Services financiers

L’innovation vue d’Afrique

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

L’innovation vue d’Afrique

Paiement mobile, crédit algorithmique, « APIsation » de l’écosystème, promesses de la blockchain… le continent africain connaît des mutations technologiques aussi profondes qu’en Europe. Mais partant d’une page presque vierge, il se révèle comme un laboratoire pour la banque de détail de demain.

L'innovation vue d'Afrique

Verre à moitié vide ou à moitié plein ? Regarder le marché des services financiers de détail en Afrique nécessite de faire un choix. Se concentre-t-on sur le chiffre de 34 % des adultes qui disposent d’un compte bancaire, ou sur les 10 points que cette statistique a gagnés en trois ans [1] ? Dénonce-t-on la faiblesse des infrastructures, avec 5,3 agences bancaires pour 100 000 habitants [2], ou leur force, avec un million d’agents de mobile money [3] en activité sur le continent [4] ? Garde-t-on l’image des liasses de billets de banque usés qui s’échangent sur les marchés ou celle, très en vogue dans certains pays, des paiements par mobile ? Parce qu’ils manquent de tout ou presque, les marchés émergents constituent un excellent terreau pour l’innovation, en particulier financière. Au moment de s’équiper, les consommateurs optent pour la dernière technologie disponible, suivant le principe du « leapfrogging ». Les régulateurs, soucieux de l’inclusion de leur population dans la finance formelle, ouvrent la porte aux offres alternatives, même si elles émanent de fournisseurs non bancaires. Regarder les services financiers innovants en Afrique, c’est donc observer ce que la technologie peut apporter dans un univers quasiment vierge.

Du Kenya au Sénégal

Si la révolution mobile africaine est partie du Kenya, avec l’incroyable essor de M-Pesa [5], les enseignements que l’on peut en tirer ne sont pas généralisables à l’ensemble du continent. Le laisser-faire du régulateur aux débuts de M-Pesa, dans un contexte de crise politique et monétaire, la force de frappe marketing de l’opérateur Safaricom en situation quasi monopolistique, le goût de la population pour la technologie, ou encore l’approche très anglo-saxonne de l’innovation, sont autant d’éléments centraux du modèle kényan difficilement reproductibles hors de ses frontières. En particulier, pas en Afrique francophone. Pour la sous-région, la Côte d’Ivoire fait office de poids lourd lorsque l’on parle de mobile money. C’est le premier marché d’Orange Money, alter ego de M-Pesa sur la zone francophone (lire l'interview de Bruno Mettling). Plus petit, le Sénégal présente aussi un écosystème plus varié. On y voit s’affronter plusieurs modèles : transferts d’argent « Over The Counter » avec Wari (lire l'interview de Kabirou Mbodje), comptes de monnaie électronique avec Orange et Tigo, plus récemment offre bancaire digitale avec Société Générale (lire l'interview de Matthieu Vacarie et Willy Tchiengué), le tout dans un écosystème FinTech très dynamique avide d’API (lire le reportage).

L’IA ou le crédit augmenté

Pendant que l’Afrique francophone invente ses propres usages des services financiers sur mobile, le reste du continent continue d’avancer dans sa maîtrise des nouvelles technologies. Retour en Afrique de l’Est, où la diffusion du mobile money et des réseaux sociaux génère une masse de données qu’exploitent des Data Scientists sans véritable encadrement du régulateur. Des modèles de credit scoring alternatifs, parfois renforcés par machine learning, font ainsi leur apparition, facilitant l’accès au crédit des populations financièrement exclues… et soulevant bien des questions sur la protection du consommateur (lire l'article).

Une crypto-Afrique ?

Et si, au final, la vraie révolution, c’était la blockchain ? L’usage du bitcoin en substitution de la monnaie légale, quand celle-ci connaît des dérapages inflationnistes, est une réalité au Zimbabwe. La célèbre cryptomonnaie présente par ailleurs certains avantages lorsqu’on souhaite fluidifier les paiements internationaux. Mais d’autres projets vont au-delà de l’univers bitcoin et surfent sur la vague des tokens et autres crypto-actifs à des fins d’inclusion financière (lire l'article). Les régulateurs de ces marchés émergents tiendront-ils un autre discours que ceux des pays développés, ouvrant la porte à de nouvelles innovations ? Regarder le verre à moitié plein de l’Afrique donnera sûrement des éléments de réponse.

 

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] Source : Banque Mondiale, Global Findex, données pour l’Afrique sub-saharienne, 2014.

[2] Statistique de la Banque Mondiale, 2016.

[3] Monnaie électronique s’échangeant via le téléphone.

[4] Statistique du GSMA, 2016.

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