Crédits

Un endettement des entreprises toujours élevé

ENDETTEMENT DES SOCIÉTÉS NON FINANCIÈRES

L'auteur

  • O Éluère
    • Economiste - Direction des études économiques
      Crédit Agricole SA

Revue de l'article

La croissance de l’encours de crédits aux sociétés non financières a accéléré en 2017, à 6,2 % sur un an en décembre, après 5 % fin 2016. En fait, c’est l’endettement global des sociétés non financières qui connaît une hausse marquée. Il est mesuré comme la somme des crédits bancaires (auprès des établissements de crédits résidents) et des titres de marché émis par les sociétés. Sa hausse annuelle a atteint 6,3 % en moyenne sur les 12 derniers mois, 5,1 % pour les crédits, 8,2 % pour les titres de marché. La progression de l’encours de titres de marché est très volatile (10 % mi 2017, 4 % en fin d’année), mais globalement très dynamique sur le passé récent. Ces titres sont en grande partie émis par les grandes entreprises. Ils totalisent les quatre cinquièmes de leur dette. Ces entreprises ont clairement privilégié les titres aux crédits en 2017, du fait de coûts de financement très bas (0,8 % sur les derniers mois, contre 1,4 % pour le crédit), d’une forte demande des investisseurs et des effets du « quantitative easing » de la BCE. Une inversion de tendance est toutefois apparue en novembre-décembre, avec une accélération des crédits et un freinage des titres, en liaison avec la remontée des taux obligataires.

Ceci conduit à une remontée continue du taux d’endettement des sociétés non financières. Rapporté à la valeur ajoutée, il atteint 133 % en septembre 2017, à comparer à 97 % dix ans plus tôt. Il est beaucoup plus élevé pour les grandes entreprises que pour les PME et s’est nettement accru depuis dix ans. Celui des PME est en revanche resté assez stable sur cette période. Cette évolution est spécifique à la France, tandis que l’endettement des entreprises tend à diminuer dans les autres pays européens.

Cette montée de l’endettement s’explique en partie par le niveau élevé du besoin de financement (différence entre les profits non distribués et les dépenses d’investissement et de stocks).

L’investissement des sociétés est en reprise assez nette, +4,4 % en volume en 2017, du fait d’une série de facteurs favorables : hausse assez nette du taux de marge, remontée du taux d’utilisation des capacités de production, taux d’intérêt très bas. Le mouvement de reconstitution des stocks a été marqué en 2017, encore plus qu’en 2016. La croissance des dépenses des sociétés (en investissement et stocks) est ainsi estimée à 9 % en valeur en 2016 (après 3 % en 2016). Elle serait moins forte en 2018-2019, avec un moindre mouvement de restockage.

Les profits se redressent mais pas suffisamment pour réduire nettement le besoin de financement. Leur hausse serait proche de 7 % en 2017, après 5 % en 2016, et s’explique par la montée en charge des mesures de soutien mises en place (CICE, allégements d’impôts et de charges) et le très bas niveau des taux d’intérêt.

Ainsi, le besoin de financement des sociétés non financières s’accroît en 2017 (56 Mds, après 44 en 2016) et se réduirait lentement ensuite.

Mais le recours net à la dette (crédit et titres de marché) (80 Mds en 2017) est nettement supérieur au besoin de financement (56 Mds). Les grandes entreprises notamment ont profité du très bas niveau des taux d’intérêt pour, via l’endettement, d’une part financer des acquisitions, en particulier à l’international, d’autre part, renforcer leur trésorerie, afin de constituer une épargne de précaution et de se préparer à des opportunités d’investissement.

En 2018-2019, le recours à la dette devrait se modérer. Le besoin de financement serait moins élevé et les émissions de titres de la part des grandes entreprises se réduiraient, compte tenu de la remontée des taux longs et de la diminution graduelle des achats de titres par la BCE dans le cadre de son QE. L’inversion de tendance amorcée fin 2017 pourrait se confirmer, avec des arbitrages redevenant un peu plus favorables aux crédits. L’encours de titres de dette des sociétés non financières freinerait et la croissance de l’encours de crédit aux sociétés se maintiendrait sur des rythmes proches de ceux de 2017.

 

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