Sinistres

Forte recrudescence des fraudes ciblant les comptes bancaires des clients

Les fraudes ciblant les fonds confiés par les clients sont devenues plus nombreuses en 2018 que celles visant les fonds propres des banques.

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Revue Banque n°845

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2018 marque un tournant dans la fraude bancaire : le nombre des détournements de fonds confiés par les clients a explosé cette année-là, atteignant 86 % du volume des dossiers de fraudes traités par le groupe Stelliant dans le cadre d’interventions en expertise sinistre auprès de clients français. Ce type de fraudes ne représentait que 33 % des sinistres traités par l’expert en 2016, loin derrière les fraudes ciblant les fonds propres des banques.

Cavalerie et pression psychologique

La montée en puissance du phénomène de fraude sur les fonds confiés, due essentiellement à des fraudeurs internes, s’explique par « la mutation continue des environnements de travail et des évolutions technologiques », selon Rajàa Aouina, directrice des risques financiers de Stelliant Expertise Entreprise. Un préposé de la banque usurpe l’identité d’un client pour passer un ordre d’opération vers un compte externe, allant jusqu’à présenter au client lésé de faux relevés de compte ou de situation de portefeuille. Au sein des établissements bancaires, le contrôle interne au sein de la banque constitue alors la principale zone de vulnérabilité. Plus d’un quart des fraudes sur compte client dépasse le million d’euros voire, pour 18 %, 5 millions d’euros. Les fonds en espèces retirés du compte client servent alors à régler des dépenses personnelles, mais aussi à « rembourser » d’autres clients dont les fonds ont déjà été détournés. « Parmi les facteurs humains qui favorisent la réalisation de ces fraudes, il y a la pression psychologique ressentie par le préposé de la banque, qui agit dans l’espoir de diminuer les pertes constatées », note Rajàa Aouina. En raison de cette « cavalerie » utilisée pour masquer les faits, la fraude peut s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années. C’est l’absence du préposé, dont le portefeuille est repris par un nouvel employé, qui révèle le plus souvent l’existence de la fraude.

Des profils complices inhabituels

Parmi les fraudes visant les fonds propres des banques, l’octroi de prêts bancaires frauduleux est le plus fréquent et représente entre 1 et 5 millions d’euros par sinistre, là encore en raison du caractère répétitif des agissements. L'octroi de prêts bancaires frauduleux est le fait de bandes organisées extérieures à l'établissement, qui s'appuient sur la production de justificatifs faux ou falsifiés. « Nous parvenons à reconstituer des réseaux dans lesquels les membres jouent un rôle différent selon les dossiers de prêts : emprunteur, employeur de l’emprunteur, personne remboursant les premières échéances du prêt, détaille Rajàa Aouina. Des profils complices plus inhabituels, tels que des notaires ou apporteurs d’affaires, voire des complicités internes peuvent aussi être identifiés. » Autre fraude fréquente ciblant les fonds propres, le détournement de sûretés, ces biens, matières premières ou produits financiers, fournis par une entreprise en garantie d’une opération de financement ou de négoce. La fraude est alors possible en raison du manque de contrôles de l’authenticité des certificats.

Selon Rajàa Aouina, la distanciation sociale imposée lors du confinement sera inéluctablement utilisée par les fraudeurs. Selon elle, « le temps du constat intervenant toujours avec un décalage, les chiffres devraient le confirmer d’ici quelques semaines ou quelques mois ».

 

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