Relance économique

Le plan français au secours des entreprises

Face à la menace d’une vague de faillites d’entreprises, l’État français a conçu un plan de relance de 100 milliards d’euros. Ces dispositions qui vont stimuler l’activité économique vont soutenir indirectement les banques.

Le plan France Relance vise à stimuler la croissance économique

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Revue Banque n°848

Rendu public le 3 septembre 2020 par le chef du gouvernement Jean Castex, le plan France Relance aligne une série de mesures qui représentent pour l’État un effort de 100 milliards d’euros organisé autour de trois grands axes : l’écologie (mesures pour la rénovation énergétique des bâtiments etc…), la compétitivité (avec la baisse des impôts de production ou encore le renforcement des fonds propres des PME et ETI grâce à un système de garantie publique orientant les épargnants vers le financement de long terme de ces entreprises) et la cohésion notamment sociale avec par exemple un dispositif d’activité partielle de longue durée pour inciter les entreprises à ne pas licencier.

Pour Thomas Pikety, qui s’est exprimé sur France Inter le 4 septembre, le plan français n’est pas adapté à la situation, car « il néglige la demande de justice sociale ». Selon l’économiste classé à gauche, « c’est très classique comme relance libérale » et il serait préférable d’augmenter les salaires dans la santé la formation et la recherche et de créer des emplois publics.

À l’autre extrême, la pensée ultralibérale voudrait que la puissance publique, qui a déjà soutenu les entreprises avec les Prêts garantis par l’État (PGE), intervienne moins car le risque est de faire survivre des entreprises zombie.

Une économie moins mal en point que prévu

Entre ces deux pôles, nombre d’économistes portent un jugement plutôt favorable sur ce plan, comme Éric Dor, directeur des études économiques au sein de l’IESEG School of Management : « Ce plan est nécessaire, même si la situation économique est moins mauvaise que prévu. Au regard des chiffres publiés par l’INSEE le 8 septembre, la vague de faillites qui était crainte antérieurement devrait être plus réduite. Il n’en demeure pas moins que l’INSEE prévoit pour 2020 un PIB inférieur de 9 % à celui de 2019. Dans ce contexte, le plan France Relance est justifié et présente de nombreuses qualités : il allie une augmentation de la demande publique (avec notamment la rénovation de routes et de ponts) à une modernisation de l’appareil productif (avec par exemple l’incitation à la transition numérique des PME). » Toutefois, le risque est que les sommes dépensées profitent à des prestataires qui ne seront pas tous français. « Ce risque existe, que la relance se fasse surtout par l’offre, comme dans le cas de France Relance, ou par la demande ce qui consisterait à augmenter les revenus des ménages, par exemple par une hausse des salaires du secteur public, solution que le gouvernement a écartée en raison notamment de l’aide importante qu’il apporte aux ménages depuis le début de la crise au travers du chômage partiel », rétorque l’économiste pour qui le plan français permettra d’éviter bon nombre de faillites, même s’il faut quand même s’attendre à des défaillances.

Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo-BHF, trouve lui aussi beaucoup de qualités au plan France Relance : « les orientations présentées font un très grand sens ; toutefois, leurs effets se feront surtout ressentir sur le moyen terme. Certaines mesures auront un effet à court terme – comme le dispositif d’activité partielle – et elles auraient pu être plus nombreuses. Par exemple, une baisse de la TVA en France aurait été pertinente mais je ne conteste pas pour autant l’intérêt du plan France Relance tel qu’il a été conçu : tout est fait pour lisser et amortir le choc de la crise sanitaire. »

Les deux économistes écartent la vision schumpeterienne qui stigmatise le soutien aux entreprises sous prétexte que des entreprises zombie risquent de survivre. Le soutien des entreprises permettra notamment d’éviter une vague de défauts sur les prêts qu’elles ont contractés auprès de leurs banques. Et cet effet indirect est approuvé par les deux économistes. S. G.

 

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