Conflit au Crédit Mutuel

Vers une indépendance d’Arkéa ?

Revue de l'article

Un pas supplémentaire a été franchi le 19 janvier dans le conflit qui oppose depuis plusieurs années le Crédit Mutuel Arkéa (CMA) au reste du groupe bancaire coopératif. Le CMA a engagé un processus de consultation des caisses locales de son périmètre, à savoir celles des fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central. Les deux premières ont répondu à l’invitation et organiseront ce scrutin dans le courant du premier semestre. Celle du Massif Central a, quant à elle, déjà manifesté le souhait de quitter le giron d’Arkéa. Ce énième rebondissement fait suite à une série d’actions en justice, dont les plus récentes portaient sur la légitimité pour la BCE de superviser Arkéa à travers la Confédération nationale, plutôt qu’en direct [1]. Débouté, le CMA prend donc le chemin du divorce, fort de son ratio CET1 de 16,9 %, de franchises bien établies sur ses territoires (25 % de part de marché sur le crédit immobilier et les dépôts en Bretagne [2]) et de sa diversification poussée vers les services digitaux, avec notamment une offre en marque blanche. Mais un divorce signifierait aussi la disparition du mécanisme de solidarité entre les caisses. Bien que ce ne soit pas le scénario principal retenu, S&P a ainsi placé sous surveillance négative la note du CMA du fait du risque accru de sortie du groupe. Sortie qui conduirait enfin à la perte de la marque Crédit Mutuel et à l’accroissement de la concurrence sur ses marchés historiques. « Le ratio coûts/revenus reste élevé, à 68,6 % au premier semestre 2017, l’un des plus hauts du marché français, reflétant principalement un périmètre d’activités assez réduit plutôt qu’un manque d’efficacité opérationnelle », notait Moody’s dans une note d’analyse début décembre. La faible profitabilité des activités bancaires et la nécessité d’importants investissements dans le digital et la conformité ne font en effet pas le jeu des établissements de petite taille. Quel prix vaut l’indépendance ? C’est en substance la question à laquelle devront répondre les caisses locales.

 

[1] Lire à ce sujet, dans ce même numéro, la chronique de J. Lasserre Capdeville et J.-P. Kovar, p. 94.

[2] Source : Moody’s, 1er décembre 2017.

 

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