un travail de projection longue et d’une actualisation complexe, en moyenne stochastique.
Cette valeur centrale est ensuite extrêmement sensible aux conditions de marché (économique, concurrence, fiscalité et comportement des assurés). Elle porte le poids de ces conditions sur la durée de projection. Par conséquent, la capacité de résistance aux stress tests est elle aussi nettement plus volatile. Quand les conditions initiales sont favorables, la capacité de résistance est forte. Quand les conditions initiales sont défavorables, la capacité de résistance peut se réduire très rapidement, obligeant l’assureur à envisager de réduire ses niveaux de risques. C’est pourquoi ce type de mesure de stress test sur la fair value est souvent accusé de procyclicité.
Quelle est la définition du seuil de résistance recherché ?
Dans le cadre de l’assurance et spécifiquement dans celui de la directive européenne Solvabilité II, le stress test est normé, il doit avoir une probabilité d’occurrence de 0,5 % à horizon 1 an.
De nombreux débats sont toujours vivants sur la traduction de cette probabilité en calibration de stress : -40 % sur les marchés action ? Vers un doublement des rachats de nos clients ? Certaines de ces calibrations peuvent être le fruit d’un travail statistique sur les données historiques, d’autres sont purement un jugement d’expert.
Quel est l’horizon de temps adapté ? Faut-il résister pour une durée d’un an et survivre chaque année pour l’année prochaine ? Faut-il au contraire anticiper le besoin de capital futur ? Ce sont des questions cruciales associées à la mise en place d’outil de stress test.
Du bon usage du stress test
L’intérêt des stress tests est souvent de pouvoir illustrer la capacité de résistance selon la nature des risques. Cette illustration est souvent utile pour permettre au jugement d’opérer. L’appétit au risque est ainsi révélé. Est-on prêt à se placer dans cette situation extrême dans ce scénario donné ? Sinon, on met en place un plan d’action (réduction des risques) pour introduire dans l’entreprise le coussin de sécurité qui permet de mieux résister au même stress test. Les deux dimensions sur lesquelles les résultats des stress tests sont influents concernent donc l’appétit au risque et, corrélativement, la taille des coussins que l’entreprise se fixe. Au final, même si les modèles, les stress tests sont extrêmement complexes, ils restent a priori des outils pour aider le jugement dans la prise de décisions.