Inclusion financière

Le téléphone poursuit sa percée dans les services financiers du monde émergent

Mobile money au Kenya

L'auteur

Utiliser son téléphone pour des transactions financières est le quotidien de plus en plus de personnes dans les pays émergents. Selon le rapport annuel publié par le GSMA dans le cadre du Mobile World Congress [1], ce sont 33 millions de transactions qui sont chaque jour traitées par les fournisseurs de services de mobile money. Cette solution permet, via un portefeuille de monnaie électronique stocké dans un téléphone basique non connecté à Internet, majoritaire dans les pays émergents, d’envoyer de l’argent vers un autre mobile. 411 millions de comptes nominatifs sont ouverts dans 93 pays, soit une progression de 31 % en un an. En Afrique subsaharienne, ces comptes de mobile money sont bien souvent la première étape vers la bancarisation des personnes à bas revenus. Dans 19 pays, presque tous africains, il y a davantage de comptes de mobile money que de comptes bancaires, et dans 37 pays, les agents de mobile money – qui ouvrent les comptes et assurent le dépôt et le retrait de cash – sont dix fois plus nombreux que les agences bancaires.

Pourtant, beaucoup reste à faire. En termes de couverture tout d’abord : si on compte dans le monde 3,2 millions d’agents, la moitié d’entre eux seulement sont véritablement actifs. Or, pour donner confiance au consommateur, la garantie de pouvoir partout et tout le temps échanger son argent électronique contre de la monnaie sonnante et trébuchante est essentielle. En termes d’usage ensuite : les opérations « over the counter » (OTC), réalisées via un agent sans que l’utilisateur final n’ait un compte nominatif, sont encore très nombreuses, en particulier en Asie du Sud, ce qui ne favorise pas une réelle inclusion financière des plus pauvres. Par ailleurs, les deux-tiers des transactions de mobile money sont encore consacrées à l’achat de crédits téléphoniques, fonctionnalité historique très basique ; a contrario, seuls 7 % sont des règlements de factures et 2 % des paiements chez des commerçants. Les transferts d’argent à l’international de wallet à wallet, qui ne représentent que 0,1 % des volumes, progressent vite (+52 %) et sont disponibles sur 29 « corridors » de migration, principalement en Afrique. Il existe enfin une marge de progression pour ce qui est de l’adoption de ces services par les populations les plus vulnérables, à savoir les femmes (37 % des clients) et les ruraux (47 %).

Une activité lucrative

Les activités de mobile money sont de plus en plus rémunératrices pour les opérateurs qui les pilotent : les revenus générés ont ainsi augmenté de 40 % entre juin 2014 et juin 2015. Plus d’un quart d’entre eux en tire au moins 10 % de leurs revenus. Les commissions reçues des particuliers et des entreprises utilisant le service sont la principale source de chiffre d’affaires, mais les économies réalisées par la vente en direct de crédits téléphoniques peuvent aussi se révéler conséquentes. À l’instar de celles de Safaricom, l’opérateur kenyan qui pilote le plus développé des systèmes de mobile money, M-Pesa [2] : il économise quelque 64 millions de dollars de commissions en permettant à ses clients de recharger leur « airtime » sans passer par son réseau de distribution.

Mais les opérateurs savent aussi qu’il sera indispensable de continuer d’investir, alors que le paysage concurrentiel des pays émergents est bouleversé par l’arrivée de nouveaux acteurs dans les paiements, comme les FinTech. Il leur faudra en particulier prendre le virage des smartphones qui commencent à se déverser sur ces marchés. Les solutions de mobile money, qui utilisent aujourd’hui principalement la technologie USSD [3] disponible même sur les terminaux les plus basiques, devront créer des applications. « Cependant, mettent en garde les auteurs du rapport, les premières données collectées montrent que peu d’applications génèrent du volume d’activité et cela suggère qu’elles peuvent aussi tomber dans l’écueil du "construis une app et les clients l’utiliseront". »

 

 

[1] « 2015 State of the Industry Report – Mobile Money », GSMA (association internationale des opérateurs de téléphonie mobile).

[2] Lire aussi « Kenya : grandes manœuvres autour de la clientèle non bancarisée », Revue Banque n° 775, septembre 2014.

[3] Unstructured Supplementary Service Data : protocole utilisé par les opérateurs pour transférer des messages, comme des instructions de paiement.

 

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