Originate to distribute

AXA et Commerzbank nouent un partenariat

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°762

L'innovation est un moteur de développement

À l'heure où de nombreux assureurs souhaitent s'inscrire dans la tendance actuelle à la désintermédiation, le groupe AXA investit dans des prêts bancaires octroyés à des entreprises de taille intermédiaires (ETI). Il a été novateur en nouant dès 2012 des partenariats avec des banques françaises, Société Générale et Crédit Agricole CIB. Un nouvel accord a été dévoilé le 6 juin, cette fois avec une banque allemande, Commerzbank. Le principe demeure le même : après un examen des dossiers par les deux partenaires, la banque origine le prêt, et en cède la plus grande part à AXA. Avec cette nouvelle alliance, les entreprises visées sont des ETI situées en Allemagne, en Suisse et en Autriche.

Une réglementation encore inadaptée

Les assureurs composent avec une réglementation peu adaptée à ces investissements sous forme de prêts. Certes le Code des assurances évolue en France pour faciliter cette forme de désintermédiation, mais la situation est très contrastée à l'échelle européenne. Par exemple, « en Belgique, les contraintes fiscales sont très fortes, en particulier pour les investisseurs situés en dehors de ce pays, explique Laurent Clamagirand, directeur des investissements du Groupe AXA. Nous parvenons à mettre en œuvre notre volonté d'investir dans des prêts bancaires mais cela n'est pas facile. Dans certains pays il est même totalement interdit aux assureurs de porter des prêts à leur bilan. »

Des régulateurs intrigués

Le modèle originate to distribute intrigue les régulateurs européens qui ont demandé à AXA de décrire le fonctionnement de ces partenariats de co-investissement avec des banques. « Je suis allé à Francfort [où siège l'EIOPA [1], NDLR] pour expliquer ce que nous faisions », relate Laurent Clamagirand, qui fait valoir la technicité des équipes d'AXA, leur capacité à travailler avec les banques et leur prudence.

La désintermédiation sous l'œil de la Banque de France

Lors d'une conférence organisée par l'EIFR, le second sous-gouverneur de la Banque de France, Robert Ophèle, a fait part de son point de vue sur ces investissements sous forme de prêts : « Nous souhaitons que les assureurs sachent mesurer les risques de cette nouvelle classe d'actifs. D'autre part, s'agissant des titrisations [2], ces prêts doivent être accordés par le système bancaire et les banques doivent conserver une partie de chacun des prêts, au minimum 5 %. » Cette part qui demeure dans le bilan de la banque (the skin in the game) permet d'obtenir un alignement d'intérêts entre banquiers et investisseurs ; ce mécanisme est indispensable, aux yeux de Robert Ophèle, qui souligne l'existence d'une asymétrie d'information entre les deux types d'acteurs : « La banque connaît les comptes de l'entreprise ; elle en perçoit mieux les risques. »

De nombreux facteurs poussent au développement de ce modèle originate to distribute : l'environnement de taux bas encourage les assureurs à rechercher des classes d'actifs alternatifs, la réglementation incite les banques à alléger leurs bilans, le financement de l'économie ne doit pas faiblir… la tendance à la désintermédiation bancaire pourrait bien devenir un mouvement de fond. S.G.

[1] En charge du secteur de l’assurance, l'EIOPA (European Insurance and Occupational Pensions Authority) est l’une des trois autorités européennes de surveillance du Système européen de supervision financière (les autres sont l’EBA pour la banque et l’ESMA pour les marchés financiers).

[2] Le plus souvent, les prêts sont logés dans des fonds, par exemple des FCT (Fonds communs de titrisation) avant d’être cédés aux assureurs.

 

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