L'actualité des M&A bancaires

Naissance d’un bancassureur public en france

Il s’agit d’un véritable big bang capitalistique et industriel autour de la Poste, dont la CDC va devenir le premier actionnaire, et dont la filiale La Banque Postale va prendre le contrôle de CNP Assurances pour créer un acteur public majeur de la bancassurance. Annoncée l’an dernier, la formation de ce nouvel ensemble devrait aboutir début 2020.

Graphiques 1 et 2

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Chargé de cours
      Université Paris-Descartes

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°835

Risque Cyber : Comment coordonner la lutte ?

Dans un marché des fusions et acquisitions qui tourne au ralenti (v. Encadré 1), c’est la création d’un grand pôle financier public en France qui marque l’actualité bancaire. Le 2 juillet dernier, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a en effet annoncé la création « d’un outil puissant au service de l’intérêt général et des territoires… un des plus importants au monde avec 1 000 milliards d’euros d’actifs ».

Ce projet majeur, qui fait l’objet d’intenses tractations depuis l’an dernier [1], se dénomme « Mandarine », car il s’agit de réunir au sein du même pôle l’établissement postal au logo jaune et la Caisse des Dépôts (CDC) au carré rouge.

Sa mise en œuvre repose sur un montage capitalistique très complexe (v. Encadré 2). D’une part, il prévoit que l’État transfère une partie des 73,7 % qu’il détient au capital de La Poste à la CDC, qui va ainsi devenir l’actionnaire majoritaire de l’établissement postal avec 66 % de son capital. L’État détiendra les 34 % restants.

D’autre part, la CDC et l’État apporteront leur participation respective de 40,87 % et 1,11 % dans CNP Assurances à La Poste (62,13 % du capital) pour créer un puissant groupe public de bancassurance autour de sa filiale bancaire, La Banque Postale. Quant au groupe bancaire concurrent BPCE, qui était actionnaire de CNP avec La Banque Postale via la holding Sopassure (36,3 %), il restera actionnaire à hauteur de 16,11 %.

Née en 2006, La Banque Postale (LBP) va donc évoluer et se renforcer en intégrant le numéro un français de l’assurance vie. Son bilan va passer de 250 milliards d’euros à plus de 650 milliards d’euros, ce qui va placer LBP parmi les leaders bancaires européens et conforter sa sixième place des banques françaises. À noter par ailleurs qu’en intégrant CNP, La Banque Postale va améliorer sensiblement sa solidité financière. En augmentant mécaniquement ses fonds propres de près de 6 milliards d’euros, son ratio de fonds propres (CET 1) atteindra un niveau proche de 20 %, contre 11,7 % fin 2018.

La création de ce grand pôle financier public vise notamment à renforcer la cohésion des territoires et à lutter contre toutes les formes d’exclusions sur l’ensemble du territoire national. Il s’agit également d’assurer l’avenir de La Poste, qui voit son activité courrier décliner année après année (-7 % par an) avec le développement du numérique, en lui permettant d’accéder à de nouvelles sources de revenus au moyen d’une diversification stratégique.

Même si plusieurs obstacles importants ont déjà été levés (dérogation de l’AMF pour éviter de lancer une OPA sur l’ensemble des titres de CNP Assurances, permettre à l’État de devenir actionnaire minoritaire de La Poste grâce à la promulgation de loi PACTE), tout n’est pas réglé pour autant. Afin que ce nouvel ensemble soit opérationnel au 1er janvier 2020, il reste encore à obtenir plusieurs autorisations réglementaires de la part de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), de la Banque Centrale Européenne (BCE) et surtout des autorités de concurrence en France ainsi qu’en Europe (Commission européenne).

 

[1] Voir mon article, « Le mariage entre La Banque Postale et CNP Assurances à l’étude », Revue Banque n° 818, p. 10.

 

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