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Politique, économie et « fortune immobilière »

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L'auteur

Ces lignes sont écrites au moment où les travaux parlementaires sont engagés. Elles seront publiées au moment où les contours exacts de l’« impôt sur la fortune immobilière » seront connus, ndlr.

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°813

Zone euro, union bancaire… Qu’attendre de l’ère Macron ?

La suppression de l’ISF, impôt symbolique qui rapportait directement très peu et coûtait indirectement très cher à l’économie française, est donc sérieusement en cours. La réussite de ce tour de force a, semble-t-il, nécessité la désignation d’un bouc émissaire : l’immobilier. Pas de chance pour ce secteur. Mais on aurait mauvaise grâce de seulement se plaindre !

Une idée juste… pendant les Trente Glorieuses

Il y a néanmoins un mystère. Comment se fait-il que l’immobilier puisse servir de bouc émissaire dans un pays où plus de la moitié des ménages sont propriétaires de leur logement, où ceux qui épargnent montrent clairement qu’ils aiment la pierre, et où cette affection pour le tangible accompagne chez beaucoup la préoccupation et la préparation de la retraite ? Pourquoi nos élites – dirigeants politiques ou haut-fonctionnaires, voire économistes – avancent-elles comme incontestable l’argument de la « rente immobilière » qui serait l’ennemie de « l’économie productive » ?

Il n’y a rien de plus puissant et de plus dangereux qu’une idée qui a été juste autrefois et qui perdure dans les esprits. C’est un défaut d’anachronisme. Rappelons les faits : la formidable croissance de l’après-guerre et l’élévation fantastique du niveau de vie qui l’a accompagnée ont eu pour origine le progrès technique, l’ouverture des frontières européennes et une démographie dynamique. Non seulement l’immobilier n’en a pas été le moteur, mais pour différentes raisons parfaitement impérieuses, il a absorbé une part importante de l’épargne des ménages. Même si la construction a participé à l’emploi et au PIB, le tissu d’entreprises n’a pas bénéficié de flux d’investissements aussi importants que chez nos voisins. C’est l’une des origines du niveau de chômage structurel en France. S’alarmer du risque d’un investissement immobilier qui asséchait l’investissement productif créateur de compétitive était donc sensé dans le contexte des Trente Glorieuses. Mais celles-ci sont achevées depuis plus de quarante ans !

Au cœur des enjeux actuels

Oublions un instant les manuels, les idées bien faites et les idéologies. En France comme dans les autres pays du monde, dans l’économie telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, l’investissement immobilier est devenu vital. Il est au cœur des grands enjeux qui se présentent à nos sociétés. Tout d’abord, nous devons, à vitesse accélérée, réduire les dépenses énergétiques. Où peut-on le faire, sinon là où les gens habitent, là où ils travaillent, là où ils font leurs courses ? Cela exige des investissements, qui renforceront l’économie de deux façons : d’une part un même service, de logement par exemple, pour moins de dépenses, c’est de la productivité et la libération de ressources financières utilisables ailleurs ; d’autre part, cette transformation du parc immobilier est une activité qui s’appuie sur le développement de nouveaux métiers, avec de nombreux emplois.

Ensuite, le « vieillissement » de la population – bonne nouvelle s’il en est – donne naissance à toute une activité de services, en particulier à de nouvelles compétences et à des emplois en grand nombre, mais ce secteur est exactement limité par les équipements immobiliers qui suivent ou ne suivent pas. Une question d’investissement vers l’immobilier, encore.

De plus, la vague de digitalisation bouleverse les formes de travail et les entreprises : l’intendance, donc l’immobilier, doit suivre ! Le dynamisme des start-up, des petites et moyennes entreprises est à ce prix. Instaurer une sorte d’embargo sur la création ou l’adaptation de nouveaux locaux serait un moyen sûr de tuer dans l’œuf la compétitivité de notre économie.

Un contresens français

Évoquons aussi un aspect peu ou mal connu. On sait que le secteur de la construction représente beaucoup d’emplois, tout en pensant par habitude que c’est un secteur dont il ne faut pas attendre de grandes évolutions… C’est une erreur : la forteresse immobilière est attaquée de tous côtés par la vague de digitalisation. Le BIM (Building Information Model) est une révolution aussi importante que le fut la grue et renouvelle toutes les étapes de la vie d’un immeuble, de sa conception à son usage en passant par sa construction ou sa rénovation. Gains de productivité, activités nouvelles, création d’emplois différents…

Enfin, nous savons désormais que si les statistiques sont nationales, en réalité, l’économie se joue dans les métropoles. Or celles-ci doivent être adaptées en conséquence, que ce soit pour l'accueil d’entreprises de nouvelle génération ou pour la distance-temps entre le domicile et l’emploi. Infrastructures et immeubles doivent être au rendez-vous, c’est l’enjeu par exemple du Grand Paris, mais on pourrait aussi bien parler de Lille, de Marseille ou de Bordeaux, et de bien d’autres villes. Et l’on pense que l’investissement vers l’immobilier n’est pas à l’ordre du jour ? C’est un contresens que ne commettent ni nos voisins ni la plupart des pays du monde. En conclusion, passer de l’ISF à l’IFI représente en un sens un progrès mais montre surtout que notre pays a bien du mal à se mettre en phase avec l’économie telle qu’elle se joue dans la vraie vie.

 

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