Cet article appartient au dossier : Stratégie, Les BFI se réinventent.

Effectifs : les heures difficiles de la BFI

Les banques de financement et d’investissement (BFI) européennes ont vu baisser leur part dans le PNB des groupes et leurs effectifs. Si la baisse concerne toutes les banques, son ampleur est très variable et les BFI françaises ont été moins durement touchées.

1. Panel retenu pour les banques européennes

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  • tableaux 2 et 3

    tableaux 2 et 3

  • tableaux 4 et 5

    tableaux 4 et 5

  • 6. Évolution des PNB et effectifs des BFI

    6. Évolution des PNB et effectifs des BFI

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°343

Les BFI se réinventent

Les résultats décevants des activités de marchés ces dernières années ainsi que le renforcement du cadre réglementaire ont imposé un changement de paradigme pour de nombreuses banques. Auparavant tirées par les activités de leur banque de financement et d’investissement (BFI), elles sont aujourd’hui contraintes de s’adapter et faire évoluer leur organisation de façon à se concentrer sur des activités moins risquées, moins consommatrices en fonds propres et en liquidité et dégageant une marge suffisante.

Quelles sont les conséquences réelles de cette stratégie sur les activités BFI ? Afin de le comprendre, nous avons étudié l’évolution du PNB et des effectifs des BFI de onze banques européennes de premier plan sur la période 2008-2014.

Pour cette analyse, outre les quatre principaux groupes bancaires français ayant une BFI, nous avons retenu sept autres banques européennes « universelles » disposant d’une BFI et publiant les données relatives au PNB et aux effectifs pour ces activités [1] (voir Encadré 1).

Un impact des crises nettement plus fort sur les activités BFI

Au global, entre 2010 et 2014 – 2010 étant l’année où le PNB BFI moyen de notre panel a atteint son plus haut niveau sur la période –, les PNB des BFI de notre échantillon oscillent entre une baisse de -4,2 % et de -63,9 % pour une moyenne pondérée de -33 %. En comparaison, le PNB moyen des groupes bancaires détenant ces BFI n’a reculé que de 11,9 % sur la période.

Toutes les banques affichent donc des revenus en baisse pour leurs activités BFI. Dans le détail, on constate les réductions les plus fortes pour Unicredit, RBS, Barclays et Deutsche Bank. À l’inverse, les banques ayant le mieux résisté sont Natixis et Santander (voir Encadré 2).

Les PNB des groupes bancaires ayant moins reculé, on observe dans le tableau ci-dessous (voir Encadré 3) que toutes les banques du panel ont donc logiquement vu la part de leur PNB BFI dans celui du groupe baisser entre 2010 et 2014, cette dernière étant passée de 34,0 % en 2010 à 25,9 % en 2014 (moyenne pondérée sur cet échantillon).

Les conséquences sur l’emploi

Les effectifs des BFI du panel affichent une baisse de 32,8 % en moyenne pondérée entre 2010 et 2014. Il est à noter que les réductions les plus notoires ne concernent pas les banques françaises ; et que seule BNP Paribas a vu ses effectifs augmenter sur la période, hausse qui s’explique par l’intégration des effectifs BFI de Fortis en 2010-2011. Quant aux effectifs groupe, ils affichent une baisse plus mesurée de l’ordre de 10,5 % sur la même période (voir Encadré 4).

De manière similaire au PNB, si l’on considère le ratio effectifs BFI/effectifs groupe, celui-ci est en baisse, passant de 11,6 % à 8,7 % entre 2010 (maximum sur la période) et 2014. Dans le détail, on remarque que c’est sans surprise RBS, Deutsche Bank et Unicredit qui ont vu le poids de leurs effectifs BFI le plus diminuer en proportion sur la période 2010-2014 (voir Encadré 5).

Trois tendances selon les BFI

Face à ces évolutions, il est possible de catégoriser les stratégies des banques selon trois tendances.

Première tendance : les banques ayant réduit largement les activités BFI telles que Deutsche Bank, Unicredit, RBS. Afin d’adapter leur BFI au changement d’environnement économique et réglementaire, certaines banques ont effectué de profondes restructurations et/ou drastiquement réduit les effectifs afin de retrouver le chemin de la croissance. Ainsi, les plus grosses baisses d’effectifs BFI du panel concernent RBS, Unicredit et la Deutsche Bank (respectivement -80,2 %, -75,6 % et -48,6 % sur la période 2010-2014), qui ont réduit et continuent de réduire comme en attestent les dernières actualités pour Deutsche Bank, de manière drastique le champ de leur BFI. Par exemple, Unicredit a réorganisé les pôles de son groupe à deux reprises, en 2011 et 2013, avec à chaque fois une diminution de la BFI au profit des réseaux de banques de détail. Les banques britanniques ne sont pas en reste : RBS a annoncé en mars 2015 la suppression de près de 14 000 emplois principalement sur les activités marchés (après une baisse de plus de 80 000 emplois au sein du groupe depuis 2010) dans le cadre d’un plan de sortie de ses activités titres et la perspective d’un recentrage sur le marché britannique.

Deuxième tendance : la baisse des revenus issus de la BFI a poussé d’autres banques tels que Crédit Agricole, UBS et Barclays, à seulement réduire la voilure sur leurs activités de BFI. Crédit Agricole a recentré son activité sur le métier de banque de détail et n’a conservé que les activités de BFI « utiles » à ses clients. Les effectifs BFI ont ainsi baissé de 42,8 % entre 2010 et 2014 contre -17,1 % pour les effectifs groupe, ce qui s’explique en grande partie par les cessions de ses filiales de courtage Cheuvreux et CLSA finalisées mi 2013. Autre exemple, la banque UBS, plombée par des investissements massifs dans les subprime, a vu le PNB de son activité BFI et les effectifs baisser respectivement de 30,5 % et 29,3 % entre 2010 et 2014 contre 12,4 % et -6,9 % au niveau groupe. Depuis 2012, la banque suisse effectue en effet un recentrage sur ses métiers de gestion de fortune et réduction de ses activités de Fixed Income. Fin 2012, il a été annoncé un plan de réduction mondial portant sur la suppression de 10 000 emplois (dont 2 000 en front office) d’ici 2017. Barclays de son côté a communiqué sur la suppression de 7 000 emplois au sein de la banque d’investissement d’ici fin 2016, annonce qui succède à deux précédentes vagues de suppression d’effectifs faites début 2014, dans le cadre d’une refonte radicale au sein de la banque d’investissement et plus de 15 000 suppressions de postes depuis 2010.

Troisième tendance : les banques ayant préservé leurs effectifs. Les soubresauts des crises n’ont pas empêché certaines banques d’étoffer ou du moins de maintenir les effectifs de leur BFI. Ainsi Santander et BNP Paribas ont augmenté leurs effectifs BFI entre 2009 et 2014 avec des hausses comprises entre 3,3 % et 28,1 %. À l’inverse, les effectifs Groupe étaient en baisse de 0,4 % en moyenne pondérée sur la même période. Globalement la part des effectifs BFI sur les effectifs Groupe reste stable sur la période 2010-2014 pour BNP Paribas, Santander, Credit Suisse et Société Générale (entre -1,5 % et 1,3 %).

Des stratégies similaires entre les grandes banques européennes.

Au-delà de la réduction des effectifs, les stratégies par ligne métiers sont similaires. D’une part, toutes les banques visent à réduire les activités de marché risquées et consommatrices de RWA, telle que les activités de trading de change et de matières premières (FICC [2]). D’autre part, selon le panel, les activités BFI en hausse sont principalement constituées du marché actions et des métiers conseil & advisory (dites « fee-earning operations »). Les activités Cash Management et Trade Finance, logées pour certaines banques au sein de la BFI, sont également en hausse avec une concurrence forte sur les coûts.

Bien sûr, la réduction des coûts reste à l’ordre du jour pour toutes les grandes banques. Cela se traduit par des efforts continus en termes d’outsourcing et d’offshoring/nearshoring, une optimisation des processus (e.g. le développement de plate-forme électronique de trading). Également, certaines BFI voient la fin d’avantages acquis avec par exemple la réintégration dans les fonctions groupes centrales des fonctions finance ou compliance qui étaient précédemment distinctes pour les BFI.

Enfin, fait inhérent au contexte actuel : le renforcement des fonctions risques et compliance. Ces dernières années, les grandes banques de la place ont augmenté leurs effectifs compliance de 35 à 60 % selon les banques, ces recrutements représentant plus de la moitié des créations de poste dans certaines banques.

Des BFI françaises plutôt stables

Si, globalement, les BFI de notre panel ont effectivement perdu 32,8 % de leurs effectifs (soit près de 55 000 emplois) et vu leur PNB reculer de 11,9 % entre 2010 et 2014, la plus grande partie provient de la réorganisation des BFI de la Deutsche Bank, d’Unicredit, ainsi que de RBS. En excluant ces trois banques de notre panel, la baisse des effectifs aurait été de 16,7 % et celle du PNB BFI de 26,7 %.

En outre, on constate sur la période, une baisse plus relative des effectifs BFI des banques françaises avec la volonté de conserver un modèle diversifié de banque universelle avec une BFI forte.

Ceci se traduit comme le montre le graphique ci-dessous (voir Encadré 6) par des effectifs dans les BFI françaises plutôt stables sur la période en comparaison avec la forte baisse constatée depuis 2010 pour l’ensemble des banques du panel.

Pour ce qui est de l’avenir, le PNB de l’ensemble des BFI devrait être plus stable désormais. En revanche, les conséquences sur l’emploi sont incertaines du fait d’une part des tendances telles que l’outsourcing et d’autre part un ROE plus faible qu’auparavant. En effet, de 2010 à 2014, le recul du PNB reste de 10 points supérieur à celui des effectifs.

 

[1] Certaines banques n’ont pu être retenues dans ce panel, en raison d’informations non disponibles dans les rapports d’activité sur le périmètre des activités BFI uniquement (PNB ou effectifs).

[2] Fixed Income, Currencies and Commodities.

 

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