Inclusion financière : pour bancariser le monde en développement

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Inclusion financière : pour bancariser le monde en développement

Selon la Banque Mondiale, la moitié de la population adulte de la planète n'a pas accès aux services financiers de base. Pourtant, en permettant l'investissement et en protégeant leurs détenteurs des aléas de la vie, le crédit, l'épargne, l'assurance et les moyens de paiement sont des outils indispensables au développement. Mais réussir à bancariser le monde en développement nécessite d'innover, tant technologiquement qu'au niveau des business models. Tour du monde des initiatives.

Inclusion financière : 2,5 milliards de personnes à bancariser

Sous son chapeau de feutre typique des Andes péruviennes, Fausta rayonne. À l'ombre d'une petite ferme du village de Patacolco près de Cusco, la jeune grand-mère explique à une assistance de femmes les bienfaits d'un système financier formel. « Dans une banque, votre épargne est plus en sécurité que sous votre matelas. Et si la banque fait faillite, le fonds de garantie des dépôts vous rembourse ! » Fausta travaille pour Credinka, une caisse rurale péruvienne qui a bien compris que son avenir passe d'abord par la conversion des populations non bancarisées au système financier formel. Ce chemin, Fausta l'a parcouru il y a cinq ans en tant que cliente, lorsqu'un projet gouvernemental l'a formée et financièrement incitée à ouvrir un compte bancaire. « Avant, j'avais peur d'entrer dans une banque, de m'adresser au guichetier, d'utiliser un distributeur automatique. Aujourd'hui, je suis fière de le faire naturellement. »

L'histoire de Fausta pourrait être celle de 2,5 milliards de personnes à travers le monde en développement. Des personnes qui n'ont pour l'instant pas accès aux services financiers de base : le crédit mais aussi l'épargne, les moyens de paiement et l'assurance. Pendant plusieurs décennies, le sujet de l'« inclusion financière » s'est résumé à offrir à ces populations à bas revenus des microcrédits, suivant le modèle inventé par Muhammad Yunus au Bangladesh. Ces petits prêts, souvent accordés à travers un groupe, étaient distribués par des établissements spécialisés : les institutions de microfinance (IMF). Les banques, elles, n'entraient en jeu qu'au moment de refinancer ces IMF.

Alliances

Depuis une dizaine d'années toutefois, le curseur s'est déplacé : des IMF se sont rapprochés des modèles bancaires en se mettant à collecter de l'épargne ; quant aux banques présentes dans les pays émergents, elles ont commencé à s'intéresser aux clientèles à faibles revenus, pariant sur leur conversion prochaine en classes moyennes. Soutenues dans leurs projets par les organismes de développement, publics (Banque Mondiale) ou privés (les fondations Gates, Mastercard, Citi, Ford...), banques et IMF mettent aujourd'hui en commun leurs efforts pour faire en sorte que l'ensemble de la population mondiale soit inclus dans le système financier formel. Dans la mouvance des Objectifs du Millénaire pour le Développement, un collectif a même fondé le projet « Financial Inclusion 2020 », en faveur d'une bancarisation totale de la planète d'ici six ans. Les régulateurs des pays émergents et en développement aussi s'en mêlent : ils ont formé l'Alliance pour l'inclusion financière (AFI) qui vise à établir le bon cadre réglementaire pour équilibrer innovation et protection des consommateurs.

Aujourd'hui, on ne parle donc plus seulement de microcrédit, mais aussi de micro-épargne, de micro-assurance, de réseaux de distribution alternatifs et bien sûr, de services financiers sur mobile. Au Kenya, grâce à M-Pesa, utiliser son téléphone pour envoyer de l'argent, payer, épargner et même emprunter est une réalité du quotidien. Un tel succès est très spécifique à ce pays d'Afrique de l'Est et sa réplication ailleurs (Tanzanie, Inde, Roumanie...) rencontre des obstacles. Il n'empêche, l'élan est donné. Et les établissements bancaires ne sont plus les seuls en course.

Innovation inversée

Pendant longtemps, l’idée était de reproduire nos systèmes financiers, centrés sur les banques, dans les pays du Sud. Aujourd’hui, c’est peut-être au tour du Nord de s’inspirer de cette finance venue d’ailleurs. Le premier exemple d’« innovation inversée » a été le microcrédit, moyennant des adaptations bien sûr. Récemment, c’est le compte-Nickel qui a fait son apparition [1], rappelant par beaucoup de côtés le compte transactionnel qu’est M-Pesa[1]. Des groupes d’épargne et de crédit inspirés des tontines font leur apparition en Espagne et aux États-Unis, et préfigurent peut-être un élargissement du spectre du crowdfunding. Autant d’exemples qui peuvent être sources d’inspiration dans le contexte d’appauvrissement de la clientèle auquel les banques des pays développés doivent en ce moment faire face.

 

Pour aller plus loin :

Daryl Collins, Jonathan Morduch, Stuart Rutherford et Orlanda Ruthven, Portfolios of the Poor – How the World’s Poor Live on $2 a Day, Princeton University Press, 2009.

Claire Pénicaud et Arunjay Katakam, Mobile Money for the Unbanked – State of the Industry 2013, GSMA, février 2014.

Global Findex, la base de données de la Banque Mondiale sur l’inclusion financière (2011, remis à jour en avril 2015), et les travaux de recherches permis par ces données.

Les structures responsables de l’inclusion financière dans une sélection de pays :

  • Colombie : Banca de las Oportunidades
  • Kenya : FSD Kenya
  • Inde : Committee on Comprehensive Financial Services for Small Businesses and Low-Income Households (ou Nachiket Mor committee)

Les blogs dédiés :

Banque & Stratégie n° 328, septembre 2014

Inclusion financière dans le monde développé : comment prendre en charge les clientèles fragiles ?

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] Lire « Compte-Nickel : un peu de Sud au Nord ? », blog « La Finance autrement » sur Youphil.com.

Sommaire

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