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Grandes manœuvres autour de Generali

L’avenir du premier assureur italien interroge, alors que les rumeurs s’intensifient sur une éventuelle prise de contrôle par la banque Intesa Sanpaolo. Mais d’autres scénarios de rapprochements domestiques et transfrontaliers sont également envisagés.

TABLEAU1

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Chargé de cours
      Université Paris-Descartes

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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°806

Élection présidentielle : les enjeux pour le secteur financier

L’Italie a fait un nouveau pas en avant dans la consolidation et l’assainissement de son secteur bancaire avec le rachat par UBI Banca de trois petites banques nationalisées par l’État à la fin 2015 (voir Encadré 1). Mais le plus important est ailleurs.

Quelques semaines seulement après les rumeurs d’acquisition de sa filiale française par son concurrent Allianz, voilà que le premier assureur italien et troisième européen suscite l’appétit de sa compatriote Intesa Sanpaolo. À la fin janvier, la direction de la banque italienne a confirmé qu’elle « examine attentivement et examinera toute possibilité de renforcer sa position et sa performance […] y compris d’éventuelles combinaisons sectorielles avec Generali ». Elle a aussi ajouté que « conformément à son plan stratégique 2014-2017 », elle cherche des relais de croissance « dans les secteurs de la gestion d’actifs, de la banque privée et de l’assurance, y compris par le biais de partenariats internationaux ».

Le projet consisterait en une offre par échange de titres (OPE) sur la majorité du capital de Generali, dont la capitalisation boursière avoisine 24 milliards d’euros, soit environ un tiers de moins que son homologue bancaire. Si cette opération se concrétise, il s’agirait d’une des plus importantes opérations de croissance externe menées dans le secteur financier européen depuis la crise financière de la fin des années 2000.

Le numéro un bancaire italien, également leader sur le marché de l’assurance vie, pourrait ainsi créer un géant de la bancassurance au niveau national capable de rivaliser avec ses principaux concurrents du continent. Intesa chercherait également à protéger sa position dominante en Italie, potentiellement menacée par la restructuration attendue du système bancaire italien.

Dans les prochaines semaines, la position de Mediobanca, premier actionnaire de Generali avec près de 13 %, sera probablement déterminante (voir Encadré 2). Aujourd’hui, la banque d’affaires milanaise laisse entendre qu’elle souhaite réduire sa participation, mais sans préciser toutefois quand et au bénéfice de qui. Il n’est pas impossible que cela soit au profit de sa grande rivale, UniCredit, qui est le principal actionnaire de Mediobanca avec 8,6 % du capital et qui endosserait ainsi le rôle de chevalier blanc.

De quoi alimenter encore plus les rumeurs autour du devenir de l’assureur italien surtout si on y ajoute les prédateurs potentiels venus de l’étranger, tels que le français Axa ou l’allemand Allianz. Toutefois, un tel scénario s’attirerait la foudre des autorités de Rome qui considère Generali comme un actif hautement stratégique puisqu’il détient 70 milliards d’euros d’obligations d’État et participe activement aux différents fonds de soutien au système bancaire.

La meilleure défense étant l’attaque, l’assureur de Trieste a décidé d’acquérir 3,01 % du capital de la banque Intesa Sanpaolo. Une transaction perçue comme une manœuvre défensive pour se protéger contre une éventuelle offre hostile. En effet, la réglementation italienne sur les participations croisées interdit à une société de détenir plus de 3 % des droits de vote d’une autre entité si celle-ci détient déjà une participation de plus de 3 % dans son capital (sauf si elle lance une offre publique portant sur au moins 60 % de son capital).

Dans la terrible jungle de la finance italienne, le lion de Trieste n’a pas dit son dernier mot !

 

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