Métier et compétences

Le financement des matières premières : un savoir-faire français

Créé le

06.12.2017

-

Mis à jour le

22.12.2017

Le métier de banquier du négoce de matières premières a été développé principalement par les banques françaises. Il est aujourd’hui plus complexe compte tenu des contraintes réglementaires et de responsabilité sociétale des entreprises.

Longtemps, le négoce international de matières premières a été une activité relativement confidentielle dont le financement des opérations par le biais, pour l’essentiel, de crédits documentaires, était le fait de quelques banques spécialisées. Avec le choc des années soixante-dix, on a assisté à l’émergence de quelques entreprises majeures, notamment dans le domaine agricole et dans celui des métaux, ce dernier secteur s’ouvrant aussi à des activités nouvelles avec le trading du pétrole, à l’image du plus important négociant mondial de l’époque : Phibro.

Le monde du négoce

Le financement du négoce changea alors de nature. Il ne s’agissait plus de financer des opérations au coup par coup, mais d’ouvrir des lignes de crédit à des entreprises pour leur permettre de tenir des positions souvent complexes sur des marchés dérivés en plein développement. La contrepartie bancaire changeait de nature alors que les entreprises de négoce restaient des affaires privées (au sens anglo-saxon de « private companies »), secrètes et, en général, disposant de fonds propres limités par rapport au montant des crédits engagés. C’est à cette époque, la fin des années soixante-dix, que quelques grandes banques se dotèrent de départements spécialisés appliquant au financement du négoce des approches différentes fondées moins sur la qualité des bilans que sur la compétence des équipes de trading. Ce premier essor du financement du négoce fut surtout le fait de banques françaises comme le Crédit Lyonnais (sous l’impulsion de Jean Peyrelevade et d’Hervé de la Mettrie), BNP Paribas (dont la filiale de Genève finança, avec Elf Aquitaine, les premiers swaps pétroliers), Indosuez, le CCF et quelques autres. Des banques néerlandaises (Rabobank notamment) et britanniques (Barclays) furent aussi très actives au côté de banques suisses qui profitèrent du développement de Genève comme place de trading.

Par la suite, les banques suivirent l’évolution du monde du négoce et on assista à une assez forte concentration avec un acteur (BNP Paribas) assurant, à lui seul, entre le tiers et la moitié du financement mondial du trading qui connut, à partir de la fin du siècle, l’émergence de nombre de nouveaux acteurs. Parallèlement, de nombreuses banques développèrent des activités de trading pour compte propre dans le domaine des commodités à l’image des grandes « maisons » de Wall Street comme Goldman Sachs et quelques autres « traders de papier » (pour l’essentiel).

Un métier de plus en plus complexe

Dans les années récentes, la situation a quelque peu évolué sous l’impact des contraintes des régulateurs en termes de ratios de couverture, de contrôle des opérations et de gouvernance d’entreprises. Le métier de « banquier du négoce » a encore évolué alors que l’activité se concentrait autour de quelques grands opérateurs dont les « lignes » se comptent désormais en milliards de dollars ! Certains d’entre eux n’ont pas hésité d’ailleurs à créer récemment leurs propres structures de financement à l’image par exemple du négociant suisse Trafigura qui vient de mettre en place un fonds pour financer ses stocks de métaux et d’énergie à partir de titres de dette senior, à hauteur pour l’instant de 470 millions de dollars.

Ceci étant, le monde du négoce est en perpétuelle évolution, avec chaque année son lot de disparitions (Noble par exemple en 2017) et de nouveaux venus. Pour ces derniers, l’accès au crédit bancaire est toujours aussi crucial, quoique beaucoup plus difficile. Le métier de banquier du négoce, capable d’évaluer la capacité d’une équipe de traders à mener à bien une opération, demeure stratégique, même si les contraintes de Bâle III, tout comme les exigences sociétales en termes de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), le rendent plus complexes à développer au quotidien.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº815