Agences de rating

L’évolution des méthodologies révélées de la notation du risque du crédit bancaire

Cet article présente une esquisse de l’évolution des méthodologies de notation du risque de crédit bancaire (NRCB) depuis le début de leurs révélations, avant et après les crises asiatiques et des subprime en se basant sur les documents spécifiques publiés par les agences de rating de crédit (ARCs). La comparaison dans le temps et dans l’espace des méthodologies révélées ne montre pas un bouleversement mais plutôt un affinement et une meilleure reformulation. Après les révisions de 2012 et en dépit des différences dans le processus de NRCB, les ARCs S&P’s, Moody's et FitchRatings apparaissent plus en harmonie de point de vue structurel et relation entre la NBCB, niveau de développement du pays d’implantation de la banque et son rating souverain.

2.1. L’évolution de la notation du risque de crédit bancaire de S&P’s (NRCB S&P’s)*

L'auteur

    • Assistante universitaire
      Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales de Tunis

Pour en savoir plus

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  • 2.2. L’évolution de la notation du risque de crédit bancaire de Moody’s (NRCB M)*

    2.2. L’évolution de la notation du risque de crédit bancaire de Moody’s (NRCB M)*

  • 2.3. L’évolution de la notation du risque de crédit bancaire de FitchRatings (NRCB FR)*

    2.3. L’évolution de la notation du risque de crédit bancaire de FitchRatings (NRCB FR)*

  • 3.2. Principaux éléments des méthodologies

    3.2. Principaux éléments des méthodologies

  • 3.2 suite tableau

    3.2 suite tableau

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°356

Citoyens, politique et finance : des relations complexes

I. Introduction

La notation financière joue un rôle important dans la régulation des marchés des capitaux en matière de risque de crédit (Dale et Thomas, 1991 ; Cantor et Packer, 1994). Ce rôle est particulièrement important dans le secteur bancaire à cause du manque de transparence et des problèmes d’asymétrie d’information pour lesquels les banques sont réputées (Morgan, 2002 ; Flannery et al., 2004). Le rôle des banques comme intermédiaires financiers et leur importance pour la stabilité financière rendent la notation des banques différente des autres entités et façonnent les facteurs de risque auxquels elles sont exposées. Étant donné que les banques peuvent bénéficier d’un support externe dans le cas de sérieuses difficultés financières et à cause des répercutions de la faillite bancaire sur les autres parties de l’économie, la plupart des gouvernements pourraient intervenir pour surveiller leur risque de défaut (Baesens et al., 2011). Une partie importante de l’évaluation du classement d’une banque consiste à considérer si, dans quelles circonstances et à quel degré une banque en situation de turbulence pourrait être secourue et par qui.

Ces caractéristiques uniques du secteur bancaire accentuées par le phénomène de la globalisation et récemment par la crise financière 2007-2008 engendrent des difficultés d’évaluation de la solvabilité des banques qui expliquent en partie les différences dans les processus de notation, les divergences dans l’attribution des ratings et les ajustements successifs des méthodologies révélées de la NRCB par les agences de rating de crédit (ARCs). Les méthodologies révélées sont l'ensemble des critères qualitatifs et quantitatifs, regroupés en facteurs et sous facteurs clés analytiques, élaborés par les agences dans leurs publications (Gaillard, 2008). Plusieurs études (Bellotti et al., 2011a ; Salvador et al., 2014, pour ne citer qu’eux) en dégageant les déterminants de la NRCB ont montré la cohérence entre les méthodologies révélées et les fondements théoriques micro- et macroéconomiques. Mais malgré la continuité de l’objectif final de mesurer le risque d'incapacité et d'absence de volonté de respecter les engagements financiers, ces méthodologies ont subi des évolutions qui peuvent être divisées en trois phases :

  • une première où les ARCs se montrent réservées pour révéler des informations détaillées sur leurs méthodologies et l’importance attribuée aux différents critères de notation. Elles se limitaient à la publication des grilles d’analyse [1] pour chaque type d’émetteurs. Cette période a commencé par l’attribution des premiers ratings aux banques et s’est étendue jusqu’au début de la crise asiatique en 1997. Le rating, pendant cette période, a été qualifié de « boîte noire » ;
  • la seconde, déclenchée par cet événement, est caractérisée par une large vague de publication par les ARCs sur leurs méthodologies de NRCB pour répondre aux critiques de manque de transparence et s’est terminée à la veille de la crise mondiale 2007-2008 par le début des révisions de ces méthodologies ;
  • dans la dernière phase, les méthodologies de NRCB ont vu des révisions et des ajustements (ou mises à jour) successifs pour la prise en compte de certains éléments dégagés des leçons de la crise mondiale 2007-2008 (FMI, 2010 ; Packer et Tarashev, 2011) et des nouveaux développements dans le secteur financier. Ils ont touché, à des degrés différents d’une agence à une autre, les critères de la qualité de crédit intrinsèque et de la volonté et la capacité des supporteurs, et la relation entre la NRCB, le risque du système bancaire et le risque souverain (Packer et Tarashev, 2011). L’ambition des ARCs était d’améliorer la transparence des méthodologies de notation, la comparabilité des notes des institutions financières avec celles dans d'autres secteurs et la cohérence des ratings au niveau mondial pour permettre aux acteurs des marchés de comprendre la NRCB et aux émetteurs de calculer éventuellement leurs propres notes (Packer et Tarashev, 2011 ; S&P’s, 2011a).

À l’instar de l’ensemble de ces constats, nous allons essayer à travers cette étude de répondre à l’interrogation suivante : quelles sont les évolutions subies par les méthodologies révélées de notation du risque de crédit bancaire (NRCB) ?

Packer et Tarashev (2011) ont eu le mérite de traiter cette question, mais leurs études manquent de recul historique et de multi-dimensionnalité de l’analyse. Ainsi, notre objectif dans ce travail est de dégager les principaux facteurs et sous-facteurs clés analytiques qualitatifs et quantitatifs explicatifs de la NRCB et faire une comparaison à triple dimension :

  • entre les trois phases (avant la crise asiatique, entre les deux crises et après la crise financière mondiale de 2007-2008) [2] ;
  • entre les deux groupes (banques des pays développés, banques des pays en voie de développement) ;
  • entre les trois ARCs américaines leaders du marché (S&P’s, Moody’s, FitchRatings) pour avoir une esquisse des évolutions subies en mettant en relief les principaux apports en méthodologies des dernières révisions de la NRCB.

La suite de ce papier est structurée comme suit : nous allons comparer dans le temps les méthodologies révélées de la NRCB des trois agences (II.), avant de compléter l’analyse par une comparaison dans l’espace de ces méthodologies : entre ces groupes de banques et entre les méthodologies des dernières révisions de la NRCB de ces agences achevées en 2012 (III.). Nous finirons ce travail par une conclusion (IV.).

II. Comparaison dans le temps des méthodologies révélées de la NRCB

L’investigation des publications spécifiques des ARCs sur les méthodologies révélées de la NRCB prises dans un ordre chronologique fait apparaître, d’une part, que les crises survenues ne sont pas vraiment les causes directes des évolutions des méthodologies de la NRCB. En fait, la crise asiatique n’a fait qu’inciter les acteurs du marché à demander aux ARCs l’ouverture de leur « boîte noire » pour améliorer la transparence de leurs méthodologies. Les documents publiés exposent les facteurs et sous facteurs analytiques clés de la NRCB sans aucune déclaration d’une révision ou d’un ajustement mais plutôt de l’explication de leurs méthodologies pour permettre aux acteurs des marchés de capitaux de mieux les comprendre. L’ARC qui a publié le plus de documents spécifiques entre les deux crises (asiatique et subprime) est Moody’s. Elle a fait une large vague de publications pour répondre aux interrogations sur l’information privée confidentielle (Moody’s, oct. 1998), les ratios favoris utilisés (Moody’s, août 1998, oct. 2000, déc. 2002, févr. 2004) et les particularités de notation des banques des PD (Moody’s, avr. 1999) et celles des PVD (Moody’s, juill. 1999). La crise des subprime a, à son tour, poussé les ARCs à faire des révisions et des ajustements du processus de NRCB pour tenir compte, principalement, des limites des supports de l’environnement. Mais même avec ces révisions, les évolutions majeures des méthodologies de NRCB ont eu lieu avant cet événement. En effet, la dernière révision majeure opérée par FitchRatings remonte à 2005 avec l’introduction des mesures du risque systémique, à 2007 pour Moody’s avec l'intégration de l’analyse de défaut-conjoint « JDA » qui tient compte du support systémique (Packer et Tarashev, 2011) et à 2006 pour S&P’s avec l’intromission d’une mesure des forces et faiblesses du système bancaire.

D’autre part, l’attribution des NRCB pour les trois ARCs continue à se baser sur les mêmes facteurs internes (ou intrinsèque) et externes (ou extérieurs), qualitatifs et quantitatifs et à utiliser les mêmes informations publiques et privées. À ce propos, par exemple, Moody’s déclare dans un document spécifique publié en février 2007 que la mise à jour de sa méthodologie de la notation de la qualité de crédit intrinsèque des banques « Bank Financial Strength Rating “BFSR” » (initialement introduit en 1995) continue à reposer sur les mêmes facteurs que ceux présentés en avril 1999 et juillet 1999 mais avec plus de transparence et de précision. Et le facteur quantitatif « fondamentaux financiers » est toujours formé par les cinq facteurs de l’approche classique de l’analyse de crédit bancaire le modèle CAMEL « Capital, Asset quality, Earnings, Management & Liquidity » (Moody’s, févr. 2007a).

II.1. Standard and Poor’s

L’analyse comparative des principaux facteurs analytiques des méthodologies révélées de la NRCB des trois périodes présentées au tableau 2-1 montre une restructuration et une amélioration progressive de la précision des sous facteurs. En effet, les trois facteurs : externes, quantitatifs et qualitatifs (voir tableau 2-1, col. 1) ont été répartis en facteurs de « risques liés à l’environnement dans lequel opère la banque » et « risques liés aux éléments spécifiques à la banque » (voir tableau 2-1, col. 2). Ces deux facteurs de risques avec leurs sous facteurs analytiques qualitatifs et quantitatifs ont pris après 2008 une structure plus affinée qui distinguent d’une manière explicite les deux composantes : qualité de crédit intrinsèque (dénommée « Profil de Crédit Stand-Alone “SACP” ») et soutien de l'environnement (dénommée « Supports extérieurs ») (voir tableau 2-1, col. 3). Lors de la révision de sa méthodologie, S&P’s (nov. 2011a) a réparti la deuxième composante en « supports extérieurs » ordinaires et extraordinaires. Ces derniers ont été détachés des facteurs externes ou de « risques liés à l’environnement dans lequel opère la banque » pour les mettre en exergue. Ils se manifestent dans la possibilité d'interventions ciblées et de sauvetage potentiel des institutions financières spécifiques (S&P’s, nov. 2011b). Ils ont été pris séparément des premiers pour la prise en compte de la leçon de la crise financière de 2007-2008 relative aux limites du soutien de l'environnement. Ils sont incorporés dans la note émetteur « Issuer Credit Ratings “ICR” » (désigné aussi par le rating « all-in »). Alors que les supports extérieurs ordinaires sont incorporés dans la qualité de crédit intrinsèque « Profil de Crédit Stand-Alone “SACP” » et se manifestent dans l'influence de la surveillance du gouvernement et de la réglementation du système bancaire, y compris les programmes existants de soutien systémique d'urgence (S&P’s, nov. 2011b).

Deux autres apports méthodologiques ont marqué cette révision. À ce propos, Thierry Grunspan, directeur au département des institutions financières chez S&P’s témoigne en disant que « parmi les objectifs de la refonte de notre méthodologie de notation bancaire, il y avait en premier lieu la prise en compte en amont et de manière plus précise des facteurs macroéconomiques et macroprudentiels propres au pays dans lequel exerce une banque. » (Vautrin et Zakhia, 2012, p. 1). Cette prise en compte est faite à travers l’introduction, d’une part, du « Bank Industry Country Risk Assessment “BICRA” » [3] (initialement instauré en 2006) (S&P’s, nov. 2011a) comme point de départ du processus de la NRCB et d’autre part, du ratio « Risk-Adjusted Capital “RAC” » avec une définition révisée par S&P’s dans l’analyse du facteur « Capital » lors de l’évaluation du « Stand-Alone Credit Profil “SACP” » (S&P’s, déc. 2010).

La nouvelle méthodologie de S&P’s telle que révisée et ajustée fin 2011, schématisée au tableau 2-1, col. 3, permet :

  • d’abord, une analyse des risques de l’industrie bancaire et de l’économie, suivie par les facteurs spécifiques à la banque et qui s’achève par le soutien externe. Les critères articulent les étapes de l'élaboration du profil de crédit « stand-alone “SACP” » et le rating « all-in » « Issue Credit Rating “ICR” » pour une banque, y compris un examen du soutien potentiel direct supplémentaire de la banque par le groupe et/ou le gouvernement souverain. En fait, six facteurs déterminent le « profil de crédit stand-alone “SACP” » d’une banque. Les deux premiers font partie de l’analyse macroéconomique : le risque de l’économie et de l'industrie qui forment le « BICRA » du pays d’implantation de la banque et se combinent pour définir le point de départ qui est l’ancre du « profil de crédit stand-alone “SACP” » dans la notation d'une institution financière sur une nouvelle échelle de 11 grades (a, a-, bbb-, bbb, bbb+, bb-, bb, bb+, b+, b et b) [4] ;
  • ensuite, ce dernier est ajusté vers le haut ou vers le bas sur l'échelle du « profil de crédit stand-alone “SACP” » basée sur l'analyse micro-économique globale (forces et faiblesses) des quatre facteurs de notation bancaire spécifique restants : profil de l’activité, capital et rentabilité, profil de risque, et financement et liquidité ;
  • enfin, pour fixer le grade de rating « all-in » « Issue Credit Rating “ICR” » de la banque objet de notation sur l’échelle AAA-D (S&P’s, juin 2012), les différents types de supports (les supports potentiels du gouvernement et le soutien des sociétés du groupe) seront réexaminés pour dégager les supports extraordinaires et leurs probabilités.

II.2. Moody’s

L’analyse comparative des principaux facteurs analytiques des méthodologies révélées de la NRCB des trois périodes présentées au tableau 2-2 montre une évolution de la structure des facteurs et sous facteurs de notation. En effet, les trois facteurs : externes, internes et analyse financière (voir tableau 2-2, col. 1) ont été répartis en deux facteurs : « risques liés à l’environnement dans lequel opère la banque » et « risques liés aux éléments spécifiques à la banque » (voir tableau 2-2, col. 2). Avant même la crise de 2007-2008, ces deux facteurs de risque avec leurs sous-facteurs analytiques ont commencé à prendre une structure plus affinée qui distingue, d’une manière explicite, les deux composantes : qualité de crédit intrinsèque (dénommée « Facteurs intrinsèques ») et soutien de l'environnement (dénommée « Facteurs externes ») (voir tableau 2-2, col. 3). Dans la première composante (Moody’s, mars 2012) se concentrent les sous facteurs qualitatifs (« franchise value », positionnement en matière de risque, cadre réglementaire, environnement opérationnel) et quantitatifs (fondamentaux financiers). La note « stand-alone » « Bank Financial Strength Rating “BFSR” » est générée de l’analyse de cette composante. Lors de la révision et de l’ajustement de sa méthodologie débutée en 2007 et étendue jusqu’à 2012, Moody’s a détaché les supports extérieurs extraordinaires, des facteurs de « risques liés à l’environnement dans lequel opère la banque », pour les mettre en exergue et les a répartis en supports externes autres que systémiques et support systémique. Ils sont incorporés dans le rating « all-in » « Issuer Rating “IR” ». Alors que les supports extérieurs ordinaires sont pris en compte d’une manière implicite dans le sous-facteur qualitatif « environnement opérationnel » et incorporés dans la note « Stand-alone » « Bank Financial Strength Rating “BFSR” ».

D’autres apports méthodologiques ont marqué la révision avant la crise mondiale 2007-2008. C’est l’intégration de l’« analyse de défaut – conjoint “JDA” » en février 2007 après la mise à jour de sa méthodologie d'attribution de la notation de la qualité de crédit intrinsèque des banques « Bank Financial Strength Rating “BFSR” » (Moody’s, févr. 2007a, b). Cette analyse « JDA » a été intégrée « pour tenir compte du soutien du gouvernement national (c'est-à-dire systémique), mais aussi des autres grandes formes d'appuis extérieurs, telles que le soutien des entités parentes celui des gouvernements régionaux et locaux , ou encore des groupes coopératif et mutualiste » (Moody’s, févr. 2007b, p. 1). Dans cette mise à jour et cette intégration affinée en mars 2007, Moody’s a introduit des « scorecards » de « Bank Financial Strength Rating “BFSR” », de support et de dépendance. Ils sont des instruments d’évaluation, respectivement, de la qualité de crédit intrinsèque, du niveau de support et du degré de dépendance économique entre le fonctionnement de la banque et son supporteur. L’investigation de ces instruments permet de dire qu’ils réduisent la part de subjectivité dans l’attribution de la note. Moody’s a procédé aussi à des ajustements au niveau de certains éléments analytiques. Elle a fait un calibrage de l'importance relative attachée à certains facteurs d'estimation (Moody’s, févr. 2009), déclaré un déclin du poids du support du gouvernement (Moody’s, mai 2009b) et éclairé la relation entre la NRCB et le risque de crédit souverain (Moody’s, févr. 2012a).

La méthodologie « JDA », telle qu’ajustée en 2012, schématisée au tableau 2-2, col. 3, prend comme point de départ la note « stand-alone » « Bank Financial Strength Rating “BFSR” » (échelle A-E de 13 grades) (Moody’s, févr. 2007b, janv. 2011) traduite par la suite sur l’échelle (aaa-c de 19 grades) du « Baseline Credit Assessments “BCA” » (Moody’s, mars 2012) afin d’arriver au rating « all-in » « Issuer Rating “IR” » sur l’échelle Aaa-C (Moody’s, janv. 2011) après une évaluation séquentielle de quatre types de support – entité parente, groupe coopératif, gouvernement régional et gouvernement national – et un ajustement de la note « stand-alone » en conséquence. Autrement dit, le support potentiel est évalué dans un « processus séquentiel » (appelé aussi l’approche « building block ») dont l’output de chaque étape constitue l’input de l’étape suivante et entraîne un ajustement sur l’échelle universelle (Aaa-C) jusqu’à l’aboutissement après la quatrième étape au rating « all-in ». À chaque étape de ce processus et pour chaque supporteur, Moody’s calcule le scorecard de support et celui de dépendance. Pour chaque pourvoyeur de support, le rating « all-in » reflète sa capacité basée sur le rating du supporteur, sa volonté de supporter basée sur l’opinion de Moody’s sur la probabilité d’avoir à faire intervenir le support en cas de besoin et sa probabilité de défaut commun.

II.3. FitchRatings

L’analyse comparative des principaux facteurs analytiques des méthodologies révélées de la NRCB des trois périodes présentées au tableau 2-3 montre l’existence, dès le début de la NRCB, d’une méthodologie structurée en deux composantes : « analyse de l’environnement de la banque » et « analyse de la banque » (voir tableau 2-3, col. 1 et 2). Ces composantes ont pris, après la crise de 2007-2008, une structure plus affinée qui distingue : la qualité de crédit intrinsèque (dénommé Facteurs du « Bank Viability Rating “BVR” ») et le soutien de l’environnement (dénommé « Facteurs du Rating de support “RS” » et son plancher « Support Rating Floor “SRF” ») (voir tableau 2-3, col. 3). L’affinement apparaît aussi dans le détachement des supports extérieurs extraordinaires du facteur « Profil de l’industrie et de l’environnement opérationnel », dans leur répartition en soutien souverain (ou de l’État fédéral) et soutien des propriétaires institutionnels (ou autres propriétaires), ainsi que dans leur incorporation dans le rating de support « SR » et le rating à LT minimal plancher « Support Rating Floor “SRF” » (FitchRatings, mars 2011a, août 2011). L’analyse des supports extérieurs ordinaires, quant à elle, est restée dans le facteur « Profil de l’industrie et de l’environnement opérationnel » et incorporée dans le rating « Stand-alone » « Bank Viability Rating “BVR” ». Le rating « all-in » « Issuer Default Rating “IDR” » est, dès le début de la NRCB, la résultante des notes générées des deux composantes. L’affinement effectué par FitchRating a consisté à utiliser l’approche du « plus élevé » du rating de viabilité et du rating à LT minimal plancher, pour attribuer le rating « all-in » « Issuer Default Rating “IDR” ».

FitchRatings a fait un apport méthodologique marquant avant la crise mondiale 2007-2008. Il s’agit de l’intégration de deux mesures du risque systémique en 2005 : Indicateur du système bancaire (BSI) [5] et Indicateur macroprudentiel (MPI) [6]. L’interaction de ces deux mesures permet de présenter la matrice de risque systémique pour le classement du système bancaire de chaque pays, utilisée comme entrée à la notation souveraine, plutôt que directement dans la notation de chaque banque. La notation souveraine, à son tour, joue le rôle de plafond souverain pour les ratings « all-in », à l’exception de certaines banques (FitchRatings, déc. 2011, déc. 2012).

En août 2011, FitchRatings a procédé à une révélation plus claire de sa méthodologie, schématisée au tableau 2-3, col. 3. D’abord, elle a détaillé les facteurs pris en compte dans l’attribution du rating de viabilité. Cette première composante du rating « all-in » regroupe les cinq facteurs suivants :

  • profil de l’industrie et de l’environnement opérationnel ;
  • profil de la banque et gestion des risques ;
  • profil financier ;
  • stratégie de gestion et gouvernance d’entreprise ;
  • propriétaire, support et facteurs de groupe.

Elle précise que la pondération relative de ces facteurs peut varier selon les circonstances spécifiques et que le rating de viabilité représente non seulement la capacité de la banque à respecter ses obligations en l’absence d’un soutien exceptionnel, mais aussi en l’absence des contraintes extraordinaires (par exemple, les risques de transfert et la convertibilité).

Ensuite, pour le rating de support, elle précise qu’il intègre une évaluation, basée sur un jugement fait par FitchRatings, de la propension du supporteur potentiel (l’État souverain ou un propriétaire institutionnel) pour soutenir une institution financière et sa capacité à le faire. Cette propension est déterminée par une série de facteurs, y compris l’activité de la banque, propriété des capitaux et de l’importance systémique (FitchRatings, juill. 2011b). Comme une mesure supplémentaire pour améliorer la transparence des raisons justifiant ses notes, FitchRatings publie pour chaque grade de ce rating (échelle de 1 à 5) une limite du rating émetteur appelée note de support plancher « Support Rating Floors “SRF” ». Elle est dérivée directement de sa note de support et définit le minimum du rating « all-in » « Issuer Default Rating “IDR” » à long terme qui serait attribué à cette banque (FitchRatings, août 2012). Toutefois, ces planchers, exprimés sur l'échelle de notation internationale à long terme (AAA-D), sont réservés pour les banques dont la note de support repose sur le soutien souverain potentiel.

Enfin, pour combiner son analyse de la qualité de crédit intrinsèque et son évaluation du potentiel support de l’environnement, FitchRatings adopte l’approche du « plus élevé » du rating de viabilité et celui de support plancher pour attribuer le rating « all-in » « Issuer Default Rating “IDR” » finale.

III. Comparaison dans l’espace des méthodologies révélées de la NRCB

III.1. Comparaison entre groupes de banques

Malgré des composantes (qualité de crédit intrinsèque, soutien de l’environnement) et des facteurs (qualitatifs, quantitatifs) de notations semblables et l’utilisation des mêmes informations (publique, privée) pour confectionner une note sollicitée [7], les ARCs utilisent certains critères de NRCB avec des pondérations ou des poids différents entre les groupes de banques. La distinction entre les groupes se base sur le niveau de développement du pays (marché) d’implantation de la banque : pays développés – pays émergents (Moody’s, avr. 1999, juill. 1999), marchés développés – marchés émergents (S&P’s, 1998) et marchés mûrs – marchés en développement (Moody’s, févr. 2007a).

Concernant les différences de critères de NRCB entre les groupes de banques, S&P’s a déclaré qu’elle en tient compte dans l’analyse de l’environnement opérationnel, les régimes de régulation et comptable, et l’importance attribuée aux différents facteurs du modèle CAMEL (S&P’s, juin 1998). Elle précise aussi dans un autre document spécifique, publié entre les deux crises, asiatique et des subprime, que « l’analyse de crédit d'une banque comprend une vaste gamme de facteurs quantifiables et non quantifiables. Le poids donné à chacun dans l'analyse d'une institution particulière varie selon les pays, les lois et les coutumes des pays dans lesquels l'institution opère, les pratiques comptables ; la situation concurrentielle ; et l'environnement réglementaire. Il n'y a donc aucun groupe standard de ratios qui définit les exigences minimales pour chaque catégorie de notation » (S&P’s, mars 2004b, p. 1). Moody’s a, à son tour, publié en avril 1999 une présentation de la méthodologie d’analyse et de notation des banques des pays développés suivi en juillet par celle des banques basées dans les pays émergents. Moody’s (févr. 2007a), lors de la mise à jour de sa méthodologie « Bank Financial Strength Rating “BFSR” », confirme aussi que l’importance de l’étude quantitative dépend du niveau de développement du pays (marché) de la banque (Moody’s, févr. 2007a). FitchRatings en 1997, elle déclare que les ratios utilisés sont essentiellement les mêmes mais aussi varient à cause des différences dans les pratiques bancaires et comptables d’un pays à un autre (FitchIBCA, 1997).

À partir de 2011, l’année de la manifestation de la crise de la dette européenne, une des conséquences de la crise des subprime [8], les ARCs ne parlent plus du niveau de développement mais plutôt de l’importance de la relation entre le rating souverain du pays d’implantation de la banque avec sa NRCB (S&P’s, déc. 2011b ; Moody’s, févr. 2012a, avr. 2012, août 2012 ; FitchRatings, déc. 2011, déc. 2012). Or l’examen des documentations spécifiques des ARCs relatives à la notation souveraine indique que le niveau de développement d’un pays est un indicateur important dans l’attribution de ce rating (S&P’s, juin 2011, janv. 2012 ; Moody’s, mars 1999, sept. 2008 ; FitchRatings, août 2012b).

III.2. Comparaison entre agences

L’analyse comparative des principaux facteurs analytiques des méthodologies révélées de la NRCB des trois agences S&P’S – Moody’s – FitchRatings pendant les trois périodes présentées respectivement aux tableaux 2-1, 2-2 et 2-3 a fait apparaître une certaine amélioration de la cohérence des méthodologies des trois agences d’une période à une autre. En effet, nous constatons, après la crise des subprime, d’une part, un alignement des méthodologies de S&P’s et Moody’s à l’approche de FitchRatings de la NRCB qui, depuis 1980, capturait les facteurs fondamentaux d’une manière explicite en deux composantes : qualité de crédit intrinsèque et soutien de l’environnement. D’autre part, S&P’s est l'agence qui a proposé les révisions et ajustements les plus importants à sa méthodologie. Ce qui confirme les déclarations de Packer et Tarashev (2011). Les deux autres agences Moody's et FitchRatings sont intervenues pour ajuster l’importance de l’évaluation du soutien de l’environnement et certains éléments analytiques.

En dépit de la même finalité et de cette amélioration de la cohérence, l’analyse comparative des méthodologies révélées de la NRCB révisées et ajustées achevées en 2012 des trois agences présentées aux colonnes 3 des tableaux 2-1, 2-2 et 2-3 montre des différences dans les processus de NRCB. Le tableau 3-2 récapitule les principaux éléments de ces méthodologies avec une mise en relief des apports analytiques effectués jusqu’à fin 2012. Les différences les plus importantes dans les processus de NRCB des trois agences, que nous avons jugé nécessaire de commenter, sont les suivantes :

  • contrairement aux deux autres agences, Moody’s ne publie pas une mesure spécifique du risque de système bancaire (« Bank Industry Country Risk Assessment “BICRA” » pour S&P’s, Indicateur du système bancaire « BSI » et Indicateurs macroprudentiels « MPI » pour FitchRating). Moody’s reconnaît implicitement que les évaluations du rôle d'une banque dans le système bancaire et l'exposition au risque systémique sont des entrées normales en estimant l'ampleur du support des autorités nationales (Packer et Tarashev, 2011) ;
  • aussi, Moody’s est moins spécifique que S&P’s et FitchRatings sur la relation entre ces notes « stand-alone » « Banks Financial Strength Rating “BFSR”» et les éléments de support. Elle ne nie pas non plus que ces notes “BFSR” ne prennent pas en compte la probabilité que la banque recevra un support extérieur ordinaire (Baesens et al. (2011)). mais elle va pour préciser que ces “BFSR” incluent des éléments spécifiques à la banque et aussi d’autres facteurs de risque de l’environnement opérationnel dans lequel la banque opère (tels que la stabilité de l'économie, l’intégrité, la corruption et le régime juridique) et la qualité de la réglementation bancaire (tels que l’indépendance, les normes réglementaires, le contrôle, l’application, le degré de maturité du cadre réglementaire et la santé du système bancaire) ;
  • contrairement aux autres agences, S&P’s ne publie pas ces notes « stand-alone ». Elles sont intégrées dans le processus de NRCB et communiquées aux émetteurs dans le rapport de notation ;
  • les évaluations du risque de crédit du système bancaire sont utilisées par S&P’s comme point de départ du processus de la NRCB et par FitchRatings comme entrées au rating souverain qui, à son tour, joue, avec le « country ceiling », le rôle de plafond pour les ratings « all-in » des banques (à l’exception de certains cas) ;
  • aussi, contrairement aux autres agences, FitchRatings publie le rating de support et son rating à LT minimal plancher « Support Rating Floors “SRF” » (pour le support souverain) pour améliorer la transparence des raisons justifiant ses notes.

IV. Conclusion

L’investigation des documents spécifiques des ARCs [9] nous a permis d’avoir une esquisse des évolutions subies des méthodologies révélées de la NRCB dont les constatations se résument dans les éléments suivants :

  • la comparaison dans le temps des méthodologies révélées de la NRCB fait apparaître qu’elles n’ont pas été fondamentalement bouleversées puisqu’elles se reposent sur les mêmes composantes (qualité de crédit intrinsèque ou facteurs internes et soutien de l’environnement ou facteurs externes), facteurs (qualitatifs et quantitatifs) et informations (publique et privée). mais, elles ont eu des structures évolutives d’une période à une autre qui ont permis la prise en compte d’une manière plus explicite du soutien de l’environnement. La crise asiatique n’a fait qu’inciter les acteurs du marché à demander aux ARCs l’ouverture de leur « boîte noire » pour améliorer la transparence de leur méthodologie. Et même après la crise financière de 2007-2008, les méthodologies de notation n'ont pas trop évolué. A ce propos, Bridget Gandy, responsable chez FitchRatings de l'analyse du secteur bancaire pour la zone « Europe Middle East & Africa “EMEA” » témoigne « nos critères de notation du secteur bancaire sont globalement restés inchangés et n'ont pas fait l'objet de révisions importantes du fait de la crise. » (Vautrin et Zakhia, 2012, p.1). Elles sont devenues, en revanche, affinées et mieux formalisées de telle sorte qu’elles réduisent la part de subjectivité dans l’attribution de la note ;
  • la comparaison entre groupes de banques des méthodologies révélées de la NRCB fait apparaître que l’importance attribuée aux facteurs de notations dépend du niveau de développement du pays (marché) d’implantation de la banque notée qui est aussi un indicateur important dans l’attribution du rating souverain. La relation entre ce rating avec sa NRCB est devenue après la crise mondiale 2007-2008 de plus en plus importante ;
  • la comparaison entre agences des méthodologies révélées de la NRCB fait apparaître que, comme déjà déclarés par Packer et Tarashev (2011), S&P’s est l'agence qui a proposé, après la crise des subprime, les révisions et ajustements les plus importants à sa méthodologie à travers l’introduction du « Bank Industry Country Risk Assessment “BICRA” » comme point de départ du processus de la NRCB et du ratio « Risk-Adjusted Capital “RAC” » avec une définition révisée dans l’analyse du facteur « Capital ». En revanche, avec la restructuration et l’affinement effectués, les deux autres agences Moody's et FitchRatings sont intervenues pour ajuster l’importance de l’évaluation du soutien de l’environnement et certains éléments analytiques. Avec ces ajustements, les méthodologies des trois agences apparaissent plus harmonisées de point de vue structurel puis qu’elles ont les mêmes composantes : qualité de crédit intrinsèque et soutien de l’environnement et de point de vue relation entre la NBCB, niveau de développement du pays d’implantation de la banque et son rating souverain.

Les révisions et ajustements des méthodologies révélées de la NRCB ont engendré une série de mises sous surveillance par les rajouts sur les listes des « Watchlists/Outlists » résolus par des modifications des notes vers le haut ou vers le bas. Les dégradations ont concerné principalement des institutions européennes et américaines (Packer et Tarashev, 2011). Une étude économétrique approfondie sur la comparaison des déterminants de la NRCB dans le temps et dans l’espace peut compléter la perspective des évolutions subies des méthodologies de la NRCB.

 

[1] Une grille d’analyse est une présentation simplifiée de l'ensemble des critères regroupés en facteurs et sous facteurs clés analytiques.

[2] L’histoire des crises financières révèle la survenance entre 1997-2007 : des crises bancaires et monétaires des pays de l’Amérique latine de 1998-2000 et de la crise financière turque de 2001-2002, mais elles n’ont évoqué aucun changement dans les méthodologies ni dans la documentation spécifique publiée par les ARCs qui mérite d’être pris en compte dans notre étude. Il y a aussi la crise de la dette souveraine européenne de 2010-2011 (une des conséquences de la crise des subprime) qui a engendré quelques ajustements dans la relation NRCB et risque souverain que nous allons évoquer dans la présentation des évolutions des méthodologies et mis en relief dans la comparaison entre agences.

[3] L'analyse BICRA intègre l'influence de la surveillance du gouvernement et de la réglementation du système bancaire, y compris les programmes existants de soutien systémique d'urgence et exclut la possibilité d'interventions ciblées et de sauvetage des institutions financières spécifiques (S&P’s, nov. 2011b).

[4] Des lettres intentionnellement minuscules différencient ces « profil de crédit stand-alone “SACP” » des notes émetteurs « Issue Credit Rating “ICR” » (rating « all-in ») de l’échelle universelle à LT de AAA à D (S&P’s, nov. 2011a).

[5] L’Indicateur du Système Bancaire (BSI) mesure le risque systémique intrinsèque des banques sur une échelle de A (très haute qualité) à E (très mauvaise qualité) (FitchRatings (July 2005)). Il est basé sur une évaluation explicite de la résistance « stand-alone » du système bancaire égale à la moyenne des ratings individuels assignés aux banques du système bancaire du pays «System Average Individual Rating “SAIR”». Ce dernier est combiné avec une analyse de risque systémique de chaque système bancaire, qui vise à identifier les faiblesses communes des banques dans un système, en se concentrant sur les facteurs impliqués dans les crises bancaires précédentes (FitchRatings, 2005).

[6] C’est une analyse systématique des Indicateurs Macro-Prudentiels (MPI), en se concentrant sur la croissance anormale des crédits bancaires du secteur privé et les « bulles » dans le prix des actifs réels et/ou l’appréciation des devises importantes. La vulnérabilité à un tel stress est désignée faible, modérée ou élevée (respectivement MPI 1, MPI 2, MPI 3) (FitchRatings, 2005).

[7] Une note sollicitée, contrairement à la note sauvage, est attribuée suite à la demande de l’émetteur.

[8] La crise financière de 2007-2008 a provoqué un ralentissement de l’activité économique de certains pays de l’Europe (tels que les PIIGS: Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne) suite à une forte hausse de la dette publique et des déficits courant en 2008-2010, en raison en partie de l’intervention massive des banques centrales des pays touchés par la crise pour sauver le système financier (Alogoskoufis, 2012).

[9] Nous rappelons que notre objectif n’est pas d’analyser la cohérence entre les méthodologies révélées de la NRCB et les fondements théoriques micro- et macroéconomiques ni d’étudier les insuffisances des méthodes et techniques utilisées par les ARCs mais plutôt de dégager les évolutions des méthodologies révélées de la NRCB.

 

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