Collecte de l'épargne : la délicate machinerie des banques

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Collecte de l'épargne : la délicate machinerie des banques

Une fiscalité qui oriente les bas de laine des Français vers le Livret A et l'assurance vie, une réglementation sur la liquidité qui voudrait au contraire davantage de dépôts bancaires, un environnement de taux bas qui complexifie la gestion actif-passif... La collecte de l'épargne par les banques s'effectue aujourd'hui en environnement très contraint.

Collecte de l'épargne : la délicate machinerie des banques

Avec un taux d’épargne de 16 %, le Français est plus fourmi que cigale. Parmi les pays voisins, seule l’Allemagne fait légèrement mieux. En 2013, ce sont 75 milliards d’euros qui ont été placés par les épargnants sur des produits financiers, qu’ils soient bancaires, assurantiels ou de marché. Pour les banques, capter ces bas de laine est vital, mais elles évoluent de plus en plus en univers contraint. Par la conjoncture tout d’abord : si le taux d’épargne est élevé, la faiblesse des revenus disponibles et le mouvement de désendettement des ménages limitent les flux nets de placements financiers, qui devraient rester inférieurs à 80 milliards d’euros en 2015 selon les estimations de Pair Conseil, contre une moyenne de 110 milliards sur les années 2002-2010 [1].

Les spécificités françaises à l’heure de Bâle III

La taille du gâteau se contracte, mais il y a toujours autant de convives autour de la table, et donc autant d’alternatives qui drainent l’épargne financière des ménages loin des bilans bancaires. Depuis 2008, les fonds collectés sur les livrets A et les livrets de développement durable (LDD) reviennent majoritairement à la Caisse des dépôts pour financer le logement social. Or, suite à la levée du monopole de distribution du Livret A et surtout au relèvement de son plafond, la collecte des livrets réglementés a explosé, l’encours progressant de 130 milliards d’euros en l’espace de cinq ans. Depuis, la situation s’est stabilisée, mais la concurrence de ces produits d’épargne particulièrement soutenus par les pouvoirs publics, à travers la fiscalité et la garantie de l’Etat, continue de préoccuper les établissements bancaires.

D’autant qu’après un passage à vide entre mi-2011 et fin 2012, l’assurance vie a recommencé à massivement attirer les économies des Français, la collecte nette atteignant plus de 17 milliards d’euros depuis début 2014. Si plus de la moitié du marché est entre les mains des captives d’assurance des groupes bancaires (lire l’article de Cyril Chartier-Kastler, Fact & Figures), leur assurant ainsi un revenu sous forme de commissions, ce sont tout de même 1 500 milliards d’euros qui échappent aux bilans des établissements. Ils en ont pourtant besoin pour satisfaire les nouvelles exigences de Bâle III, à travers les ratios de liquidité.

Quelles marges de manœuvre reste-t-il aux banques françaises dans ce contexte ? Après la parution des ratios, elles se sont lancées dans une opération séduction visant à augmenter les produits d’épargne bilancielle, tant à destination des ménages que des entreprises. Depuis, la donne a changé : proposer des taux compétitifs sur ce type de produit est devenu très coûteux, dans l’environnement de taux réglementés difficilement flexibles à la baisse, que ce soit au niveau du Livret A comme du Plan d’épargne logement (PEL). Aujourd’hui, même l’épargne à court terme des entreprises semble avoir perdu de son attrait, en raison de la rémunération négative des dépôts en banque centrale qui renchérit la détention de ce type de ressources pour les établissements.

La prise de risque, chaînon manquant

À ces contraintes fiscales, réglementaires et de marché, s’ajoute la faible appétence des Français pour le risque. Comme l’expliquent les chercheurs Luc Arrondel et André Masson dans leur article, cette aversion est très ancrée en eux. Les inciter à davantage de prise de risque, dans un contexte de relance de l’économie, ne sera donc pas chose aisée. Assureurs et banquiers vont toutefois s’y essayer dans les mois à venir, à travers la commercialisation des nouveaux contrats d’assurance vie, dits « euro-croissance » (lire l’interview de Benoît Gommard, BNP Paribas Cardif). Bénéficiant de l’avantage fiscal de l’assurance vie, d’un traitement réglementaire favorable et d’un potentiel rendement additionnel par rapport au marché, l’outil contourne une partie des contraintes traditionnelles. Cela suffira-t-il ?

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] ACPR, Analyses et Synthèses n° 24, décembre 2013.

Sommaire

Le dossier que vous souhaitez consulter est payant ou réservé à nos abonnés.

Vous êtes abonné.
Merci de vous identifier.

Achetez ce contenu à l'unité
Tarif : 15.00 euros TTC
Revue Banque