Le concept d’open banking repose sur l’ouverture par les banques des données de leurs clients à des acteurs tiers ou à des développeurs d’applications via des interfaces de programmation applicative (Application Programming Interface - API). En informatique, une API joue le rôle de sas par lequel un logiciel va pouvoir offrir des services à d'autres logiciels. Il facilite notamment le partage d’informations de manière sécurisée, sans avoir à renseigner son identifiant et son mot de passe. Lorsqu’un site Web propose à ses visiteurs d’utiliser leur compte Facebook pour s’identifier sur leur site à l’aide de Facebook Connect, son « social login », c’est cette même technologie qui est utilisée.
Sur les cinq continents, les banques explorent le potentiel de ces API et, plus globalement, de l’open banking. Certaines le considèrent comme une opportunité d’être proactive en répondant aux attentes actuelles de leurs clients, d’accroître leurs parts de marché et de rester au centre de la relation avec leurs clients. Elles en profitent pour tester de nouveaux services ou améliorer l’expérience client.
Fidor Bank, un modèle de banque « plate-forme »
C’est le cas de la banque en ligne allemande Fidor Bank : en plaçant les API au centre de sa stratégie, elle imagine que la banque évoluera vers la « plateformisation » de ses activités, permettant ainsi aux clients de choisir via un app-store (magasin d’applications, ndlr) les services qu’ils souhaitent utiliser. Dans ce but, la banque a lancé ces derniers mois plusieurs produits et services à destination de ses clients. À travers la Fidor Smart Community, par exemple, les membres peuvent discuter entre eux ou avec des experts de différentes thématiques comme les produits financiers, leurs expériences clients ou les meilleurs taux d’intérêt du marché. Autre exemple de service lancé, le Bitcoin Express Trading. Il s’agit ici d’un partenariat avec Bitcoin Deutschland permettant d’acheter et de vendre en temps réel des bitcoins tout en profitant de la sécurité d’une transaction bancaire.
Aux États-Unis cette fois, BNY Mellon a révolutionné le marché en lançant Nexen, un écosystème complet de services financiers digitaux. Nexen fournit aux développeurs externes et aux FinTechs un accès direct aux solutions BNY Mellon et à ses données issues des différents canaux de communication afin qu’ils puissent créer leurs produits et services. Ceux-ci sont ensuite intégrés à l’offre de la banque via un app-store.
D’autres banques se contentent de se conformer à la réglementation, car elles perçoivent l’open banking comme une menace et – surtout – comme un risque potentiel de fragiliser voire de perdre la relation client.
L’open banking favorise l’émergence de nouveaux acteurs
En Europe, cette ouverture à de nouveaux acteurs est favorisée par la réglementation. La seconde version de la directive européenne sur les services de paiement (DSP2) comprend en effet une nouvelle règle qui favorise l'ouverture du marché bancaire à de nouveaux acteurs en donnant accès aux informations sur les comptes à travers des API et en permettant d’initier des virements depuis ces comptes.
Cette nouvelle réglementation devrait favoriser l’essor des agrégateurs comme Numbrs ou Bankin’, qui offrent une vision consolidée de l’épargne ou des prêts en cours ainsi que des opérations de gestion quotidiennes sur les différents comptes courants détenus par le client. Cela devrait avoir deux conséquences principales. En offrant un panorama global de la situation financière du client sans avoir à se connecter à de multiples sites ou applications bancaires et des services personnalisés (alertes, gestion de budget…), les banques seront de moins en moins le point de contact privilégié de leurs clients. Cela devrait également favoriser un accroissement de la pression commerciale sur les tarifs et sur les commissions aux apporteurs d’affaires car les agrégateurs auront tendance à rediriger leurs clients vers les offres de la banque la moins chère ou de celle qui leur octroie la commission la plus élevée. Dans cet esprit, l’application MaxMyInterest permet aux épargnants d’optimiser leur épargne en fonction des offres des différentes banques partenaires.
Les agrégateurs ne sont pas les seuls acteurs désireux de se positionner sur des services jusqu’ici principalement offerts par les banques. Les Fintechs le sont aussi, mais elles se démarquent par des services plus personnalisés en s’appuyant sur les données, les préférences, les comportements et l’historique des clients. En résultent des expériences digitales uniques. Les banques réagissent de différente manière à leur percée : si certaines choisissent de les acquérir pour intégrer leurs services innovants, d’autres agissent plutôt dans une logique de partenariats. Dans ce cas, les FinTechs conservent leur identité et restent maîtres de leur stratégie. Les néo-banques se positionnent également ainsi que d’autres acteurs non bancaires comme le géant Wal-Mart qui a obtenu une licence bancaire au Canada, la chaîne de supermarché Rema ou le site de e-commerce Komplett.no qui a lancé sa propre banque dès 2014 en Norvège.
Open banking : du modèle de plates-formes à celui de fournisseurs de services
Entre nouvelles réglementations et nouvelles attentes de leurs clients, les banques se situent à des degrés divers en ce qui concerne l’adoption de l’open banking. Ces différences de maturité et de choix stratégique de positionnement auront une conséquence sur les modèles vers lesquels les banques évolueront. Pour les banques qui choisissent par défaut de simplement répondre aux exigences réglementaires et si l’on se réfère à d’autres secteurs comme celui du voyage qui a vécu des bouleversements similaires en termes de business model, le risque de se voir désintermédier par des acteurs tiers ou par d’autres banques est certain : les acteurs du tourisme qui ne s’étaient pas préparés à ces bouleversements, ne développant aucune stratégie d’ouverture, sont devenus dépendants des agrégateurs et autres comparateurs de prix. À l’inverse, pour les banques qui iront au-delà de la mise en conformité aux évolutions de la réglementation et qui seront proactives tant en termes de technologie que d’organisation, la DSP2 présente une opportunité supplémentaire de capter de nouvelles parts de marché et de nouveaux revenus, et d’être plus et mieux intégrées dans la vie quotidienne de leurs clients, leur permettant par la même occasion de rester au centre de la relation.
Dans sa forme la plus extrême, pour ces banques, les services financiers deviendraient accessibles via une plate-forme qui regrouperait les principaux comptes du client ; des API standardisées leur permettraient d’acheter des produits et des services bancaires aussi facilement qu’une application à partir d’un app-store. Dans ce cas, les clients pourraient sélectionner les meilleures offres potentiellement offertes par des concurrents sans avoir à quitter leur banque historique. Cela devrait entraîner une réduction des marges pour les banques souhaitant apparaître en tête des classements. La concurrence devrait être plus forte. Le risque de désintermédiation par des agrégateurs, des spécialistes du courtage ou du crédit ou encore par des sociétés technologiques comme Apple, Google ou Amazon, capables d’offrir des interfaces plus attrayantes et offrant des services multiples, sera lui aussi important.
Pour minimiser ce risque, les banques ont l’option de développer une stratégie API explicite limitée à quelques activités spécifiques afin d’offrir à leurs clients des innovations venues de développeurs externes. En parallèle, cela peut permettre de générer des revenus supplémentaires via le paiement de commissions pour l’utilisation des API par les acteurs tiers. Cette stratégie est celle mise en place par des banques comme Santander qui collabore avec Ripple pour les virements internationaux et Kabbage pour les prêts aux PME.
Solaris Bank, un modèle de banque en « kit »
D’autres business model pourront également émerger. Certaines banques pourraient ainsi être tentées par le modèle de fournisseur d’infrastructure ou modèle de banque en « kit ». Dans ce cas, elles fourniraient des services de core banking (cœur de métier, ndlr) sous marque blanche à des acteurs tiers, tels que le KYC (know your customer ou connaissance client), la vérification de l’adresse, l’étude de prêts ou l’agrégation de comptes. Cette stratégie est proposée par l’allemande Solaris Bank. Celle-ci propose notamment aux FinTechs une solution pensée et développée dès l'origine pour être distribuée auprès de cette cible. Organisée autour de trois lignes principales (services de paiement, bancaires et complémentaires avec par exemple des outils de connaissance client ou de lutte anti-fraude), son offre est entièrement modulaire, permettant de la sorte à chaque client de sélectionner précisément les outils qui lui sont nécessaires. Une plateforme de e-commerce peut ainsi utiliser les services de Solaris Bank pour proposer le crédit consommation comme moyen de paiement.
Solaris Bank est la première à se consacrer entièrement et exclusivement à une approche de « Bank as a Service », permettant à ses clients – grâce à une stratégie 100 % technologique assumée – de disposer d'une solution à la demande, facile à implémenter (d'un point de vue informatique et réglementaire, en particulier) et ajustée à leurs besoins, dans la durée. C'est un marché entièrement nouveau qu'elle ouvre ainsi, d’autres verront certainement le jour dans les prochains mois.