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Une remontée de l’endettement des sociétés à relativiser

France : taux d’endettement des sociétés non financières

L'auteur

  • O Éluère
    • Economiste, Direction des études économiques
      Crédit Agricole S.A.

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°760

Banques émergentes : vers un nouveau pouvoir au Sud

La croissance de l'encours de crédits aux sociétés, encore solide en 2011 (+4,4 % sur 1 an en fin d'année) et début 2012, a nettement ralenti ensuite et a progressé de 1 % sur 1 an fin 2012. Elle reste sur ce rythme de 1 % en février 2013. De même, le flux de nouveaux crédits accordés aux sociétés (en cumul 12 mois), en hausse de 5,5 % sur 1 an fin 2011, est en repli sur les derniers mois : -3,8 % sur 1 an fin 2012, -3,6 % en janvier 2013. Ceci tient en bonne partie à la baisse des dépenses des entreprises (investissements et stocks).

Malgré cette faible croissance du crédit, le taux d'endettement des sociétés non financières continue de s'accroître et atteint des niveaux très élevés : 128,8 % au 3e ​trimestre 2012, niveau très supérieur au précédent pic, soit 109 % en 2002 [1]. Le taux d'endettement est le rapport entre l'endettement financier (crédits accordés par les institutions financières, obligations et titres de créances négociables de court terme) rapporté à la valeur ajoutée (VA). La remontée est très nette sur les titres (obligations et TCN de court terme), qui passent de 24,7 % de la VA en 1995 à 48,7 % au 3e ​trimestre 2012. À l'inverse, l'endettement bancaire (crédits/VA) est assez stable sur longue période, passant de 75,8 % en 1995 à 80,2 % au 3e ​trimestre 2012.

Un ratio difficile à interpréter

On peut s'inquiéter a priori de la remontée continue de ce ratio depuis 2007 et des hauts niveaux atteints, qui pourraient suggérer une fragilisation financière croissante des entreprises. Il convient de relativiser ces chiffres, tant ce ratio, qui compare un stock (endettement) et un flux (valeur ajoutée), est délicat à interpréter.

En comptabilité d'entreprise, un autre ratio d'endettement est davantage utilisé : l'endettement financier rapporté aux capitaux propres (capital social, réserves, résultat de l'exercice…). Pour mesurer la solvabilité de l'entreprise, il est assez logique de rapporter la dette aux fonds propres. Ces derniers apportent les ressources permettant notamment de financer les flux de remboursement de la dette.

Ce taux d'endettement est moins élevé que le précédent et ne connaît pas un trend haussier marqué. Il s'est accru de 1997 à 2001 (forte hausse des investissements en nouvelles technologies), pour atteindre un pic à 107 %, puis s'est nettement réduit en 2002-2003, à 80 %, avant de remonter ensuite. Sur les années récentes, la hausse est graduelle, 94,7 % en 2011, après 93 % en 2007, et le ratio reste nettement en deçà du pic de 107 % atteint en 2001.

Un besoin de financement élevé

La remontée récente résulte d'un double mouvement. D'une part, de 2008 à 2012, l'endettement financier a progressé d'environ 6 % par an, malgré une conjoncture médiocre. Les dépenses d'investissement et de stocks ont beaucoup fluctué, mais ont été en hausse soutenue en 2010 et 2011. Les profits ont également eu une évolution heurtée, avec des baisses marquées en 2009 et 2011, en phase avec le repli de l'activité économique. Le besoin de financement est ainsi resté élevé sur la période, d'où un recours à l'endettement. Parallèlement, les capitaux propres se sont accrus d'environ 4 % par an, alimentés par les résultats annuels et les augmentations de capital [2].

Pour les grandes entreprises, le taux d'endettement est plus élevé, 100,5 % en 2011, avec un endettement constitué en bonne partie par les financements de marché (les emprunts obligataires totalisent 34 % de l'endettement financier). Les PME ont un taux d'endettement plus bas, 91,6 %, et constitué très majoritairement de crédits bancaires.

L'endettement des entreprises est élevé. Mais l'approche « capitaux propres » montre un ratio d'endettement en hausse modérée sur les dernières années et en deçà de son pic de 2001, donc une structure financière moins dégradée que ne le suggère l'approche « valeur ajoutée ».

[1] Source : Banque de France.

[2] Ibid.

 

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