Chine

Année du cheval… et des grandes réformes

Dossier réalisé par Annick Masounave

Introduction

Année du cheval… et des grandes réformes

Les « Deux Réunions » est une expression qui désigne la période de dix jours au cours de laquelle, chaque année, se réunissent l'Assemblée nationale populaire et la Conférence consultative politique du peuple chinois. Cette année, elle débute le 3 mars 2014. Nombre d'annonces décisives ont été promises à l'issue de ces réunions, en particulier sur les dispositions applicables aux zones de libre-échange. Les investisseurs retiennent leur souffle.

Chine

Malgré son poids dans l'économie mondiale, la Chine reste un pays émergent, dont la prospérité reste subordonnée à sa capacité à mettre en œuvre certaines réformes clés. Pour éviter l'écueil de ce que les économistes appellent le « piège du revenu moyen », le pays n'a d'autre choix que de sortir d'un modèle économique dont l'indicateur unique serait la seule croissance du PIB.

Preuve de la réalité de la menace qui guette la Chine, en 2013, la croissance chinoise s'est établie à 7,7 %, un niveau identique à celui enregistré pour 2012 et figurant parmi les plus mauvais résultats du pays en 13 ans. Et cela devrait se répéter. Ainsi, la Banque Mondiale, dans le rapport sur les perspectives de l'économie mondiale publié en janvier, prévoit que « la croissance du PIB chinois restera inchangée en 2014 à 7,7 % puis reculera à 7,5 % durant les deux années suivantes, en raison des efforts de désendettement et d’un moindre recours aux investissements induits par l’action gouvernementale. La région est exposée au risque d’une correction désordonnée des investissements chinois et d’un durcissement brutal des conditions de financement à l’échelle mondiale. »

La Chine n'a d'autre choix que de donner corps aux réformes annoncées en novembre 2013, à l'occasion du 3e plénum du Parti communiste chinois. La pérennisation de la croissance passe par une meilleure efficience des investissements et la construction d'un système social et de retraites.

La question du shadow banking reste également une épine dans la chaussure des autorités chinoises, et ce alors que le taux de prêts non performants tend à augmenter. Cela ramène à une question que se posent nombre d'analystes : quelle est la santé réelle des banques chinoises ? « À l’heure actuelle, le ratio des prêts non performants des grandes banques est très faible (moins de 1 % des crédits) et les provisions nourries par les énormes profits des années passées trois fois plus grandes. Mais il va monter autour de 3,5 % dans un scénario de base, 7 % dans un scénario noir. Les banques peuvent absorber les pertes, sauf dans le scénario noir, où le gouvernement central n’hésiterait pas à injecter ce qu’il faut de capital », explique Michel Aglietta.

De fait, les quatre principales banques chinoises affichent aujourd'hui des performances supérieures aux grandes banques internationales, en termes d'actifs sous gestion, de PNB ou de bénéfices. Ces chiffres avantageux masquent la réalité d'un marché financier « encore en devenir », pour reprendre l'expression d'Anne Marion-Bouchacourt, responsable pays pour la Chine de la Société Générale. Les défauts liés à des produits de gestion de fortune se sont accélérés depuis le début de l'année ; ils ont contraint des banques comme ICBC ou China Construction Bank à absorber les pertes pour éviter la faillite de milliers de porteurs et préserver leur réputation [1]. Pour contenir ces risques croissants, le gouvernement a annoncé en janvier des mesures supplémentaires pour réglementer le shadow banking ; il a aussi évoqué la possibilité de mettre en place, dès 2014, un système de garantie des dépôts.

La volonté politique peut-elle suffire ? Les dirigeants d'entreprises chinoises ne le pensent pas ; la solution, pour Fu Yuning, président de China Merchants Group [2], consisterait justement à rendre les mains du gouvernement « plus douces et plus efficaces », en particulier dans les différentes zones pilotes de libre-échange, et à « libéraliser davantage les SOEs [3] », en introduisant une dose de concurrence. Il souhaite également que le secteur des services se développe davantage : « les banquesdoivent devenir plus efficaces dans leur mode de financement de l'économie », a-t-il déclaré à l'occasion de l'Asian Financial Forum. Levin Zhu, président de CICC [4], se fait plus précis : « Il faut laisser les mécanismes de marché faire leur œuvre. » Les autorités chinoises ont semble-t-il entendu ces arguments : début janvier, la CBRC a annoncé que trois à cinq licences de banques privées pourraient être accordées en 2014, ce qui constitue une première depuis 1996. Le China Securities Journal croit savoir que le géant du e-commerce Alibaba pourrait faire partie des élus. Le régulateur a également laissé entendre que les limites imposées aux prises de participations étrangères pourraient être assouplies.

Beaucoup de points d'interrogation devraient être levés à la mi-mars, à l'issue de la période dite des « Deux Réunions ».

Dossier réalisé par Annick Masounave

[1] "En Chine, les "trusts" commencent à sentir le soufre", Gabriel Grésillon, Les Echos, 18 février 2014.

[2] Un conglomérat d'entreprises chinoises à capitaux publics.

[3] SOE : State-Owned Enterprise, terme désignant les entreprises à capitaux publics en Chine.

[4] China International Capital Corporation, l'une des plus importantes banques d'investissement chinoise.

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