Crédits

Redressement modéré des crédits aux sociétés au premier semestre 2011

Encours des crédits aux sociétés

L'auteur

  • O Éluère
    • économiste, Direction des études économiques
      Crédit Agricole S.A

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°740

Les banques centrales en dehors des sentiers battus

Pendant les six premiers mois de 2011, la croissance des encours de crédits aux sociétés s’est accélérée, pour atteindre 4,5 % sur un an en juillet, après une hausse de 1,5 % sur un an fin 2010 et une phase de repli fin 2009 et début 2010. Le redressement est notable pour les encours de crédits de trésorerie, qui, après avoir fortement reculé en 2009 et 2010 (de respectivement 14,7 % et 3,6 %), rebondissent de 5,9 % sur un an en juillet. Les crédits à l’investissement, qui avaient continué à progresser en 2010 de 3,6 %, accélèrent légèrement, à 4,8 % sur un an en juillet.

Par ailleurs, le flux des nouveaux crédits accordés aux sociétés non financières (cumul 12 mois) remonte peu à peu et progresse de 4,8 % sur un an en juillet. Il atteint 245 milliards d’euros. Ce flux annuel demeure toutefois nettement en deçà des niveaux de 2006-2007. Et la croissance de l’encours reste assez modérée et inférieure à celle des crédits aux ménages, 7,1 % sur un an en juillet.

Des entreprises prudentes

Le redressement récent du crédit aux sociétés est donc graduel. Il s’explique par une remontée des dépenses des entreprises et un accroissement de leur besoin de financement. L’investissement productif s’est redressé et devrait progresser de 4,5 % en volume cette année, contre 1,2 % en 2009. Après une nette contraction de l’investissement en 2009 apparaissent des besoins de renouvellement et de modernisation des équipements. Les entreprises sont toutefois demeurées prudentes, du fait de perspectives de débouchés mitigées sur les marchés domestiques et extérieurs. Parallèlement, elles ont opéré un mouvement de reconstitution des stocks (contribution fortement positive des stocks à la croissance au premier trimestre, soit +0,8 %). Les dépenses des entreprises s’accroîtraient ainsi de 15 % en valeur en 2011 par rapport à 2010. Dans le même temps, leurs profits non distribués devraient rester stables cette année. La reprise des gains de productivité est compensée par la remontée des coûts intermédiaires et notamment énergétiques. Au total, leur besoin de financement (différence entre d’une part les profits non distribués et d’autre part les dépenses d’investissement et de stocks) s’élargit et devrait avoisiner 50 milliards cette année, alors qu’il avait été limité à 20 milliards par an environ en 2009 et 2010. Ceci conduit à un redressement de la demande de crédit.

Stagnation des dépenses des sociétés en 2012 ?

Au second semestre 2011 et en 2012, les crédits aux sociétés pourraient ralentir légèrement. Au vu de l‘enquête Banque de France de juillet sur la distribution du crédit, la demande de crédit des entreprises s’est d’ailleurs infléchie au 2e trimestre et serait stable au 3e. Les dépenses des entreprises devraient stagner en valeur en 2012. L’investissement productif ne s’accroîtrait que de 2 % en volume, compte tenu du manque de visibilité sur l’environnement économique et financier mondial et d’un probable freinage des débouchés domestiques. Pour les mêmes raisons, le  mouvement de restockage sera moins marqué qu’en 2011. Parallèlement, les profits connaîtraient une légère amélioration, permise par un nouvel accroissement des gains de productivité, compensé en partie par l’impact des mesures d’assainissement budgétaire. Au total, le besoin de financement des sociétés devrait se réduire un peu. Le taux d’autofinancement passerait de 75 % en 2011 à 78 % en 2012. La demande de crédit serait donc moins soutenue.

Le flux de nouveaux crédits accordés (cumul 12 mois) devrait ainsi connaître une hausse de l’ordre de 8 % en 2011 et 4 % en 2012. L’encours de crédit progresserait de 5 % sur un an fin 2011 et de l’ordre de 4 % fin 2012.

 

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