La question du financement des infrastructures a toujours été centrale dans les réflexions visant à renforcer les leviers de la croissance économique en Afrique. Selon la Banque Mondiale, l’état déplorable des infrastructures, particulièrement en Afrique subsaharienne, freine la croissance économique des pays concernés de 2 % chaque année, tout en limitant jusqu’à 40 % la productivité des entreprises. Par ailleurs, l'Afrique devrait investir 5 % de son PIB dans les infrastructures et 4 % supplémentaires dans leur entretien, afin d'atteindre le taux de croissance de 7 % nécessaire pour réduire de moitié la pauvreté
Face à cette situation, il est fondamental de savoir quelles sont les catégories d’infrastructures à financer et avec quels types de financement
De façon générale, on peut identifier deux catégories d’infrastructures à financer : les infrastructures de base (routes, autoroutes, ponts, aéroports, électricité, énergie, eau, etc.) d’une part, et les infrastructures de production agricole et industrielle, d’autre part.
Les investissements dans les infrastructures de base relèvent traditionnellement des États et de plus en plus d’un Partenariat public-privé (PPP). Quant aux infrastructures agricoles et industrielles, leurs financements sont majoritairement l’apanage des groupes agro-industriels internationaux et locaux, relevant généralement du secteur privé, qui recourent essentiellement à des emprunts bancaires (95 % des entreprises en Afrique ont recours à des financements bancaires
Malgré la disponibilité de ces sources de financement, l’état des lieux des infrastructures en Afrique laisse apparaître un retard très important comparé aux autres continents.
En effet, d’après les dernières estimations de la Banque africaine de développement (BAD), publiées en 2017
Ces statistiques montrent bien l’urgence, pour les États africains, de revoir leurs stratégies en matière de financement de leurs infrastructures, en se focalisant de moins en moins sur le financement public concessionnel.
A ce propos, la BAD recommande, à travers son rapport sur les infrastructures, la nécessité pour l’Afrique d’attirer les capitaux privés afin d’accélérer le développement des principales infrastructures qui lui permettront de réaliser son potentiel de développement. Les États sont sensibilisés à trouver de nouveaux mécanismes et outils pour financer leurs besoins en infrastructures les plus urgents.
Il est clair que les investissements, aussi bien dans les infrastructures de base que dans les secteurs agro-industriels, nécessitent des financements à long terme qui requièrent une nouvelle approche, notamment la sollicitation des marchés de capitaux. En effet, les marchés de capitaux ont suffisamment démontré, dans les autres régions du monde, qu’ils constituent l’une des voies privilégiées pour la mobilisation des ressources à long terme, en vue du financement des investissements productifs et structurants.
Dès lors, l’enjeu est de savoir quels sont les instruments de financement à développer sur les marchés de capitaux pour le financement des projets d’infrastructures en Afrique
Les besoins de financement en infrastructures pourraient être couverts par le recours aux marchés obligataires, à travers des instruments traditionnels et innovants, tout en favorisant une meilleure intervention des investisseurs institutionnels. Le financement par les marchés actions n’est également pas à exclure.
Sur les marchés obligataires, les besoins en infrastructures peuvent être couverts par les emprunts obligataires classiques, les emprunts obligataires municipaux, les project bonds, etc. S’agissant des instruments obligataires innovants, on peut citer à titre d’exemple, les diaspora bonds, les green bonds, les climate bonds, les sanitary bonds, les social bonds, les education bonds, les sukuks, etc.
En ce qui concerne l’UEMOA
En effet, depuis 1998, 9 367 milliards de francs CFA (FCFA – 1 FCFA = 0,0015 euro, ndlr) ont été levés sur le marché financier régional de l’UEMOA
Ce dynamisme des émissions d’emprunts permet à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM)
Par ailleurs, les récentes évolutions nous confortent dans l’idée que l’un des enseignements de la présente crise sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19 que nous traversons est que, le marché obligataire sera très actif, au cours de la prochaine décennie, à travers les instruments traditionnels, mais également les instruments innovants. En effet, au 1er trimestre 2020, le marché obligataire, au niveau mondial, s’est illustré positivement avec des émissions d'obligations sociales et de développement durable à hauteur de 25,4 milliards de dollars US, soit une hausse de 69 % comparé au 1er trimestre 2019 ; dont environ 13,2 milliards de dollars des ressources dédiées à la lutte contre la Covid-19.
En dehors des marchés obligataires, le développement du marché des actions est également fondamental
Les enjeux de l’industrialisation nécessitent que les entreprises africaines lèvent des ressources par l’ouverture de leur capital en vue de se doter, entre autres, des équipements de production modernes.
Sur les 6 dernières années, la BRVM a enregistré l’admission de neuf nouvelles sociétés (IPO) sur son marché des actions, pour 232,12 milliards de FCFA levés, au-dessus de la moyenne africaine. Tous ces IPO ont été sursouscrits, témoignant de l’attrait des investisseurs
De façon générale, compte tenu de l’importance des besoins sur le continent africain, il y a lieu de se demander quelles sont les approches à privilégier pour assurer un meilleur financement des infrastructures par les marchés de capitaux
Au regard de la fragmentation du continent et de ses marchés, il convient de privilégier des approches régionales. En effet, l’enjeu d’une telle approche, dans le financement des infrastructures, serait de susciter une croissance ainsi qu’une industrialisation durable et inclusive en Afrique, tout en assurant sur le Continent la promotion des groupes industriels pouvant desservir plusieurs pays à la fois sans toutefois être délocalisés.
Pour tous ces différents aspects, il faudrait des plateformes de mobilisation de ressources beaucoup plus larges, notamment des marchés de capitaux régionaux ou à l’échelle continentale.
Sur cette base, l’intégration des bourses du continent s’avère primordiale.
Cet aspect a été très tôt perçu par les autorités de la CEDEAO
Notons également l’important projet, sous l’égide de l’Association des bourses africaines, qui vise à établir une connexion des bourses de Johannesburg, du Caire, de Casablanca, du Nigéria, de Nairobi, de Maurice et de la BRVM. Ce projet, dénommé AELP (African Exchanges Linkage Project), est financé par la BAD à travers un fonds coréen et a pour objectif de faciliter les transactions boursières à l’échelle continentale en donnant un accès unique aux investisseurs. Il est prévu de voir le jour au début de l’année 2021.
Tous les efforts de l’ensemble des acteurs de l’écosystème doivent être fédérés pour la réalisation effective de ces projets structurants pour les économies africaines.