L’Afrique subsaharienne, nouvel eldorado pour les services financiers ?

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

L’Afrique subsaharienne, nouvel eldorado pour les services financiers ?

Avec 5 % de croissance dans les années à venir et une population qui va doubler en l'espace de 20 ans, le continent africain recèle un important potentiel de développement. Toutefois, son système financier est encore balbutiant, tant pour la matière de banque de détail que pour financement de grands projets. Pour accompagner sa croissance, l'Afrique subsaharienne est en train de rebattre les cartes en matière de services financiers : apparition de nouveaux acteurs, émergence de partenariats et de business models innovants, recours accru aux technologies… Mais le chemin est long.

Afrique subsaharienne : nouvel eldorado pour les services financiers ?

Depuis une décennie, l’Afrique subsaharienne se présente sous un jour nouveau : près de 6 % de croissance annuelle en moyenne sur la période et plus de 5 % dans les années à venir, des progrès en matière de gouvernance et surtout une démographie en plein boom. En 2030, le continent comptera 2 milliards de personnes – deux fois plus qu’aujourd’hui –, majoritairement des jeunes avides de travailler et de consommer. « L’opinion publique est passée de l’“afro-pessimisme” à une vision de l’Afrique comme zone attractive », témoigne Henri-Claude Oyima, P-DG de BGFIBank. Le continent devient une nouvelle « frontière » pour les investisseurs, peut-être la dernière après l’émergence de l’Amérique latine et de l’Asie. Les services financiers auront naturellement un rôle central dans l’accompagnement de ce développement. Or le chemin est encore long avant que l’Afrique subsaharienne dispose d’infrastructures financières à la hauteur des enjeux. Avec seulement un quart de la population ayant accès à un compte bancaire et une société très attachée au cash, les systèmes bancaires restent sous-développés. Les entreprises – des plus petites aux plus grandes – souffrent de cette insuffisante intermédiation bancaire, d’autant que les solutions de financement alternatives (Bourse, private equity) sont encore embryonnaires. Le continent africain ne pourra faire l’économie de colossaux investissements dans les infrastructures – 90 milliards de dollars par an, chiffre la Banque Africaine de Développement – et pourra de moins en moins compter sur les capitaux venus du Nord.

Face à ces enjeux, les cartes doivent être rebattues. De nouveaux acteurs ont d’ores et déjà émergé lors de la dernière décennie. C’est le cas des banques des pays émergents, Chine en tête, en particulier en matière de financement d’infrastructures et de trade finance (China Exim Bank, China Construction Bank). C’est aussi le cas de certains établissements africains qui ont su tirer profit du relatif désengagement des banques occidentales et sortir de leurs frontières pour construire des groupes panafricains – les marocaines Attijariwafa et BMCE, la sud-africaine Standard Bank, la gabonaise BGFI, la togolaise Ecobank en sont quelques exemples. Mais il ne faut pas voir l’émergence de l’Afrique comme un rattrapage du modèle occidental. De nouvelles recettes doivent être testées en matière de services financiers, notamment un réseau d’agences plus léger et plus fruste, un usage massif des technologies sur mobile, mais aussi des partenariats innovants entre secteurs, faisant davantage appel à des relations Sud-Sud.

Surtout, il s’agit de ne pas minimiser le chemin qu’il reste à parcourir : « L’Afrique n’est pas un eldorado, au sens de mines d’or à trouver avant les autres. Il y a un risque de sous-estimer l’ampleur des défis du continent, la lenteur du processus et les efforts à fournir pour concrétiser cette fenêtre d’opportunité », nuance ainsi l’économiste Jean-Joseph Boillot. À l’instar des chiffres sur la pauvreté qui montrent simultanément un recul de 10 points du taux de pauvreté en 10 ans sur le continent et un doublement du nombre de pauvres en valeur absolue sur 30 ans, il s’agit de choisir de voir le verre soit à moitié vide, soit à moitié plein. Les conditions semblent en tout cas réunies pour finir de remplir le verre…

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

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