Financement des entreprises sociales : un écosystème en construction

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Financement des entreprises sociales : un écosystème en construction

Le business model hybride des entreprises sociales, partagées entre la recherche de rentabilité et la volonté d'avoir un impact social, rend complexe leur prise en charge par les acteurs financiers traditionnels. Pourtant, certains s'y intéressent. Des structures intermédiaires ont vu le jour pour faciliter les échanges entre ces deux mondes. Les outils d'analyse s'affinent, les fonds se mettent en place, un langage commun est en train d'être trouvé.

Financement des entreprises sociales : un écosystème en construction

10 % du PIB français est produit par les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) [1]. Santé et dépendance, insertion des chômeurs de longue durée, technologies inclusives, circuits de distribution écologiques… le champ d’action de ce secteur est vaste et souvent contracyclique. Le statut des acteurs est lui aussi hétérogène. Si beaucoup sont des associations (lire le témoignage de Vitamine T, p. 5) ou des coopératives, ce n’est plus exclusif : une loi de juillet 2014 [2] a permis de reconnaître qu’une entreprise à but commercial pouvait appartenir à l’ESS pour peu qu’elle ait un impact social clair et qu’elle respecte certains critères de gouvernance. De plus en plus d’entrepreneurs se lancent avec une double ambition sociale et économique, à l’instar d’Olivier Jeannel, fondateur de RogerVoice, une application sur smartphone pour les malentendants (lire son témoignage p. 12). Les grandes entreprises aussi s’y intéressent, non pas sous l’angle du mécénat, mais bien comme un investissement à mi-chemin entre la RSE et une démarche stratégique de très long terme (lire l’expérience de Danone p. 15).

Le secteur de l’ESS ne capte pourtant qu’une infime partie des flux de financement privés. Le modèle économique hybride des entreprises sociales, la lenteur du retour sur investissement financier proposé, la gouvernance spécifique qu’elles imposent sont autant de freins à l'intérêt du secteur financier traditionnel. Pourtant, les barrières sont doucement en train de tomber dans un secteur en quête de valeurs nouvelles (lire le dossier « Entreprises sociales : vers un nouveau marché pour les banques », Revue Banque n° 778, mars 2015). Les grilles d’analyses s’adaptent, de même que les conditions de financement. En période de taux bas, face à des investisseurs à la recherche de rendement (lire l’interview d’Aviva France, p. 8), les entreprises sociales ont des atouts à faire jouer.

Encore faut-il que le lien se fasse entre le monde de l’ESS et celui de la finance. Des acteurs spécialisés jouent alors les intermédiaires : à la fin des années 2000, des fonds d’investissement à impact (impact investing) ont vu le jour. C’est le cas du Comptoir de l’innovation (lire p. 10) ou du FCPR de Danone Communities (p. 18), abondé par une Sicav éponyme dite « 90/10 » [3]. L’Europe aussi, sous l’impulsion de Michel Barnier, alors commissaire européen, s’était emparée du sujet : pour faciliter l’aiguillage des grands fleuves de l’épargne vers ces acteurs de l’ESS, un statut de Fonds européen d’entrepreneuriat social (EuSEF) a été créé (lire les explications de la Commission européenne p. 22). En France, seul un gérant – Phitrust Partenaires – a été enregistré comme gestionnaire de EuSEF, le statut n’étant pour l’instant pas très adapté à d’autres modèles.

Côté grand public aussi, on s’intéresse de manière innovante à ce secteur économique « porteur de sens ». Ainsi les dons des particuliers prennent des formes nouvelles, à travers des produits financiers dits « de partage » (lire p. 26). Les flux de financement transitent enfin par des plates-formes de crowdfunding estampillées « solidaires », à l’instar de Spear (lire p. 20) qui lève de l’argent pour que les banques puissent financer ces entreprises sociales en mal de capitaux. L’écosystème qui permettra de financer la croissance de l’ESS est bien en train d’émerger.

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] Source : ministère de l'Économie.

[2] Loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire.

[3] Investie à hauteur de 10 % dans des entreprises sociales, les 90 % restants étant placés de manière traditionnelle, souvent ISR.

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