Pays arabes/Europe : quelles stratégies pour les banques ?

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Pays arabes/Europe : quelles stratégies pour les banques ?

Sorti assez indemne de la crise financière mondiale, le secteur bancaire arabe doit aujourd'hui faire face à la vague de révolutions initiée en Tunisie. Source de déstabilisation, ces événements pourraient aussi favoriser l'émergence de banques plus solides. Les liens qu'elles entretiennent avec l'Europe seront un atout.

Supplément au n°737

En embrasant ses proches voisins du Maghreb, mais aussi d’autres plus lointains, comme la Syrie, le Yémen ou Bahreïn, la révolution tunisienne a rappelé qu’il existe bien un monde arabe, hétérogène bien sûr, mais aussi complémentaire. Le secteur bancaire ne fait pas exception à ce constat et on peut ainsi distinguer trois sous-ensembles à la région MENA (Middle East North Africa) : le Golfe, le Levant et le Maghreb (voir la carte p. ​34).

La péninsule arabique, poids lourd

L’excédent en capitaux du Golfe a fait des banques de la péninsule les plus puissantes de la région MENA : 12 des 15 plus grands groupes par le montant de leurs actifs sont saoudiens, émiratis, koweitiens ou qataris, selon le classement 2010 de The Banker. Ils alimentent tout le monde arabe mais aussi l’Europe, à travers des filiales spécialisées dans la banque privée et la banque commerciale (lire l’interview de l'Abu Dhabi National Bank, p. 12). Ils stimulent également les réflexions européennes sur la finance islamique, en y soutenant des banques d’investissement mais aussi de détail (lire l’interview de l’Islamic Bank of Britain, p. 18). Les banques européennes ne sont pas en reste : profitant de politiques locales accommodantes, la plupart des groupes du Vieux Continent se sont implantés sur la péninsule, pour des activités de BFI principalement. Mais les rapports de force au sein du secteur bancaire du Golfe sont en train de changer. Conséquence des troubles politiques, la puissance de Bahreïn s’étiole, le royaume ayant vu fondre ses actifs bancaires étrangers de 10 % en mars. Cette situation pourrait profiter à Dubaï, encore convalescent après sa crise immobilière, et à Qatar, le très ambitieux émirat qui accueillera les Jeux olympiques en ​2022. Mais c’est l’Arabie Saoudite et son substantiel marché qui continuera de donner le la dans la région, aiguisant toujours plus les appétits européens.

Le Levant ou l’ouverture sur le monde

Le Levant, ou Mashrek, a pour moteur le secteur bancaire libanais, très développé et international. Fuyant la guerre, les banques libanaises se sont installées en Europe dès les années ​1970, principalement dans les pays francophones et à Chypre (lire l’interview de Blom Bank, ​p. 15). Elles y demeurent depuis, servant une clientèle de niche attirée par les conditions de financement alléchantes de l’Europe, y compris pour des opérations entre pays arabes. La banque la plus panarabe n’est pourtant pas libanaise mais jordanienne, et même palestinienne à sa création : Arab Bank. Sa filiale européenne (lire l’interview p. 5) couvre 6 ​pays et veut être le pont entre le Vieux Continent et le monde arabe pour la clientèle entreprise.

Le Maghreb, marché de demain

Le Maghreb, quant à lui, est le marché d’avenir du monde arabe et la porte sur l’Afrique. Son secteur bancaire y est dominé par les établissements égyptiens et marocains, dont certains ont des ambitions internationales très affirmées, à l’instar d’Attijariwafa Bank (lire l’interview p. 8). Le Maghreb a aussi toujours été une zone très convoitée par les établissements français. Les révolutions récentes ou en cours peuvent-elles changer la donne ? Du côté des banques françaises [1], on assure conserver le même intérêt pour la région, malgré les événements. Il n’en reste pas moins que la croissance grippée et le climat d’incertitude ne font pas bon ménage avec les investissements. Les observateurs voient surtout dans le Printemps arabe l’occasion pour ces pays de bâtir un système bancaire plus solide, au service du développement économique. Et la solidarité de l’Europe et des autres pays arabes sera un accélérateur indispensable de cette renaissance.

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] Sollicitées, BNP Paribas et Société Générale n’ont pas souhaité participer au dossier, de même que Crédit Agricole CIB au Moyen-Orient.

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