États-Unis

Google lance une offre de compte courant

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En s’associant avec une banque et un établissement de crédit (Citigroup et la Stanford Federal Credit Union), Google espère proposer une offre de compte courant aux utilisateurs américains de Google Pay dès 2020. Quels sont les enjeux d’une telle stratégie ? Pour Julien Soulard, directeur Retail Banking au sein du cabinet de conseil Chappuis Halder & Co, « Google ne se démarque pas de la stratégie des autres géants de la Tech, qu’ils soient Américains ou Chinois. Les partenariats avec les banques sont une façon pour eux d’entrer dans l’univers des services financiers sans investir trop d’argent dans les aspects réglementaires et IT, d’autant plus que ce business est devenu moins rentable ces dernières années. » Pour la banque, en l’occurrence Citigroup – qui ne dispose pas d’un important réseau physique –, l’objectif est d’acquérir de nouveaux clients (et de nouveaux dépôts) via des canaux à distance et à moindre coût. Google va cependant plus loin qu’Apple, qui a lancé son Apple Card en s'associant avec Goldman Sachs l’été dernier, puisque son service de paiement sera complété par la mise à disposition d’un compte courant. « Ce qui distingue la firme de Mountain View, c’est qu’elle a choisi de fonctionner en marque blanche : cela lui offre la possibilité de tester le marché sans trop se mettre en avant », poursuit Julien Soulard. Autre point important, ce partenariat n’est pas exclusif, Google se réservant le droit de conclure ce même type d’offre avec d’autres banques.

Cependant, Google ayant affirmé ne pas vouloir monétiser les informations recueillies grâce à ce service, se pose la question de la tarification : « On peut imaginer que Google prendra une marge sur le montant des dépôts ou, à terme, des crédits collectés par son intermédiaire. Dans ce cas, quelle pourra être la rentabilité pour la banque, face à des concurrents comme Revolut qui proposent un service gratuit ? » s’interroge Julien Soulard.

Si Google ne vend pas la data, va-t-elle l’utiliser pour faire des propositions hyperpersonnalisées aux clients (des placements financiers, par exemple) ? En Europe, elle serait forcément soumise à la réglementation sur la protection des données personnelles, le régulateur ne sera pas dupe… Une autre stratégie pour valoriser la data consisterait à « devenir une mégabase de données partagée par toutes les futures banques partenaires, à partir de laquelle les banques achèteraient des services pour bénéficier de la capacité de calcul de Google et bâtiraient des propositions encore plus ciblées en temps réel pour leurs clients. Ce faisant, Google deviendrait une sorte de conseil marketing des banques », imagine Julien Soulard.

Tout se jouera autour de la data. Google a une telle renommée aujourd’hui qu’elle devra se positionner rapidement vis-à-vis du consommateur. Il en sera de même pour les banques : « si elles collaborent avec Google pour faire du business, elles devront convaincre leurs clients qu’elles restent un solide tiers de confiance, garant de la sécurité de leurs données. Il reste encore du chemin à parcourir », conclut Julien Soulard.

 

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