Financement de la transition énergétique : « L’État joue un rôle économique essentiel. »

Créé le

17.12.2015

-

Mis à jour le

28.01.2016

L'intervention de l’État ou de partenaires industriels reste le mode le plus fréquent de financement de la transition énergétique, en dépit des difficultés qu'elle comporte. L'apparition des green bonds amorce une solution portée par les marchés de capitaux.

Quels sont les besoins en matière de financement de la transition énergétique ?

Le financement de la transition énergétique inclut notamment les financements à long terme d’infrastructures. Le développement de la production nucléaire dans le monde – et en Europe en particulier – en est un bon exemple. Par nature le financement de tels investissements est complexe compte tenu de l’ampleur du projet, des délais de construction et de l’incertitude sur les coûts entre le devis initial et les évolutions du chantier. Les financements de ces centrales sont devenus plus difficiles depuis la crise de 2008 et la raréfaction des financeurs.

Ceux-ci sont de type « partenarial » : chaque partenaire s’engage sur une part du coût du projet et reçoit en contrepartie une part de la production proportionnelle à son apport. On trouve également des partenariats de consommateurs. Ainsi en Finlande, un consortium de producteurs de pâte à papier, industrie fortement consommatrice d’énergie, qui ont des intérêts convergents en termes de process ou d’exposition internationale, se sont mis d’accord pour financer la construction d’un EPR qui va leur fournir à long terme l’électricité dont ils ont besoin à un prix stable et garanti dans la durée. Ce sont des montages fondés sur le partage des risques.

Les marchés des capitaux pourraient apporter des réponses, s’il existait des instruments adaptés aux questions de financement de grands projets d’infrastructures. Cette problématique n’est pas propre au nucléaire mais à l’ensemble des infrastructures qui requièrent des investissements à long terme.

Quel est le rôle de l'État dans le financement de la transition énergétique ?

L’état joue un rôle économique essentiel. Il oriente concrètement les transitions technologiques par les subventions qu’il attribue à telle ou telle technologie. Les mécanismes de tarif de rachat de l’énergie produite par les technologies d’énergies renouvelables, éolien, solaire sont des outils qui ont permis l’émergence des parcs de production que nous connaissons actuellement dans le monde. Ces outils servent au développement de technologies qui ne trouvaient pas leur place dans le marché. Des investisseurs privés n’auraient pas nécessairement misé sur ces technologies. Par ailleurs, on trouve d’autres mécanismes d’aide aux développements de projets de production d’électricité que sont les mécanismes de prix d’achat garantis à long terme. Ces mécanismes permettent de réduire les risques financiers de projet comme la construction de centrales nucléaires aux UK. Enfin, l’État intervient dans bien d’autres domaines de la transition énergétique : les subventions aux véhicules électriques, les aides à la rénovation des bâtiments, les subventions aux panneaux solaires etc.

Les marchés financiers peuvent-ils contribuer au financement de la transition énergétique ?

Le développement des greens bonds est une première réponse au financement de la transition énergétique par les marchés. EDF a émis avec succès des green bonds à deux reprises, en novembre 2013 et octobre 2015, avec un mécanisme de contrôle de l'allocation des fonds à des projets de type EnR. Il serait bénéfique que ce type de mécanisme se développe. Les préférences des agents économiques pourraient s’exprimer aussi de cette manière. Aujourd'hui en matière de transition énergétique, les acteurs réagissent plus aux modes de financement par subvention qu’ils ne peuvent exprimer leur préférence d’investir dans telle technologie encore au stade de la R&D.

Pensez-vous que le marché des green bonds va être amené à se développer ?

Oui, l'intérêt d’investisseurs-personnes individuelles est aujourd'hui perceptible. Mais il faut peut-être des relais et des moyens d’orienter davantage les préférences et les capitaux vers ce type de projets. L'idée pourrait être de labelliser certains fonds investis sur des projets d’énergie renouvelable, à l'instar de ce qui existe avec les labels RSE.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº793