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La Commission européenne à la rescousse

La Commission européenne s’invite pour la première fois dans la restructuration du secteur bancaire espagnol. Même si le processus avance, les défis à venir restent nombreux.

1. Principales opérations de M & A dans le secteur bancaire mondial

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Économiste bancaire
      CEPN
    • Chargé de cours
      Université Paris Descartes

Pour en savoir plus

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  • CaixaBank se renforce dans la région du LEvant espagnol

    CaixaBank se renforce dans la région du LEvant espagnol

Revue de l'article

Quatre années après l’explosion de la bulle immobilière, la restructuration du secteur bancaire espagnol a franchi une nouvelle étape à la fin novembre. La Commission européenne va débloquer, via le Mécanisme européen de stabilité (MES), une aide financière de près de 40 milliards d’euros qui transitera par le fonds public d’aide au secteur bancaire espagnol (Frob). Plus précisément, 37 milliards d’euros seront répartis entre les quatre banques récemment nationalisées (Bankia, NovaGalicia Banco, Catalunya Banc et Banco de Valencia), auxquels il faut ajouter 2,5 milliards d’euros supplémentaires qui serviront à alimenter la nouvelle structure de défaisance créée par l’État espagnol (Sareb).

En contrepartie de cette aide publique, les établissements concernés devront néanmoins se soumettre à des conditions très strictes imposées par la Direction générale de la concurrence : réduction de leur bilan de l’ordre de 60 % sur 5 ans, repli sur leurs régions d’origine, recentrage sur la banque de détail, interdiction de financer des opérations de promotion immobilière et fermeture d’environ la moitié de leurs agences. Il est également prévu que le gouvernement espagnol vende les établissements Catalunya Banc et NovaGalicia Banco avant la fin de l’année 2017.

Quant à Banco de Valencia, elle vient d’être cédée pour un euro symbolique à la troisième banque du pays, CaixaBank (voir Encadré 1). Le Frob y injectera au préalable 4,5 milliards d’euros. Par ailleurs, il s’engage à assumer une large part des pertes éventuelles de la cible durant une période de 10 ans. Déjà numéro un de la banque de détail en Espagne, avec un réseau de 6 600 agences et plus de 13 millions de clients, cette acquisition va permettre à la première banque catalane de se renforcer dans la zone géographique voisine du Levant [1] (voir Encadré 2).

Même si le FMI estime que le processus de restructuration du secteur bancaire espagnol est sur la « bonne voie », il devra néanmoins relever d’importants défis dans les prochains mois. Tout d’abord, les autorités devront réussir à mettre en place une structure de défaisance (bad bank) qui aura la lourde tâche de gérer le montant colossal d’actifs immobiliers toxiques détenus par les établissements ibériques. De plus, il existe aujourd’hui des surcapacités considérables qui résultent d’une politique d’expansion excessive menée par les banques espagnoles au cours des 15 dernières années [2]. Un ajustement est donc nécessaire. En ce sens, le directeur général de Banco Santander a récemment estimé que « le secteur bancaire espagnol pourrait encore fermer entre 10 000 et 15 000 agences au cours des prochaines années ». Entre 2008 et 2011, 6 000 agences ont déjà fermé leurs portes.

Par ailleurs, les résultats médiocres annoncés au troisième trimestre montrent que la sortie du tunnel n’est pas pour demain. En effet, plus de 80 milliards d’euros de provisions ont été enregistrés au niveau de l’ensemble des acteurs bancaires. Enfin, le taux de créances douteuses se situe à un niveau très préoccupant de 10,7 % du total des crédits, soit un montant équivalent à 180 milliards d’euros. Du jamais-vu depuis l’existence de cette statistique qui remonte au début des années 1960. Pour que ce taux baisse, il est indispensable de relancer l’économie espagnole. Or, on oppose trop souvent réduction du déficit et mesures de soutien à la croissance. Les deux ne sont pas incompatibles, bien au contraire !

Achevé de rédiger le 16 décembre 2012.

[1] Le Levant (en espagnol El Levante) désigne la zone géographique de la côte méditerranéenne espagnole, qui va de la Communauté valencienne (qui regroupe les provinces de Valence, Alicante et Castellón) à la Région de Murcie.

[2] Entre 1984 et 2008, les caisses d’épargne (cajas) sont ainsi passées de 10 500 agences et 70 000 salariés à 25 000 agences et 135 000 salariés.

 

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