Quand avez-vous lancé Wilov et pourquoi ?
Avec mes associés Anne-Claude Pont et Philippe Breuils, nous avons créé Wilov début 2017 en partant du constat que l’assurance auto ne prenait pas bien en compte les nouveaux usages, tant sur la voiture que sur le digital.
La voiture est un objet complexe, avec ses détracteurs, car elle est parfois encore polluante ou individuelle, mais qui connaît aussi un renouveau. Si, pour les trajets courts et fréquents, les gens ont tendance à remplacer la voiture par d’autres formes de mobilité, transports en commun, vélo, scooters, etc., elle reste tout de même le meilleur moyen de se déplacer de manière spontanée, en groupe, en famille, avec des bagages, etc.
La fréquence d’utilisation de la voiture a ainsi beaucoup baissé, d’après un sondage réalisé par Opinionway pour Wilov. Deux tiers des conducteurs n’utilisent pas leur voiture principale tous les jours, la moitié conduit moins de la moitié du temps, et 20 % au plus une journée par semaine. Mais par ailleurs, le nombre de kilomètres parcourus en France n’a que légèrement baissé.
S’assurer en permanence est une obligation légale, mais nous considérons qu’il n’est pas juste de faire payer une assurance auto à l’année, alors que 20 % des conducteurs n’utilisent leur voiture qu’un jour par semaine. Dans l’assurance auto à l’usage, il existait déjà le Pay As You Drive, au kilomètre, et le Pay How You Drive, au comportement de conduite. Nous avons créé le Pay When You Drive : une assurance auto à l’année, tout risque, dont le prix s’ajuste tous les mois en fonction du nombre de jours d’utilisation.
Comment fonctionne votre assurance Pay When You Drive ?
L’idée est de proposer un rapport différent à son assureur et de ne payer que pour ce dont on a besoin. Un jour correspond à une tranche de 24 heures, il n’y a pas de notion de kilométrage. Le forfait mensuel de base, à partir de 15 euros, couvre votre voiture à l’arrêt, et des forfaits 24 heures conduite, entre 0,5 et 2 euros, la couvrent sitôt qu’elle est en mouvement. Dans tous les cas, celle-ci est assurée en tout risque. Si un conducteur conduit 4 jours par semaine ou moins, il va payer en moyenne 30 % de moins qu’avec une assurance classique équivalente.
Le deuxième usage auquel nous voulons adapter l’assurance est celui du mobile. Nous proposons une assurance à 100 % sur smartphone, « mobile first » de la tarification à la souscription. En moyenne, il faut répondre à 40 à 80 questions pour avoir un devis en assurance, nous avons simplifié le parcours en 6 questions en travaillant notre approche actuarielle. Nous avons fait un gros travail de simplification et nous sommes concentrés sur les questions tarifaires impactantes pour l’assurance auto : la date de naissance, l’âge d’obtention du permis de conduire, la plaque d’immatriculation, le code postal de stationnement, le bonus-malus, et la sinistralité sur les trois dernières années. Nous proposons ensuite un entretien en visio avec un de nos conseillers en utilisant la caméra du téléphone. Nous digitalisons les pièces justificatives et les vérifions en temps réel. En automatisant au maximum la partie administrative, nous laissons du temps au dialogue, à l’échange visuel. Cela est très efficace par rapport à l’assurance directe traditionnelle, où il y a souvent un taux de déchet important : les pièces ne sont pas forcément envoyées dans un second temps, il peut y avoir de la fraude…
Nous allons bientôt dépasser les 1 000 clients et nous visons 8 000 à 9 000 clients d’ici la fin de l’année. En tant que start-up, ce qui importe aussi beaucoup pour nous, c’est le taux de croissance du volume d’affaires nouvelles mensuel, qui se situe actuellement aux alentours de 30 % par mois.
Comment votre offre se présente-t-elle techniquement ?
Un badge connecté est placé sur le tableau de bord du véhicule. Nous avons pris le contre-pied de ce qui se fait en assurance auto connectée où l’on utilise en général un boîtier intrusif et complexe car il faut le brancher sur le port diagnostic de la voiture, parfois difficile à trouver.
Notre petit badge autonome communique en bluetooth avec le smartphone. L’application Wilov embarque un algorithme qui déclenche des forfaits de 24 heures quand l’utilisateur conduit. À la fin du mois le client paye la somme du forfait de base et sa consommation.
Vous définissez-vous comme un courtier ?
Nous sommes courtier, immatriculé à l’Orias. Nous avons noué un partenariat avec Suravenir Assurances, filiale du Crédit Mutuel Arkéa, qui est porteur du risque et gère les sinistres. Wilov gère la relation client hors sinistres.
Quel est votre modèle économique ?
Nous prenons une commission sur les primes que nous encaissons. Le modèle consiste à tarifer à un prix qui reflète le risque du portefeuille sans rogner sur les garanties. Le modèle est vertueux car moins vous prenez votre voiture, moins vous avez d’accident – même si vous ne la prenez que pour de longs trajets. 65 % des accidents ont lieu à moins de 15 kilomètres du domicile, sur des trajets quotidiens où les gens sont en « autopilote ». Nous favorisons une utilisation de loisir dans laquelle le risque est moins élevé.
Quelle est l’équation pour l’assureur s’il y a ainsi moins de volume de primes ?
Le gain se fait en termes de ratio par rapport au risque pris. Avec beaucoup de primes mais un portefeuille très accidentologue, l’assureur s’y retrouvera potentiellement moins qu’avec Wilov, où l’on attend moins de primes mais moins d’accidents.
Le digital permet-il de s’orienter vers un modèle de prévention, en complément du modèle prime-remboursement ?
Nous entendons favoriser les bons comportements. Notre offre repose sur une application qui nous relie aux utilisateurs et nous pouvons donc potentiellement avoir une interaction avec nos clients à tout moment, quand ils prennent leur voiture tard un vendredi soir, ou un jour de tempête… Nous allons être capables de proposer de la prévention.
De plus, si vous vous sentez membres d’une communauté, vous avez un comportement plus vertueux. Nous animons une communauté de « wilovers » très active, notamment via les réseaux sociaux.
Nous constatons de fait un changement dans les comportements d’usage de nos clients. Notre système les incite à n’utiliser leur voiture que s’ils en ont vraiment besoin. Ils réfléchiront ainsi à deux fois avant de prendre leur voiture pour aller acheter une baguette si la boulangerie est à 300 mètres de chez eux, par exemple.
Quelle est votre utilisation de l’Intelligence artificielle ?
Nous faisons du machine learning pendant l’entretien en visio pour aider à la détection des champs sur les documents, mais nous en faisons surtout pour les évolutions futures de notre tarification. Nous développons en R&D de nouvelles techniques de tarification qui sortent de l’actuariat classique basé habituellement sur des statistiques : nous réfléchissons beaucoup à la manière d’intégrer l’apprentissage automatique à notre tarification, au fur et à mesure que notre historique de sinistralité et d’usages s’enrichira.
Pourquoi ne pas proposer du Pay As You Drive (au kilomètre) ou du Pay How You Drive (au comportement de conduite) ?
L’assurance Pay As You Drive est un marché spécifique, pour les gens qui ne conduisent que quelques milliers de kilomètres par an. Comme ceux-ci peuvent être par ailleurs de gros rouleurs en fréquence, nous pensons que le rendement risque sur primes collecté n’est pas forcément très attractif.
À court terme, nous ne sommes pas très favorables à l’assurance comportementale, car elle est assez intrusive ; à long terme, nous pensons que ce n’est peut-être pas un modèle pertinent si la voiture devient de plus en plus autonome.
Avez-vous d’autres projets liés aux évolutions des usages ? Les nouvelles mobilités ne vont-elles pas se développer au détriment de la propriété individuelle de la voiture ?
Nous voulons être à terme l’assurance de la mobilité, quelle qu’elle soit, à l’usage et au juste prix. Aujourd’hui, la législation impose d’assurer la voiture, pas le conducteur, donc il importe peu qu’il en soit propriétaire ou pas.
Certes, il y a de nouveaux usages comme ceux que proposent Uber ou Blablacar, mais il reste toujours une voiture à assurer. Un nouvel usage comme le covoiturage cible une population plutôt jeune qui ne se déplace pas en famille, avec des bagages… et qui très souvent finit par acheter une voiture vers la trentaine.
De plus, la voiture évolue, devient moins polluante et plus sexy. Elle va devenir un objet technologique à posséder. On peut comparer Tesla à Apple dans l’engouement que peut susciter la marque lors de la sortie d’un nouveau modèle.
Voudriez-vous devenir assureur vous-même ou rester courtier ?
Pour l’instant nous restons courtier : en matière de capital, Solvabilité 2 n’est pas très favorable aux sociétés d’assurance en forte croissance et, par le choix de nos partenaires porteurs de risque, nous pensons pouvoir offrir une expérience client excellente, sans pour autant devoir maîtriser l’intégralité de la chaîne de valeur.