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L'Afrique à l’heure de la révolution FinTech

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Revue Banque n°813

Zone euro, union bancaire… Qu’attendre de l’ère Macron ?

Lorsqu’on évoque l’essor des FinTechs dans le monde, on pense rarement à l’Afrique. À tort, car le continent regorge d’initiatives aussi inattendues que multiples pour pallier ses propres carences. Leur business model ? Utiliser les technologies mobiles, la data et le cloud computing pour proposer des services bancaires et financiers innovants. Des bitcoins pour remédier aux coûts excessifs des transferts de fonds au « Cash to Goods », pour s’assurer que l'argent envoyé à sa famille est bien utilisé, en passant par le mobile banking accessible à tous, même aux 75 % d’Africains exclus des circuits bancaires, les initiatives FinTechs se multiplient.

En effet, la téléphonie a connu un boom exponentiel ces dernières années. Il n’est donc guère surprenant que le continent héberge plus de la moitié des comptes de paiement sur mobile dans le monde. Parallèlement, l’usage d’Internet se répand à vive allure : 16 % des Africains y ont accès en 2016 et ce taux devrait passer à 50 % en 2025, d’après le cabinet McKinsey.

Cette digitalisation financière concerne en premier lieu les services bancaires basiques : ouverture de compte et vérification du solde, règlement des factures, transfert d’argent par SMS, etc. Le recours aux portefeuilles digitaux a également ouvert la voie à d’autres produits financiers (assurance, épargne, crédit) jusque-là inaccessibles pour certaines populations. À Madagascar, le taux global d’épargne a augmenté suite à l’introduction par Orange Money d’un système de rémunération de l’épargne via le mobile. Au Kenya, c’est M-Shwari, le compte bancaire adossé à M-Pesa, qui permet de rémunérer l’épargne dès 0,9 centime d’euro, et d’avoir accès au microcrédit. Aujourd’hui, 2 % des Kényans sont sortis de la pauvreté grâce aux microcrédits souscrits par mobile, d’après le Massachusetts Institute of Technology.

L’économie collaborative est un autre axe de développement pour les FinTechs africaines. Dans la sous-région ouest africaine, le développement de plates-formes de crowdlending, comme Iroko au Sénégal ou Seekewa en Côte d’Ivoire, permet de rapprocher les petits porteurs de projets (PME ou agriculteurs souvent très disséminés) et les fonds d’épargne ou investisseurs particuliers.

Dans son dernier rapport sur l’écosystème des FinTechs en Afrique, le cabinet PwC a recensé 301 FinTechs actives sur le continent [1]. Toutefois, la majorité de ces acteurs doivent apprendre à gérer les obstacles comme les cadres réglementaires instables, les risques juridiques, les infrastructures limitées, le coût élevé de l’internet mobile, le faible niveau d’éducation de la population… Les autorités publiques ont donc aussi un rôle important à jouer.

 

[1] Disrupting Africa by PwC.

 

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