Joseph Schumpeter plaçait la finance au cœur de sa théorie de l’innovation, apportant les fonds nécessaires aux entrepreneurs chargés de trouver des débouchés dans l’économie réelle. L’économiste autrichien mettait cependant l’emphase sur un type d’acteur unique : les banques. Il manquait d’interroger la multiplicité des acteurs financiers avec leurs spécificités, et l’impact de cette diversité sur les choix de financement et donc une forme de directionnalité induite par la finance. Or les assureurs, réassureurs, fonds de pension et autres fonds souverains occupent aujourd’hui une place centrale sur les marchés financiers. Ces investisseurs institutionnels gèrent un montant estimé à plus de 80 trillions de dollars
Les investisseurs institutionnels représentent une source de capitaux à long terme. Leurs passifs sont traditionnellement bâtis autour de titres liquides de bonne qualité – une majorité d’obligations – avec un horizon d’investissement lié à la nature de long terme de leurs engagements. Les portefeuilles se sont mondialisés, avec un intérêt grandissant pour les marchés dits alternatifs et une diversification vers de nouvelles catégories d’actifs. Si la part des investissements relatifs aux énergies renouvelables représente toujours une portion très minoritaire (moins de 2 % du total des actifs dans les pays de l’OCDE
Un groupe hétérogène avec des incitations similaires
Pour mettre ces investisseurs en perspective, les fonds de pension détiennent plus de 25 000 milliards de dollars d’actifs, si bien que ces derniers constituent une source décisive de capitaux de long terme pour le développement d’énergies renouvelables à grande échelle. Les fonds publics de réserve pour les retraites tels que celui des fonctionnaires de l’État de Californie – un des plus grands au monde par encours – ciblent activement des projets d’infrastructure comme classe d’actif à part entière. Plusieurs grandes sociétés d’assurance à travers le monde se sont engagées à investir dans des infrastructures respectueuses de l’environnement. Mais au-delà de vanter les qualités écologiques d’un actif, il s’agit de démontrer sa performance financière corrigée des risques sur la durée.
Les arguments sont nombreux : les projets d’infrastructure et d’énergie représentent aux yeux des investisseurs institutionnels une opportunité de diversification de leurs investissements ainsi que de gestion actif-passif, les maturités y étant plus longues que la plupart des émissions obligataires conventionnelles. Le traitement favorable de ce type d’actif sous le régime de Solvency II depuis 2015, avec une diminution de la charge de capital de 30 % en moyenne, a également incité les compagnies d’assurance à accroître leurs investissements dans les projets d’infrastructure éligibles. Enfin, ces projets bénéficient d’une prime de complexité et de liquidité rendant leurs rendements d’autant plus attractifs dans un monde de taux bas. Il s’agit d’une rémunération complémentaire versée aux investisseurs afin de compenser le manque de liquidité de l'actif acheté du fait de maturités très longues et de fondamentaux économiques complexes nécessitant des équipes qualifiées. À maturité égale, il n’est pas rare de voir un projet d’infrastructure (autoroute, éolien offshore, etc.) avec des taux d’intérêt 200 points de base au-dessus de l’obligation de l’État dans lequel le projet est domicilié.
Contrairement aux énergies fossiles, les énergies durables sont sujettes à une moindre volatilité des cours. Les projets éoliens et solaires photovoltaïques – comptant pour 80 % des investissements dans les énergies renouvelables – ont une durée de vie qui peut dépasser les vingt-cinq ans. Ces derniers s’accompagnent souvent de garanties de la part des constructeurs, de contrats d’achat et d’un soutien public au travers des institutions multilatérales. La baisse des coûts liés aux énergies solaires et éoliennes a même permis aux économies développées de passer d’un modèle avec des accords d’exploitation
Les fonds de placement proposent aux particuliers un moyen simple d’investir leur épargne dans des titres variés. Certes de nombreux fonds continuent à financer les énergies fossiles, y compris le charbon comme en Australie, ou au travers de la réplication passive des grands indices boursiers par les Exchange traded funds (ETF)
L’innovation financière pour attirer les investissements verts
L’industrie des énergies renouvelables étant très capitalistique, les porteurs de projets doivent sans cesse rechercher des capitaux pour financer leur développement. Pour attirer les investisseurs, les développeurs ont davantage recours aux obligations vertes pour lever de la dette bon marché, ou aux YieldCos