3 questions à Michel Aglietta

Spécialiste en économie monétaire, conseiller scientifique au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), Michel Aglietta a publié, avec Guo Bai et Camille Macaire, La Course à la suprématie monétaire mondiale. À l’épreuve de la rivalité sino-américaine,Odile Jacob, 304 pages, 24,90 €.

Michel Aglietta

L'auteur

  • aglietta
    • Professeur émérite
      Université Paris X- Nanterre
    • Conseiller
      CEPII
    • Membre
      Haut conseil des finances publiques

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°869

LCB-FT l’Europe s’active

La Chine a déjà sa monnaie digitale de banque centrale [1]. Quelles en sont les implications sur le système monétaire international ?

Le développement des monnaies digitales de banque centrale remet en cause l’hégémonie du dollar et plus généralement le principe d’une devise clé. L’heure est à la rénovation du système monétaire international (SMI) dans un cadre multilatéral. La dépendance de la liquidité ultime à une devise clé est incompatible avec les besoins de liquidité internationale pour affronter les défis écologiques et climatiques. Une monnaie universelle nécessite une forme de liquidité ultime sans contrepartie. Les droits de tirage spéciaux, sous forme numérique, émis ex nihilo, peuvent jouer ce rôle d’actifs de réserve… avec un FMI qui deviendrait le prêteur ultime pour tous les pays.

Les ambitions de certains acteurs privés constituent- elles une menace ?

Le passage de systèmes de paiements fermés, avec un tiers de confiance joué par les banques centrales, à des systèmes de paiements ouverts, où des entités privées non régulées cherchent à imposer des monnaies, déstabilise les systèmes de paiements. Le bitcoin, qui n’a pas d’unité de compte reconnue, n’a pas pu s’imposer mais il y a aujourd’hui des stablecoins qui, eux, s’accrochent à des unités de compte officielles. Les monnaies digitales de banque centrale ont justement vocation à contrer le développement de ces fintechs… et à éviter l’hégémonie d’oligopoles sur la monnaie. Encore faut-il définir des protocoles digitaux compatibles à l’échelle mondiale.

L’histoire des monnaies dans le monde, que vous relatez dans le livre, résonne-t-elle aujourd’hui ?

La Chine a très tôt eu une monnaie fiduciaire reconnue par l’Empereur et a créé, dès le VIIe siècle, une monnaie papier qui a perduré malgré les crises. En Europe, il a fallu attendre la fin du Moyen-Âge pour qu’une monnaie papier, de nature privée, apparaisse sous forme de lettres de change. L’histoire des monnaies permet de mieux comprendre les oppositions idéologiques actuelles. C’est important, car la création d’un SMI unifié ne se fera qu’avec le dialogue des cultures.

[1] Lire notamment l’article d’Ingrid Hazard, « Monnaienumérique de banque centrale, la révolution en marche »,Revue Banque n° 868, mai 2022, p. 19.

 

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