Cet article appartient au dossier : Prospectives 2022.

Prospective

Les quatre défis de la finance durable pour 2022

Il y a bien sûr les sujets réglementaires. Mais la Place veut être efficace et elle doit aussi s’attaquer à d’autres enjeux.

Les quatre défis de la finance durable pour 2022

L'auteur

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°863-864

RÉTROSPECTIVE PROSPECTIVE

Les deux dernières années reflètent les transformations majeures en train de s’opérer dans le monde de la finance. Alors que l’investissement responsable est apparu il y a plus de vingt ans, il est resté très marginal pendant de longues années. Pire, il a même souvent été même très controversé car remettant en cause les fondements même de finance. Mais sous l’impulsion de deux évolutions fondamentales, une accélération à marche forcée se déroule sous nos yeux depuis deux ans.

Première évolution : les nouvelles réglementations européennes (taxonomie, SFDR…) nées dans le cadre du Plan d’action de la Commission pour une économie plus verte et plus propre, présenté en mars 2018. L’ambition ? Dynamiser le rôle de la finance dans la mise en place d'une économie durable. L’objectif recherché est de mettre en œuvre les principales mesures de l’Accord de Paris et le programme de développement durable de l'Union européenne.

La seconde évolution vient de la société civile : elle pousse la finance à répondre aux enjeux environnementaux et sociétaux par la mise en place de produits financiers avec d’autres objectifs que les seuls rendements financiers. Face à la montée de ces nouvelles tendances, l’industrie de la finance se transforme rapidement. Mais elle doit encore affronter quatre défis majeurs pour 2022 et au-delà.

Défi n° 1 : mettre tout l’écosystème à niveau

Le premier défi est l’accompagnement de tous nos collaborateurs face aux mutations profondes en cours. Ce changement de paradigme implique de guider la transformation de l’ensemble des acteurs de la finance (banques, assureurs, asset managers) pour ne pas subir les évolutions réglementaires et sociétales. Pour ce faire, la mise en place d’un vaste programme de formation interne, adapté aux besoins de chaque métier, constitue le socle indispensable pour impulser ces changements. Grâce à une meilleure compréhension des évolutions en cours, une nouvelle culture d’entreprise émergera et permettra de répondre aux enjeux de demain en évitant le greenwashing. En effet, l’enjeu est de repenser comment intégrer l’ESG comme tout autre facteur dans la gouvernance de nos institutions et la conception de nouveaux produits.

Parallèlement à ces formations internes, des soutiens externes peuvent être apportés. L’Autorité des Marchés Financiers (AMF) a annoncé en février 2021 le renforcement de la partie consacrée à la finance durable dans l’examen généraliste de la certification AMF, mais également le lancement d’un module spécifique, optionnel, sur la finance durable. Les premiers examens devraient se tenir début 2022 et s’adressent, en premier lieu, aux professionnels de la vente car ils devront, dès août prochain dans le cadre de la réglementation MIF2, recueillir les préférences ESG des clients.

Défi n° 2 : s’adapter au tsunami réglementaire

Le second défi concerne le tsunami réglementaire. Un certain nombre de réglementations vont entrer en application : les deux objectifs environnementaux climat (adaptation et contribution au changement climatique) du règlement Taxonomie entrent en application le 1er janvier 2022, la prise en compte des Principal Adverses Impact (ou Principales Incidences Négatives, art 7 SFDR) au niveau du produit entrera en application le 31 décembre 2022 et les RTS de SFDR au niveau des entités seront à mettre en œuvre pour le 1er janvier 2023, suite au récent report de six mois. Face à ce calendrier déjà très chargé, pour les acteurs français s’ajoutera le passage de l’article 173 à l’article 29. Ce texte impose de nouvelles dispositions, notamment de donner des informations sur la stratégie d’alignement aux objectifs de limitation de réchauffement climatique prévus par l’accord de Paris mais également sur la biodiversité. Ainsi, sous l’impulsion réglementaire, des transformations majeures vont impacter l’ensemble des métiers et révolutionner nos modes de pensée. Ceci se fera d’autant plus facilement si les équipes sont préparées et comprennent ces évolutions.

Défi n° 3 : purifier la donnée extra-réglementaire

Le troisième défi renvoie à la problématique de l’accès aux données non financières. Pour répondre aux exigences des reportings réglementaires, les investisseurs, asset managers, assureurs et banquiers, doivent donc disposer des données de qualité, normalisées, auditées et publiées par chaque entreprise en fonction de sa taille. Or, la Non Financial Reporting Directive (NFRD), entrée en application en 2017, n’a pas permis de rendre l’information non financière pertinente, fiable et comparable : une multitude de standards de reporting continuent de coexister et les modalités de transposition laissent apparaitre de grande divergence entre pays membres. De ce fait, dans le plan d’action de la Commission présenté en avril dernier, la nouvelle Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) affiche un double objectif : normaliser l’information non financière avec le même niveau d’exigence que l’information financière et la rendre obligatoire pour toutes les entreprises cotées ou non cotées de plus de 250 salariés. Les PME de moins de 250 salariés auront une phase progressive plus longue et des règles de reporting proportionnelles. La Commission a confié à l’l'European Financial Reporting Group (EFRAG) le lourd travail de normalisation des informations non financières. Dans ce but, une task force a été constituée à l’automne 2020 et un premier rapport a été publié en avril dernier [1]. Depuis juin, les travaux ont repris et un nouveau rapport est attendu pour mars 2022. La Commission devrait alors publier les actes délégués à l’automne 2022, pour une application pour l’exercice 2023. Dès lors, il ressort très clairement que le calendrier européen entre le reporting des investisseurs et celui des émetteurs n’est pas aligné : publier des informations aujourd’hui non disponibles et non standardisées pour les entreprises dans lesquelles ils investissent constitue un vrai challenge pour les investisseurs. Un immense travail sur les données doit donc être réalisé en interne, nécessitant d’avoir recours à des providers externes qui, au-delà du coût engendré, sont confrontés au même dilemme de la non-standardisation des données. Il faudra encore attendre quelques années pour que la qualité du reporting non financier rejoigne celle du reporting financier.

Défi n° 4 : mieux répondre à la demande

Enfin, le quatrième défi est de mieux définir et objectiver l’investissement à impact. Au cours des vingt dernières années, différentes approches de la finance durable ont été développées par les sociétés de gestion reposant sur leurs propres méthodologies. Sur le marché français, les plus courantes correspondent aux fonds dits « best in class », d’exclusion ou bien encore d’intégration ESG. Si sa création a été assortie d'un cahier des charges strict et a instauré la confiance autour de cette approche encore mal connue, comme en témoigne la forte augmentation du nombre de fonds labélisés [2], le label ISR reste néanmoins un label de process. Cette approche généraliste et centrée sur la prise en compte des critères ESG (matérialité financière) offre à l’épargnant une promesse très large et parfois confuse, ce qui pourrait engendrer des malentendus vis-à-vis de ceux qui cherchent à investir dans des fonds créant un impact environnemental et/ou sociétal positif (impact materiality). Le marché évolue vers une demande de fonds combinant recherche de rendements financiers et d’impact positif sur l’environnement et la société. Pour éviter que chacun définisse sa propre approche, la Place de Paris s’est dotée d’une définition commune de l’impact sous l’égide de Finance For Tomorrow : « La finance à impact est une stratégie d’investissement ou de financement qui vise à accélérer la transformation juste et durable de l’économie réelle, en apportant une preuve de ses effets bénéfiques. Elle s’appuie sur les piliers de l’« intentionnalité, de l’additionnalité et de la mesure de l’impact [3]. » C’est principalement sur la mesurabilité de l’impact que les efforts doivent être menés dans les mois qui viennent. Face à ces défis, 2022 s’annonce encore comme une année dense dans le domaine de la finance durable.

 

[1] www.efrag.org/News/Project-476/Reports-published-on-development-of-EU-sustainability-reporting-standards

[2] Label ISR - Pour des placements durables et responsables : lelabelisr.fr.

[3] Rapport FFT Impact 0921.

 

Sommaire du dossier

Prospectives 2022

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet