Transition énergétique

Unifergie, une banque experte en projets mid cap

Le groupe Crédit Agricole a engagé l'ensemble de ses entités dans une démarche d'excellence dans le financement de la transition énergétique. Dans ce domaine, Unifergie contribue activement au développement de filières d'avenir telles que la biomasse et la méthanisation.

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Revue de l'article

Le financement de la transition énergétique est l’un des critères d’excellence du projet « groupe » du Crédit Agricole. Qu’est-ce que cela signifie ?

La réflexion sur l'économie de l'environnement n'est pas nouvelle pour nous, elle est engagée depuis une dizaine années. Pour nos clients, ce sujet prend une importance croissante. Dans notre projet de groupe, nous avons défini quatre grandes thématiques de société sur lesquelles nous souhaitons être une référence : la santé et le vieillissement, l’agriculture et l’agroalimentaire, le logement, l’économie de l’environnement.

Chacun de ces domaines d’excellence est piloté par un comité transverse aux différentes entités du groupe : caisses régionales et l’ensemble des filiales de Crédit Agricole SA, LCL inclus.

Comment cet engagement se traduit-il ?

Le Crédit Agricole dispose de nombreux atouts lui permettant de prendre part de façon soutenue et dynamique au financement de la transition énergétique dans l’ensemble du territoire. Avec plus de 2 milliards d’euros de financements des énergies renouvelables et plus de 2 100 MW installés au 31 décembre 2013, le Crédit Agricole a financé environ 30 % du parc photovoltaïque français, 25 % du parc éolien et 70 % des installations de méthanisation. Dans le cadre de la conférence bancaire sur la transition énergétique du 23 juin dernier, nous avons été amenés à élaborer un dossier présentant notre position de leader sur quatre marchés : nous avons contribué à 28 % des éco-PTZ qui ont été distribués en 2013 [1] ; notre part de marché sur les green bonds est de l'ordre de 15 %. Nous sommes sur ce marché les leaders mondiaux. Bien que ce soit un marché naissant, qui en soit encore au stade de l'innovation, nous sommes parvenus à faire venir sur ce marché les grands énergéticiens, avec des montants significatifs. Avec Amundi, nous sommes leaders de l'ISR, avec 40 % du marché français. Enfin, nous sommes un acteur référent dans le secteur des énergies renouvelables en France et dans le reste du monde, avec Crédit Agricole CIB. En France, notre part de marché – Caisses régionales et Unifergie – est estimée à 20 %.

Quelles sont les énergies renouvelables sur lesquelles mise le Crédit Agricole, en termes d'offres ?

Le développement de la biomasse intéresse beaucoup le Crédit Agricole. Il s’agit d’une filière régionale, locale, et qui doit le rester afin de ne pas déstructurer le marché ou de provoquer une augmentation des émissions de CO2 : en effet, pour transporter le bois jusqu’aux chaufferies, des camions sont utilisés. Notre rôle est d'accompagner le développement des acteurs de la filière, qui sont très en retard par rapport aux objectifs fixés pour 2020. Il ne s’agit pas uniquement de la chaufferie, mais du circuit logistique, du stockage, du profil du collecteur, et surtout, pour limiter les aléas prix, de la fiabilisation des approvisionnements dans le temps. La tentation qui consisterait à indexer le prix du bois sur celui du pétrole serait à mon sens une erreur : il n’y aurait plus, dans ces conditions, de prix réel, mais un prix d’opportunité.

Quelles actions menez-vous afin d'accompagner le développement de la filière biomasse ?

C’est très complexe : les contrats de long terme doivent être sécurisés – et rentables – sur le long terme. Il faut donc assurer une prévisibilité. Nous avons à cet effet constitué au sein du groupe un comité Forêts, chargé de mener une réflexion sur l’accompagnement des sociétés forestières, des coopératives, des industriels, des scieries, etc. pour nous permettre de préciser le type d’accompagnement et les offres commerciales associées. Nous essayons de regarder la filière dans sa globalité.

Existe-t-il d'autres filières sur le développement desquelles le Crédit Agricole est investi ?

Nous menons une démarche similaire sur la méthanisation. Notre part de marché, qui est de près de 70 %, tient à notre ancrage historique dans le monde agricole, mais également au choix qui a consisté à acquérir une réelle expertise dans ce domaine. Cette filière est naissante, et très industrielle. Elle n’a de renouvelable que le nom ; c’est dans les faits une filière industrielle, fondée sur le retraitement de déchets. L’énergie n’est qu’une conséquence du processus de retraitement.

Quelles sont les caractéristiques des projets que vous financez dans ce domaine ?

Il existe deux types de méthanisation : le premier concerne des projets de petite taille, destinés aux besoins propres des exploitations agricoles. Ils leur permettent de devenir autonomes dans leurs besoins énergétiques. Nous analysons ces projets sous deux angles :

  • un angle expert tout d’abord : l’ensemble du réseau a été formé à cette fin aux enjeux de la méthanisation, ainsi qu’aux grandes caractéristiques techniques d’un tel projet (charges d’exploitation, modèle économique, etc.) ;
  • et un angle plus corporate : nous nous intéressons à la solvabilité du client. Les responsables agriculture des caisses régionales réalisent des études, projet par projet, et se forgent une expertise sur les projets et leur développement.

La méthanisation collective rassemble des déchets du monde agricole et des déchets pour la plupart d’origine agroalimentaire. L’ingénierie financière requise pour construire un financement est complexe : pour la seule fixation du tarif EDF, il faut jongler avec un prix de base, ainsi que des compléments de prix en fonction de la nature des déchets traités, ou du rendement énergétique.

Avez-vous développé des outils spécifiques ?

Nous avons développé un outil de scoring pour aider à la prise de décision, formé les responsables, réalisé des kits de déploiement… Cet investissement commercial, massif, a pour objectif de matérialiser notre ambition d’être une banque experte.

Nous avons également créé de nouveaux modèles, incluant l’injection de biogaz dans le réseau, ce qui suppose une compréhension fine du processus de transformation du biogaz en biométhane. Il s'agit d’ingénierie à la fois technique, juridique et financière. Notre accompagnement dans ces projets représente plusieurs mois de travail avant de parvenir à un projet qui soit économiquement viable.

En deux ans, notre groupe a financé une petite centaine de projets. Il est encore trop tôt, la filière est trop jeune, pour que nous puissions nous appuyer sur des retours pour peaufiner encore davantage notre démarche. Dans l’attente, nous avons une volonté de faire, mais une prudence nécessaire.

Comment êtes-vous parvenus à financer des projets mid cap ?

Les entités BFI ont tendance à externaliser les expertises. Les projets de territoire comme les nôtres, entre 2 et 70 millions d’euros, ont ceci de spécifique que nous menons l’expertise et les audits en interne, pour des raisons de coûts. Cela permet de rendre ces financements accessibles à nos clients, et donc de développer une filière. Des sociétés comme Urbasolar ou Valeco n’existaient pas il y a dix ans. Aujourd’hui, la part de marché d’EDF dans les énergies renouvelables avoisine les 25 % ; les autres acteurs détiennent le reste. Cela signifie que nous avons réussi à promouvoir une filière française de PME-PMI. Nous souhaiterions qu'à l'avenir, avec les tarifs qui ne seront plus liés à une obligation  d'achat mais à un tarif vendu sur le marché avec un complément de prix, que ces acteurs ne disparaissent pas avec une forte diminution de la prédictibilité des projets.

En somme, vous préparez la déréglementation du marché ?

C'est exact. Nous avons tenté de sensibiliser les pouvoirs publics sur la question des projets mid cap et leur spécificité. Nous ne voudrions pas que seules les problématiques des grands énergéticiens soient prises en compte. Dans le cas de la méthanisation, cela signerait la fin des ETI et des projets des agriculteurs.

En quoi les réglementations liées à la transition énergétiques représentent-elles un frein à son financement, et donc à son développement ?

Dans le cadre de la conférence bancaire, nous avons émis un certain nombre d'alertes, notamment sur les variations des conditions de la réglementation, que nous considérons improductives pour le développement des énergies renouvelables.

Les réglementations suivent un mouvement de « stop and go » perpétuel. Le plus marquant d'entre eux a sans nul doute été le moratoire de 2010 sur le photovoltaïque [2], qui a provoqué un cataclysme dans la filière. Il est vrai que le tarif de départ était tellement avantageux que nombre d'opportunistes se sont positionnés sur le marché, motivés par l'effet d'aubaine. Nous avons eu de grandes difficultés pour cadrer le marché en appuyant le développement de professionnels compétents. Nous avons fait une revue des offres en cours pour garantir la finalisation des travaux. La masse de travail a été conséquente, mais notre portefeuille n'a pas souffert. Parallèlement, nous n'osions plus préfinancer de nouveaux projets, car nous ne savions pas s'ils auraient des tarifs.

Les réglementations sur l'éolien évoluent également très fréquemment. Les remises en cause sont peut-être de bon aloi, mais mettent à chaque fois les opérateurs en situation de rupture. Qui plus est, l'État a été mis en cause par Bruxelles, fin 2013, pour avoir omis de déclarer une aide d'État [3]. Pendant un certain temps, le secteur n'a pas pu être financé. Récemment, un nouveau recours sur le tarif a été transmis aux autorités européennes.

Considérez-vous que la loi sur la transition énergétique vient combler certains des manques actuels ?

Ce texte vient conforter ce qui est dit depuis plusieurs années.  Les acteurs auront-ils les moyens d'atteindre les objectifs fixés par la loi ? Ce n'est pas certain. Le fonds Chaleur sera-t-il réellement doté de 400 millions [4] ? Est ce que les 1 500 unités de méthanisation annoncées dans la loi seront construites d'ici 3 ans ? Sur la question de l'efficacité énergétique subsistent de réelles interrogations : en l’état, les projets ne sont pas suffisamment rentables pour que les financements soient en ligne avec les objectifs affichés. Nous sommes constants dans la volonté de la trajectoire, mais le « stop and go » réglementaire pourrait ralentir la réalisation des objectifs.

 

Propos recueillis par Annick Masounave

[1] 28 000 en 2013, l'objectif du gouvernement étant de parvenir à un total de 100 000 prêts par an.

[2] Moratoire : période de trois mois au cours de laquelle les obligations d’achat ont été suspendues en raison du risque de bulle spéculative.

[3] Saisi par des associations d’opposants à l’éolien, Bruxelles a considéré que le tarif de rachat de l’énergie par EDF était assimilable à une aide d’Etat.

[4] Le fonds Chaleur renouvelable de l’Ademe permet de subventionner les créations ou les extensions de réseaux de chaleur alimentés au moins pour partie par des énergies renouvelables. Actuellement doté de 220 millions d’euros, il devrait atteindre 400 millions d’euros en 2017.

 

Sommaire du dossier

Matières premières : le fonctionnement des marchés en question

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