Pourquoi avez-vous décidé d’utiliser le virement Sepa alors qu’il n’était pas obligatoire ?
Nous avons adopté ce moyen de paiement assez tôt, en mai 2008, cinq mois après sa création. Nous avons pris cette décision car nous avions très vite identifié des économies potentielles sur les transferts internationaux qui représentent 10 000 opérations par an pour EDF. Le passage d'un coût de transfert international vers le prix d'un virement domestique a rendu l’adoption du nouveau virement européen très attractive… d'autant que nous savions que les moyens de paiement Sepa allaient devenir obligatoires. Nous avons simplement devancé cette échéance. De plus, la mise en œuvre du SCT (« Sepa Credit Transfert », c’est-à-dire le virement, NDLR) était assez simple et peu coûteuse pour nous. Enfin, cet outil présente des avantages en termes de gestion de trésorerie.
Vous auriez pu utiliser l’ancêtre du SCT, qui permettait de transférer jusqu’à 50 000 euros…
Certes, le virement institué par le règlement 2560/2001 existait déjà, mais comme la plupart des entreprises européennes, nous n’avons jamais eu recours à cet outil qui est demeuré très marginal. À l’inverse, en adoptant le SCT, nous savons que nous mettons en œuvre une pratique qui va se généraliser à l'ensemble des virements et à toutes les entreprises européennes, puisqu’elle sera obligatoire.
Aujourd’hui ce moyen de paiement Sepa concerne tous nos virements vers des fournisseurs et des tiers, ce qui représente 2 millions d’opérations par an. Nous allons bientôt l’utiliser pour verser les salaires, au premier semestre 2011, et pour les remboursements clients (10 millions de transactions par an). Alors, notre mutation SCT sera achevée.
Pourquoi la mise en place du SCT a-t-elle été simple pour vous ?
Nous avions déjà une centrale de paiement qui nous permet de concentrer en son sein une grande partie de nos décaissements. Cette structure utilise une application qui, après des modifications mineures, nous a permis de rendre les données de paiements compatibles avec Sepa. Concrètement, les RIB sont convertis en BIC IBAN à partir des bases de données fournies par Swift et la centrale formate les SCT en utilisant XML. Ainsi, le SCT n’a pas eu d’impact en amont de la centrale. Nos applications de gestion, à l’origine des ordres de paiement, n’ont pas eu à être modifiées et peuvent s'adapter à leur rythme. De cette façon, le passage au SCT a représenté un investissement modeste : autour de 100 000 euros, lié à l'évolution de notre centrale de paiement (intégration de la base de données Swift, nouveau paramétrage et évolutions de l'applicatif, génération des nouveaux formats XML).
Comment cet investissement sera-t-il rentabilisé ?
D’abord les prix des virements hors de France et dans la zone Sepa ont baissé comme évoqué plus haut du fait de la transformation de virements internationaux en virements domestique y compris au niveau de la tarification bancaire. Ils sont passés de quelques euros à quelques centimes d’euros. Cette économie permet de rentabiliser en un temps très court les 100 000 euros que nous avons investis pour le passage au SCT.
D’autres gains sont attendus du SCT, mais ils sont plus difficilement quantifiables. Par exemple, il nous est plus facile d’étendre l’utilisation de cette centrale de paiement à nos filiales qui se trouvent hors de France et dans la zone Sepa. Ainsi, notre filiale belge pourrait bientôt y avoir recours. C’est donc de plus en plus souvent la trésorerie centrale qui, depuis un seul compte bancaire effectue les virements pour le compte des filiales du groupe.
Dans une telle organisation, qu’advient-il du cash pooling ?
Le recours au cash pooling devient moins nécessaire. En effet, la centrale de paiement, située au niveau de la maison mère, prend en charge un nombre croissant d’émissions de paiements. Cela accroît le montant de cash pouvant être centralisé en ce point unique et donc géré au mieux. Les filiales à la place desquelles nous effectuons ces opérations ayant moins besoin de liquidités localement, le cash pooling est moins utilisé.
Cette évolution de notre organisation nous permet d’optimiser la gestion de notre trésorerie puisque nous allons plus loin dans la centralisation du cash. Cette progression a commencé bien avant l’arrivée du SCT, mais ce dernier la facilite.
Votre expérience laisse penser que l’adoption des moyens de paiements Sepa va inciter les entreprises qui n’en sont pas encore dotées, à mettre en place une centrale de paiement…
Oui, Sepa pourrait bien favoriser l’émergence de centrales de paiement qui permettent de rationaliser les flux de trésorerie. Toutefois, seules les entreprises d’une certaine taille génèrent des flux suffisants pour trouver un intérêt à cette évolution.
Avec cette centrale de paiement, la maison-mère d’EDF joue, d’une certaine façon, le rôle de banque interne dans le groupe. Vous pourriez facilement devenir établissement de paiement (ou prestataire de service de paiement) et vendre ce service à des entreprises externes au groupe…
Une telle évolution est envisageable, mais cela impliquerait pour la trésorerie centrale d’EDF de développer un nouveau métier dont nous ne voyons pas encore bien l'intérêt. Une telle évolution n’est pas à l’ordre du jour.
Du point de vue réglementaire, qu’attendez-vous pour le SCT ?
La zone de 140 caractères réservée au libellé de chaque opération n’est pas encore utilisée de façon optimale car son contenu n’est toujours pas normé. Les réflexions lancées au niveau européen sur une telle normalisation sont, semble-t-il, au point mort.
Et concernant la zone End to End Identification, quel est son intérêt ?
Renseignée par l'émetteur du virement avec des informations lui permettant de retrouver facilement l'opération d'origine, elle permet, en cas de rejet d’un virement, de traiter l’incident de façon automatisée. Cette innovation Sepa permet de gagner en fluidité des procédures et de libérer de la place dans la zone libellée pour correctement renseigner le bénéficiaire du virement.
Le prélèvement Sepa, c’est-à-dire le SDD (Sepa Direct Debit), est-il à vos yeux aussi intéressant que le SCT ?
Contrairement au SCT, le prélèvement Sepa induit des modifications organisationnelles très fortes car la gestion du mandat doit être assurée par le créancier. En effet, alors que la banque du débiteur effectue traditionnellement l’archivage du document qui prouve que le client a bien accordé une autorisation de prélèvement, ce travail doit être assuré, dans un environnement Sepa, par le créancier (c’est-à-dire le bénéficiaire de la transaction). Cette gestion constituera une charge importante pour EDF dont 75 % des clients sont prélevés. Mais le principal problème réside dans le niveau d’authentification du mandat exigé par l’EPC (« European Payment Council »). Ce dernier demande en effet une authentification forte qui, aujourd'hui, ne peut être obtenue qu'à partir d'un document papier signé de façon manuscrite. Or, aujourd’hui, nous recueillons ces inscriptions au prélèvement par téléphone. Et lorsque nous envoyons la demande d’autorisation correspondante par courrier, le taux de retour est très faible, de l’ordre de 5 %. Ce qui signifie que si, à l’avenir, seules les autorisations recueillies sur papier peuvent être utilisées, alors le taux de nos clients prélevés baissera considérablement. L'alternative imaginée par l'EPC pour dématérialiser l'authentification de l'autorisation de prélèvement (e-mandate) pourrait nous convenir si la solution n'était pas optionnelle pour les banques de débiteurs et si les spécifications étaient stabilisées, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Si le nombre de clients prélevés baissait, quelles seraient les conséquences pour votre trésorerie ?
Les prélèvements seraient remplacés par d’autres moyens de paiements, y compris le chèque. Ces règlements sont moins intéressants que les prélèvements car ils n’interviennent pas à une date prédéfinie, de plus ils nécessitent bien souvent des relances. Cela impliquerait une détérioration de nos conditions d’encaissement, donc une détérioration du besoin en fond de roulement et nos prévisions de trésoreries seraient moins fiables.
Ces appréhensions ne sont-elles pas partagées par d’autres entreprises qui pratiquent le prélèvement, comme Canal +, SFR ou France Télécom, mais aussi par les administrations ?
En effet, de nombreux acteurs sont concernés et font valoir leur point de vue. Nous espérons donc que l’EPC renoncera à exiger l'authentification forte du débiteur qui impose le document papier comme unique preuve et acceptera les autorisations recueillies par Internet comme cela est possible bien souvent dans le commerce en ligne.
Les banques ont aussi tout intérêt à nous appuyer si elles ne veulent pas voir le nombre de paiements par chèque augmenter.
Les prélèvements Sepa pourront être contestés pendant 13 mois par le client ; quelles seront les conséquences pour votre trésorerie ?
Jusqu’à l’application de la Directive sur les services de paiement, la contestation d’un prélèvement n’est possible que pendant deux mois et dans un nombre limité de cas prévus par la réglementation. L’allongement de cette durée introduit une incertitude sur notre chiffre d’affaires. Des provisions devront sans doute être constituées au niveau comptable, ce qui ne va pas dans le bon sens pour nous.
Que va-t-il advenir du TIP et du téléréglement ?
Nous ne savons toujours pas s’ils seront assimilés à des SDD. Pour l’AFTE, le TIP est un SDD one off, c’est-à-dire un prélèvement unique. S’il est finalement considéré comme tel, nous devrons nous battre sur les dates de valeurs car le TIP est encaissé à J+1 alors que la règle du J+5 prévaut pour le SDD one off. Nous n’abandonnerons pas quatre jours de trésorerie.
En l’état actuel des règles du prélèvement Sepa, quel serait son impact chiffré sur EDF si vous l’utilisiez ?
La mise en œuvre du SDD et surtout l'impact sur les applications informatiques coûteraient entre un million et demi et deux millions, mais si le taux de nos clients prélevés baissait massivement au profit d'autres moyens de paiement, l’impact négatif sur la trésorerie et sur le BFR nous ferait perdre des centaines de millions d’euros.