Financement et investissement

« BFI et RSE, vers plus de rapprochement »

Créé le

29.12.2015

-

Mis à jour le

13.01.2016

Pour Pierre Valentin, Président du directoire d’Ecofi Investissements depuis juillet 2015 et qui a exercé des activités de financement et d’investissement pendant plusieurs années, les BFI devront intégrer davantage les considérations sociales et environnementales. Une autre tendance concernera le marché des Green Bonds qui devrait s’ouvrir à d’autres projets.

Vous connaissez bien les activités de BFI. Pourquoi celles-ci seraient-elles désormais sensibles à la réalisation d’opérations intégrant des considérations sociales et environnementales ?

D’abord, parce qu’il existe une forte demande des investisseurs, en particulier institutionnels : fonds ISR, investisseurs institutionnels ayant signé des engagements de « décarbonisation » de leur portefeuille. Mais aussi, parce que la recherche sur les valeurs cotées intègre de plus en plus les caractéristiques « ESG » (environnement, social, gouvernance) comme des informations pertinentes pour mesurer les risques financiers. Un exemple : si l’objectif des 2° maximum de réchauffement doit être respecté, il est probable (sauf captation du carbone) qu’une partie importante des réserves de charbon et, dans une moindre mesure, de pétrole et de gaz ne puisse pas être exploitée au cours de ce siècle, quand bien même elles sont valorisées à l’actif des entreprises étudiées ! Cela n’est d’ailleurs pas sans conséquences pour l’activité des BFI elles-mêmes, qui sont généralement très présentes dans le financement de projets.

De même, on pourrait mentionner les manquements à l’éthique des affaires qui conduisent aujourd’hui à des amendes se comptant en milliards, voire en dizaines de milliards, sans commune mesure avec celles qui étaient infligées il y a dix ou vingt ans pour des faits comparables.

Enfin, il faut mentionner la pression réglementaire qui, en France en tout cas, à travers l’article 173 de la loi sur la transition énergétique, va obliger les investisseurs institutionnels à préciser leur politique ESG et à rendre des comptes sur celle-ci.

Ecofi Investissements est filiale à 100 % du Crédit Coopératif qui déclare exercer ses activités au service d’une économie responsable. En quoi cela impacte-t-il les activités de gestion d’actifs ? Les demandes des clients du groupe diffèrent-elles de celles des clients des banques nommées systémiques ?

Oui, dans la mesure où les clients du Crédit Coopératif sont particulièrement sensibles à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, mais aussi très attachés à la transparence dans l’utilisation qui est faite de leur argent. En cohérence avec cette demande, la plupart (80 %) des fonds ouverts que nous gérons sont des fonds ISR, et les fonds solidaires (une catégorie de fonds ISR dont 10 % de l’actif est investi ou prêté auprès d’entreprises non cotées à vocation sociale) rencontrent chez nous un grand succès. Notre clientèle est un peu atypique, mais une des raisons de ce succès est également due à la formation de notre réseau commercial en agence sur ces questions. Cela démontre bien que l’ISR n’est pas réservé aux institutionnels, pourvu que l’on s’organise pour en élargir le champ.

Les Green Bonds suscitent un intérêt grandissant. Quel est, selon vous, le potentiel de ce marché ? Demain, qui pourraient être les principaux acteurs ? Toutes les banques seront-elles concernées ?

Le volume d’émission des Green Bonds a triplé entre 2013 et 2014 : il a atteint 33 milliards en 2014 et progresse encore fortement en 2015. La principale limite à ce développement se trouve dans la disponibilité de projets éligibles, c’est-à-dire principalement des installations photovoltaïques et éoliennes, qui bénéficient déjà pour partie de refinancements spécialisés. Mais on peut imaginer orienter des obligations de ce type vers d’autres destinations, par exemple vers des projets à vocation sociale. Le marché potentiel est donc vaste.

En revanche, je crois qu’il faut coupler l’investissement en Green Bonds avec l’ISR « traditionnel ». Une entreprise mal notée de ce point de vue, mais qui émettrait des Green Bonds pour financer la toute petite partie verte de son activité, détournerait l’esprit des Green Bonds et porterait du tort à ce marché naissant.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº343