Ding Xuedong, CEO, CIC International : "L'Eurozone a du potentiel, mais on part de très bas"

Malgré les opérations de séduction que les pays européens mènent inlassablement auprès des autorités chinoises, le Vieux Continent aura encore quelques efforts à faire pour convaincre Ding Xuedong, CEO de CIC International, de son attractivité.

Ding Xuedong

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Le moins que l'on puisse dire, c'est que les fonds souverains savent cultiver le mystère autour de leur stratégie d'investissement. Le China Investment Corporation (CIC) n'a pas dérogé pas à la règle à l'occasion de l'Asian Financial Forum, les 13 et 14 janvier derniers.

La Chine compte à l'heure actuelle quatre fonds souverains [1], qui totalisent un quart des actifs gérés par l'ensemble des fonds souverains de la planète. CIC est le plus connu et le plus important de tous. Il dispose de 500 milliards de dollars d'actifs sous gestion.

Eviter les risques de conflits d'intérêt

Depuis 2011 il convient de distinguer CIC International, la branche internationale de CIC basée à Hong Kong, de Central Huijin, la branche chargée de la gestion des investissements domestiques. Cette clarification a été jugée nécessaire à cause de l'importance des prises de participation de CIC dans les banques de Chine continentale [2], qui avait fait naître quelques craintes au sein des puissances occidentales en termes de gouvernance et de conflits d'intérêt. La création de CIC, en 2007, a en effet été marquée par deux prises de participation dans des établissements financiers américains de premier ordre que sont Blackstone et Morgan Stanley.

Ding Xuedong, le nouveau CEO de CIC International, a fortement insisté sur le fait que les Etats-Unis restaient "le pays le plus attractif pour les investissements, même si le coût du travail (y) a beaucoup augmenté", a-t-il précisé. Le secteur de l’énergie et des matières premières, et en tout premier lieu, les gaz de schistes – "un sujet important" -, figurent parmi les secteurs auxquels le fonds souverain s'intéresse plus particulièrement.

Ces dernières années, les investissements de CIC se sont concentrés sur le secteur de l'énergie, des matières premières et de l'immobilier. Les Etats-Unis ont effectivement constitué la principale terre d'accueil de ces investissements [3], même si c'est au Canada, à Toronto, que CIC International a choisi d'installer son premier bureau de représentation hors d'Asie.

Europe : retour de flamme en vue ?

Les investissements dans le secteur des matières premières ont vocation à atténuer la situation de dépendance de la Chine, qui importe les 3/5e de son pétrole. Elle est devenue en 2012 le premier pays importateur de pétrole, devant les Etats-Unis. C'est également dans le cadre de cette stratégie que CIC a acquis, en 2011, 30% de GDF Suez Exploration & Production International SA, une filiale de GDF Suez spécialisée dans l'exploration et la production, pour un montant de 4,2 milliards de dollars.

Cette opération, parmi d'autres, témoigne d'un regain d'intérêt pour l'Europe : "L’Eurozone a du potentiel, dans les secteurs des infrastructures, des PME et du résidentiel. Néanmoins, « on part de très bas »", a rappelé Ding Xuedong, faisant allusion aux levées de boucliers qui ont accompagné la première vague d'investissements des fonds souverains en Europe [4].

Interrogé sur la composition d’un portefeuille théorique d’investissements, M. Xuedong a répondu qu'"à titre personnel, il en investirait 40% en Europe, pour la sûreté des investissements, 30% aux Etats-Unis, 25% en Asie et 5% dans le reste du monde."

Il semble bien, néanmoins, que le secteur financier ne constitue plus une priorité pour le CIC. Sa dernière opération significative dans le secteur financier a été un ticket de 80 millions de dollars à l'occasion l'IPO du Moscow Exchange, en février 2013 (sur les  499 millions levés). Les motivations de cet investissement seraient, selon les analystes, avant tout politiques, afin de consolider encore davantage le partenariat économique que les autorités chinoises et russes ont à cœur d'instaurer.

[1] CIC, SAFE Investment Company, National Social Security Fund (NSSF), et le China-Africa Development Fund (CADF) ont été créés entre 1997 et 2007.

[2] Central Huijin détient des participations dans quelque 18 banques chinoises: 67,72% de Bank of China, 57,21% de China Construction Bank, 47,63% de China Development Bank, 35,46% d'ICBC (Source : CIC, rapport annuel 2012).

[3] Le portefeuille d'actions du CIC est constitué à plus de 40% de titres US (Source : CIC, rapport annuel 2012).

[4] Relire à ce sujet le dossier que Revue Banque avait consacré aux fonds souverains au mois de février 2008 : "Fonds souverains : nouveaux chevaliers blancs?", RB n°699, ou encore l'article publié en mai 2008 (RB n°702 : Vraie menace ou chasse aux sorcières ?).

 

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