Cet article appartient au dossier : Stratégie, Les BFI se réinventent.

Relations client

« Les ETI ont aussi besoin des BFI »

Le groupe Bonduelle, dont le financement est désintermédié à hauteur de 50 %,  travaille de manière régulière avec plusieurs BFI.  Gregory Sanson, qui appelle les BFI à accompagner les ETI, perçoit à la fois le retour de certains acteurs vers le segment des valeurs moyennes et l’entrée en scène de nouveaux interlocuteurs.

L'auteur

  • Grégory Sanson
    • Directeur financier Groupe
      Groupe Bonduelle
    • Membre du comité exécutif

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°343

Les BFI se réinventent

Quelles sont les relations entre le groupe Bonduelle et les BFI ?

Le groupe travaille avec les BFI de chacune des banques de notre pool bancaire qui compte sept établissements. Cela concerne principalement des opérations de structuration de financement et de fusions acquisitions.

Nous utilisons le levier de l’endettement pour financer la croissance et utilisons le financement désintermédié à hauteur de 50 %, principalement à travers des placements privés. Au 30 juin 2015, notre dette nette s’élevait à 500 millions d’euros correspondant à la fois à de la dette bancaire, principalement un revolving credit facility, et à des placements privés américains et européens. Nous avons été la première société à émettre un placement privé européen en 2012 et, par le passé, nous avons fait appel à des instruments de financement innovants, notamment deux émissions d’OBSAAR (2007 et 2009).

Dans le domaine des fusions & acquisitions, nous travaillons avec les BFI pour l’identification de cibles potentielles puisque nos partenaires bancaires disposent d’implantations internationales et que nous nous intéressons bien sûr à ce qui se fait dans notre domaine d’activité.

Par ailleurs, en dehors de notre pool, nous faisons appel à d’autres BFI pour lesquelles le segment des valeurs moyennes représente un marché de prédilection. Nous avons ainsi réalisé une opération de rachat d’OBSAAR avec la Banque Degroof.

La crise financière a-t-elle modifié vos relations avec les BFI ?

Oui. Entre 2008 et 2013, la logique des banques a plutôt été celle d’une réduction de la structure de coûts et d’adaptation des tailles de bilans.

J’ai alors noté une réduction des moyens au détriment de sociétés de taille intermédiaire, avec souvent une concentration des ressources vers des entreprises apportant des volants plus récurrents en matière de transactions, surtout des sociétés du CAC 40. S’est ajouté à cela un renforcement d’une approche sectorielle, certaines banques choisissant clairement des domaines d’activité privilégiés.

Pour notre groupe, cela s’est traduit par un maintien, voire un renforcement d’intérêt de la part de certains acteurs, et un moindre accompagnement par d’autres. Globalement, je constate très clairement une segmentation du portefeuille faite par les BFI et un relèvement des seuils d’intérêt avec le risque d’un moindre accompagnement pour des sociétés de taille intermédiaire. C’est une problématique car l’ingénierie financière est au service de notre développement et nous avons besoin d’expertise et de personnes ayant une proximité avec le groupe pour nous proposer des instruments cohérents avec notre stratégie mais correspondant aussi à notre particularité. Le groupe Bonduelle étant une société en commandite par actions, l’actionnaire de référence est responsable sur ses biens propres de l’ensemble de la dette de l’entreprise. Dans ce contexte, la structuration du financement et la qualité des instruments sont extrêmement importantes.

Aujourd’hui, je note qu’un certain nombre d’acteurs réinvestissent le segment des valeurs moyennes. C’est une bonne chose car les ETI  doivent aussi être accompagnées.

Percevez-vous une évolution de leur mode de fonctionnement ? Ces établissements vous parlent-ils d’innovation ?

Nous n’avons pas été récemment questionnés par nos BFI à ce sujet.

Nous sommes particulièrement sensibles au fait de disposer de transactions et d’outils de reconnaissance de transactions (Token) totalement sécurisés, de systèmes de cash pooling fluides permettant de concentrer les autorisations de paiement au plus haut niveau, au sein de la société holding, et d’éviter du Home banking dans les différentes entités.

Pour le cash pooling, nous avons besoin de process permettant de mutualiser la trésorerie. C’est un point majeur puisque le groupe est actuellement présent dans une vingtaine de pays avec des flux financiers importants dans des contextes parfois compliqués. Je pense notamment au Brésil et à la Russie.

Quelle est votre opinion sur la segmentation des activités entre banque de détail et banque de financement ?

Nous avons la chance d’avoir des banques solides en France. L’origine de la crise vient d’un modèle différent et calquer notre modèle français sur celui-ci, qui a démontré sa fragilité, me semble paradoxal.

Durant la crise, et malgré les difficultés d’un certain nombre d’établissements, nous avons pu avoir un dialogue de qualité et un support  constant. Nous ne leur avons jamais retiré notre confiance et nous attendons évidemment de la part des établissements bancaires une attitude semblable dans le cas où une entreprise est confrontée à des difficultés passagères.

Selon le récent rapport de Croissance Plus et PME finance [1], les FinTech, qui interviendraient, à moyen terme, dans l’ensemble des métiers représenteraient une vraie  menace pour les banques. Pensez-vous que vos relations avec les BFI pourraient alors être modifiées ?

Les FinTech peuvent soit apporter des services complémentaires ou des services à des conditions tarifaires attractives, soit apporter des financements, dans le cas de crowdfunding par exemple. Ce dernier mode de financement vise les sociétés de petites tailles et complète la panoplie des financements existants d’origine bancaire, notamment en matière d’amorçage. Aussi, le développement des FinTech, qui complète l’offre bancaire, obligera les établissements à se concentrer sur les services à haute valeur ajoutée.

 

 

Propos recueillis par Michèle Hénaff

[1] Fintech 2020 : reprendre l’initiative. Comment la technologie Blockchain peut permettre à la France et à l’Europe de prendre l’avantage en matière de banque et de finance. Octobre 2015. http://www.croissanceplus.com

 

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