Cet article appartient au dossier : Assurance, ENASS Papers 10.

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La Russie, impossible eldorado de l’assurance aux portes de l’Europe ?

Depuis 2013, le marché russe de l’assurance, sous-dimensionné à l’échelle du pays, est entré dans une ère d’instabilité. Il pâtit de la crise, mais la qualité de la régulation et des contrôles s'est améliorée. État des lieux.

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  • 3. Taux de croissance de l’assurance vie en terme de primes collectées ces cinq dernières années

    3. Taux de croissance de l’assurance vie en terme de primes collectées ces cinq dernières années

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Banque & Stratégie n°341

ENASS Papers 10

Au début de cette décennie, le dynamisme de la Russie convainquait les acteurs mondiaux de l’assurance de s’y presser. Membre des BRICs, la Russie restaurait en effet sa position de puissance en s’appuyant sur d’abondantes ressources naturelles. Disposant d’une population de près de 150 millions d’habitants, le marché de l’assurance n’y représentait qu’un dixième du marché français et le potentiel paraissait gigantesque.

Pourtant, depuis 2 ans, le ralentissement de la croissance puis la récession économique ont eu un effet négatif sur le marché russe de l’assurance, dont l’impact est chiffré à - 6 % en 2015 (- 27 % pour l’assurance vie). Les sanctions européennes et les perspectives du marché des matières premières rendent l’avenir incertain. Des leaders tels que Munich Re cessent leurs opérations dans le pays.

La baisse des salaires réels (jusqu’à -10 % en 2015 selon les autorités) qui est liée à la dépréciation du rouble, pèse sur le pouvoir d’achat et entraîne une diminution des prêts à la consommation. De ce fait, le marché automobile, crucial pour le marché russe de l’assurance, est déprimé (chute d’un tiers au premier semestre 2015 par rapport à la même période en 2014) et a perdu son rôle de produit phare.

Les avancées réglementaires permettent de tempérer ce pessimisme. En 2013, le régulateur de l’assurance a été intégré à la Banque centrale de Russie qui est devenue l’unique régulateur pour les banques comme pour les assurances. Ce régulateur polyvalent se montre actif ; il est reconnu par les acteurs domestiques pour son professionnalisme. Grâce à l’introduction de nouvelles réglementations, le secteur des assurances fait face à la crise économique de façon relativement efficace en Russie.

Un peu d’histoire

Les premières formes de mutualisation et d’assurance en Russie remontent au milieu du XVIe siècle, sous le règne du Tsar Ivan le Terrible. À cette époque, les Tatars opéraient des raids pour capturer les paysans qu’ils revendaient comme esclaves (en Crimée, à Kazan comme à Astrakhan), ou les notables, dont ils rançonnaient les familles. L’Église russe a décidé de les délivrer de leur servitude en créant un fonds public destiné à racheter les captifs. Les autorités ont instauré une taxe dans le pays pour financer ce fonds et garantir des réserves en cas d’enlèvement. Comme tous les habitants étaient susceptibles d’être enlevés, ils versaient volontiers des fonds pour assurer leur libération en cas de malheur.

En 1827, la première compagnie d’assurance de Russie a été fondée pour couvrir des risques d’incendie. À la fin du XIXe siècle, des compagnies d’assurance vie et dommages ont vu le jour.

Sous le régime soviétique, l’État a créé un monopole de l’assurance à travers deux compagnies publiques, Gosstrakh et Ingostrakh. Gosstrakh deviendra plus tard Rosgosstrakh, la plus grande compagnie d’assurance russe aujourd’hui. Gosstrakh était présente dans les Républiques Soviétiques dont l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan. Le fonctionnement de la compagnie était perçu par la population comme une forme de taxe plus qu’une assurance. Dans les faits, seule Ingosstrakh fonctionnait réellement comme une compagnie d’assurance. Fondée en 1947, elle avait une dimension internationale et assurait les flottes maritimes, l’aviation, les transports et l’incendie…

À la chute de l’URSS, entre 1992 et les années 2000, le marché a été privatisé et de nombreuses compagnies de « pseudo-assurance » ont vu le jour afin d’exploiter certaines lacunes du droit fiscal qui permettaient de réduire la charge imposable et de mettre en place des schémas d’optimisation fiscale. Grâce à la création d’un régulateur actif qui a développé des contrôles plus stricts, ce type de compagnies tend aujourd’hui à disparaître.

Un marché actuel de taille modeste aux performances variées

Au cours des 10 dernières années, exception faite de l’année 2009, le marché a été en croissance constante en termes de primes collectées (en roubles) (voir Graphique 1).

Exprimé en euros, le marché est en perte de chiffre d’affaires depuis le début de 2014 en raison des effets de change (le rouble ayant perdu près de la moitié de sa valeur face aux devises internationales de référence en 2 ans).

Le marché global de l’assurance russe, vie et non-vie, se situe entre 15 et 20 milliards d’euros (en fonction des variations de taux de change), soit l’équivalent du marché polonais. Le secteur de l’assurance demeure sous-dimensionné à l’échelle du pays et en proportion des primes collectées par rapport au PIB (moins de 1,5 %, soit le tiers des économies les plus matures des pays de l’Est). Trois raisons expliquent ce constat : une faible culture de gestion des risques, un manque de confiance des agents envers le secteur financier et une faible pénétration de l’assurance vie. Le marché russe est dominé par les primes liées aux contrats d’assurance volontaire (obligatoire ?) qui représentent 82 % des primes totales du secteur. L’assurance automobile est la plus répandue et est à l’origine d’un tiers des primes (voir Graphique 2).

L’assurance non-vie

Assurance de particuliers

Sergey Khudyakov, directeur général adjoint d’Allianz Russie, note que l’assurance automobile a été le produit le plus vendu du marché pendant de longues années. Avec un total de 35 % des primes collectées, il se compose des assurances OSAGO – assurance obligatoire de responsabilité civile pour les propriétaires de véhicules – et CASCO – assurance volontaire couvrant les dommages du propriétaire de la voiture. Depuis environ deux ans, la chute des ventes de voitures neuves entraîne une réduction du nombre de contrats conclus à l’occasion de la souscription d’un crédit. De plus, l’inflation consécutive à la chute du rouble touche particulièrement les pièces détachées automobiles pour les véhicules importés. Ceci entraîne un coût plus élevé des sinistres. Une augmentation de 23 % des tarifs de l’assurance auto a été réalisée en 2014, puis de 40 % en avril 2015. D’autres facteurs d’aggravation des coûts, comme la fraude (représentée par l’escroquerie « crash for cash ») et l’incertitude des procédures contentieuses, contribuent au faible niveau de profitabilité de cette branche, aussi certaines compagnies ont décidé d’y réduire leur présence.

L’assurance Dommages aux biens représente 21 % du marché (voir Graphique 2). Ce secteur produit désormais une meilleure rentabilité que l’automobile et les acteurs tels qu’Allianz s’y développent.

Contrairement aux pays d’Europe occidentale, l’assurance RC (4 %) ne s’est guère développée, parce qu’elle n’est pas considérée comme une assurance fondamentale. En Europe, si un individu tombe dans la rue du fait du verglas accumulé devant un immeuble, la responsabilité civile du propriétaire de l’immeuble est engagée ; sur le territoire russe, cette mise en cause de responsabilité n’existe pas.

Il existe en revanche un produit inconnu en France : l’assurance sur les titres de propriété. En Russie, les contestations de titres de propriété sont fréquentes et l’absence de protection juridique dans cette situation a entraîné la nécessité de se protéger des pertes financières éventuelles. En effet, les successions de propriétaires depuis la fin de l’époque soviétique n’ont pas été bien répertoriées et mises en conformité avec la réglementation : de nombreux propriétaires légitimes se sont vus confisquer leurs biens qui peuvent être contestés jusqu’à trois ans après l’achat. Le montant assuré correspond à la valeur du bien à l’acquisition.

Assurance d’entreprises

L’assurance Dommage aux biens pour les entreprises est développée essentiellement auprès des grands comptes, pour l’essentiel les grandes compagnies russes de gaz et de pétrole ainsi que les groupes internationaux implantés en Russie. Actuellement, ce type d’assurance a un faible taux de pénétration auprès des PME.

Gunter Geisler, directeur général adjoint d’Axa Reso-Garantia, indique qu’en Europe occidentale, assurer les PME est structurellement plus rentable qu’assurer les grands groupes. Ceci s’explique par une standardisation des produits d’assurance. Sur le marché russe, au contraire, les primes sont nettement plus conséquentes auprès des grands comptes. Vendre des assurances Dommages aux biens aux PME s’avère parfois fastidieux, car celles-ci n’estiment généralement pas en avoir besoin (elles n’ont pas d’obligation d’assurance). En outre, à l’inverse de l’Europe occidentale, les PME russes souscrivent peu de crédits (en raison d’une faible visibilité de leurs activités). Les banques leur imposent donc rarement des garanties de remboursement. Enfin, lors de sinistres, il est souvent difficile aux PME russes d’établir ou de justifier le montant des pertes sur les biens.

L’assurance Transport de fonds est une autre spécificité du marché russe. Partout dans le monde, le transfert de fonds est sous-traité à une compagnie. En Russie, chaque banque doit transporter ses fonds elle-même et a besoin d’une assurance pour couvrir ce transport.

Assurance de personnes

Assurance individuelle

Le marché de l’assurance vie est peu développé et repose historiquement sur les assurances liées aux prêts à la consommation. Aujourd’hui, ce marché tend à se reconvertir vers les produits d’assurance épargne (placements) (voir Graphique 3).

Jusqu’à 2013, le marché de l’assurance vie était dominé par les assurances liées aux crédits automobiles, immobilier et consommation. Avec ces types de crédit, les établissements bancaires proposaient des contrats d’assurance pour protéger les souscripteurs de crédit contre le décès, la perte d’emploi ou les incapacités de travail, afin de rembourser le prêt à leur place. La présence de nombreuses filiales bancaires est une particularité du marché russe : 71 % des primes ont été enregistrées dans les banques. Dans les dix premiers acteurs du marché, on compte Sberbank, Raiffeisen et Alfa. En Russie, le marché de la bancassurance est développé car il a démarré avec les assurances liées au crédit bancaire, explique Arnaud de la Hosseraye, directeur général de Société Générale Life Insurance. L’assurance crédit traditionnelle sur ce marché s’essouffle, et depuis 2012 celui-ci est tiré par les produits d’assurance épargne qui offrent une performance liée aux indices du marché et à la garantie en capital.

Selon Pavel Ozerov, directeur marketing d’Allianz Russie, l’assurance vie constitue un bon relais de développement. Actuellement, seulement 2 % de la population russe est assurée en vie. En comparaison avec des pays où l’économie est mature comme les États-Unis, où 75-80 % de la population dispose d’une assurance vie, la Russie est donc un marché potentiellement dynamique. Ce faible taux de pénétration du marché s’explique essentiellement par la peur de la population à placer son épargne depuis les krachs bancaires et monétaires de 1998. Cette année-là, la devise russe avait perdu 72 % de sa valeur, chute associée à une inflation massive de 38 %. Les dépôts en roubles des particuliers avaient baissé de 152 à 125 milliards de roubles, soit une diminution de 45 % en termes réels en tenant compte de la dévaluation de la devise. Certaines banques avaient fait faillite malgré l’aide de l’État, comme ABS Agro, ruinant des millions de petits épargnants.

Pavel Ozerov estime que la situation changera lorsque les épargnants actuels toucheront leurs premières rentes. La confiance reviendra et les facteurs culturels joueront : au temps du régime soviétique, l’assurance vie était populaire et très répandue.

Assurance collective

L’assurance collective est le deuxième segment le plus important du marché de l’assurance russe, à l’origine de 14 % des primes. Elle est souscrite par les entreprises dans le cadre de programmes de protection des salariés. Elle fournit une complémentaire santé nécessaire pour les salariés et leur famille car le programme médical obligatoire de l’État est perçu comme de mauvaise qualité. À l’exception d’Allianz et Marsh, peu d’acteurs étrangers opèrent dans ce domaine. Les assureurs positionnés sur ce segment font régulièrement face à une augmentation des coûts médicaux, comme aujourd’hui, du fait de la hausse du prix des médicaments importés et de l’équipement médical.

Les acteurs du marché

Les compagnies

Même si le marché de l’assurance est dominé par des compagnies privées russes, les assureurs étrangers, dont des français, y jouent un rôle significatif, notamment dans la bancassurance avec Société Générale Insurance et Cardif, filiale de BNP Paribas. Le réassureur Scor, initialement présent via un bureau de représentation depuis 1998, a également créé une filiale en 2009 pour y développer ses activités de réassurance vie et non-vie.

Les leaders du marché, en termes de primes collectées, sont par ordre décroissant (voir Graphique 4) : Rosgosstrakh (héritier du monopole en place sous l’Union Soviétique) avec 12,7 % de parts de marché, puis Sogaz (lié à Bank Rossia et Gazprombank – sous sanctions internationales) en seconde position. Sogaz possède dans son portefeuille toutes les grandes compagnies pétrolières et gazières (dont Gazprom), car il est lié aux banques d’État. Ingosstrakh (assurance des risques internationaux à l’époque soviétique) arrive en troisième position, suivie de près par Reso-Garantia (dont Axa détient 36,7 %). Viennent ensuite respectivement Alfa Assurance, VTB Assurance, VSK, Soglasie, Sberbank Assurance Vie et Allianz (3 % de part de marché).

Les compagnies russes sont pour la plupart réassurées par des compagnies d’Europe occidentale. En effet, précise Anastasia Terekhina, Audit Manager Insurance Department au sein du Groupe Mazars, la couverture des compagnies russes en réassurance est solide car toutes celles qui assurent des risques importants, tels que l’assurance transport ou aviation, sont réassurées par les compagnies internationales. Les compagnies russes préfèrent travailler avec des acteurs internationaux, même si elles doivent payer davantage de commissions et de primes. À titre d’exemple, le leader Rossgosstrakh (RGS) est réassuré sur une partie de ses risques par Allianz. La compagnie allemande est à ce jour la seule compagnie étrangère à figurer dans le top 10 des plus grands acteurs du marché russe. Implantée depuis environ 25 ans, on peut considérer Allianz comme pionnière sur le marché. Elle a racheté en 2002 Rosno, compagnie russe qui disposait d’un riche portefeuille d’assurance santé, automobile et habitation et peu après, a fait l’acquisition de Progress-Garant, compagnie qui était présente sur les risques entreprises et particuliers. Aujourd’hui, Allianz s’est retirée du marché des particuliers pour conserver uniquement le marché de l’assurance entreprise, à savoir l’assurance de biens et l’assurance médicale des employés.

Citons également Reso-Garantia, pour lequel Axa a déboursé 810 millions d’euros en 2008 afin d’en acquérir 36,7 %. Cette transaction est à ce jour la plus importante réalisée par un assureur étranger en Russie. La société est présente sur l’ensemble des métiers de l’assurance et possède l’une des couvertures régionales les plus importantes avec près de 760 points de vente. L’opération a permis à Axa de se positionner comme un des leaders du marché russe. Gunter Geisler, directeur général adjoint d’Axa Reso-Garantia, précise que le groupe possède un portefeuille de clients diversifiés, russes et internationaux, et propose des assurances essentiellement pour les particuliers mais aussi les entreprises de secteurs variés en coopération avec AXA.

Société Générale Insurance, filiale de la banque française, se positionne en 7e place sur le segment de l’assurance vie. Les produits Société Générale Insurance sont distribués à travers trois établissements bancaires nationaux : Rosbank (banque universelle), Rusfinance (spécialisée dans le crédit auto) et Delta Credit (établissement bancaire spécialisé dans le crédit hypothécaire pour les particuliers qui souhaitent acquérir un bien immobilier).

La distribution et le rôle du courtage

La bancassurance est très développée en Russie. 71 % des produits d’assurances de personnes sont distribués via les filiales bancaires. Les leaders du marché possèdent des agences sur tout le territoire russe. Axa Reso-Garantia, par exemple, est représenté par 19 000 agents d’assurance en Russie et les régions apportent 31 % des primes collectées.

Le secteur du courtage est peu développé mais il croît rapidement. Il représente seulement 4 % du marché global. Si, en Europe occidentale, le courtage fonctionne comme un canal de distribution, le rôle des courtiers en Russie est majeur dans la réassurance. Le plus grand courtier mondial, Marsh, est également leader en Russie. Présent depuis dix ans sur le marché russe, Marsh propose tous les types d’assurance. Il s’est implanté avec les assurances aviation, spatiale, marine, et l’assurance d’institution financière. Actuellement, la plus grosse part de ses revenus provient de l’assurance collective (28 %). Le portefeuille de Marsh est composé pour 50 % de clients internationaux, couverts par Marsh dans tous les pays où ils sont présents et pour l’autre moitié de compagnies d’assurance que Marsh réassure. Willis, second courtier mondial, détient Sogaz, la compagnie de gaz russe, dans son portefeuille. Vient ensuite un courtier local, Malakut, spécialisé dans l’aviation et qui tire la majeure partie de ses revenus de l’assurance santé. AON, le second acteur mondial, se positionne en 4e position sur le territoire russe.

Vers un assainissement de la situation des acteurs

Depuis 2013, le marché russe de l’assurance est entré dans une ère d’instabilité avec quelques faillites retentissantes et la sortie de certains assureurs étrangers, en partie ou en totalité. Munich Re a cessé ses opérations en Russie début juillet 2015 et servira ses clients russes désormais directement d’Allemagne. Allianz s’est retiré du marché de l’assurance automobile et ne couvre plus les particuliers.

Le nombre de compagnies d’assurance en activité en Russie s’élevait à 393 fin 2014. En dépit du grand nombre d’acteurs, le marché est concentré sur les 20 plus importants assureurs qui comptent pour 73 % (pour les 9 premiers mois de 2014).

Réglementation et contrôle

La qualité de la régulation et des contrôles s’est fortement améliorée

La crise a un effet direct sur le changement de régulateur. Depuis le 1er septembre 2013, le régulateur assurance a été intégré à la Banque centrale qui est devenue le seul régulateur pour les banques et les assurances. Après une période de latence de deux ans, explique Arnaud de la Hosseraye (Société Générale Life Insurance), ce régulateur a gagné en professionnalisme avec des objectifs solides de sécurisation et de standardisation du marché. L’objectif est de s’assurer de la situation financière des assureurs et de la manière dont ils remplissent leurs obligations en matière d’investissement et de niveau des réserves. Il retire des licences aux compagnies estimées non viables, pour défaut de provision ou d’actifs dans leurs portefeuilles. Ainsi, la solvabilité des assureurs fait l’objet d’une vigilance accrue. Parmi les travaux engagés par le régulateur, on note la mise en place d’actuaires indépendants dans les « entités ». Ils établissent un rapport actuariel une fois par an, et s’engagent sur l’adéquation d’un certain nombre de paramètres dont les provisions et les actifs. Ces changements n’ont pas l’envergure de Solvabilité 2 mais une première étape est franchie. En effet, souligne Anastasia Terekhina, analyste chez Mazars Russie : « Nous n’avons pas les mêmes méthodologies qu’en Europe occidentale. Par exemple, un outil comme l’ORSA est mis en place uniquement s’il est requis par le groupe, donc uniquement s’il s’agit d’une compagnie ou banque européenne. C’est d’ailleurs un des challenges que doivent relever les compagnies d’Europe occidentale. Elles ont l’obligation de respecter à la fois les réglementations russes et européennes et identifier les différences entre les deux pour compenser les écarts. En Russie, nous commençons à introduire des directives proches des normes internationales mais nous restons loin derrière. Cependant, nous avons noté au cours des dernières années, lors d’audit de compagnies d’assurance, que ces dernières sont de plus en plus préoccupées par les exigences locales en matière de ratios de solvabilité et de qualité des actifs, exigences qui se développent assez rapidement compte tenu de la nouvelle réglementation de l'ensemble des institutions financières. Les principales difficultés rencontrées tiennent aux changements et mises à jour constantes de la réglementation (introduction d’une fonction d’audit interne obligatoire ; règles et délais de reporting plus stricts). Les auditeurs doivent se tenir informés des constants changements en plus, bien sûr, de la partie clé de leur travail d’audit : contrôler attentivement la solvabilité et la conformité des ratios de solvabilité. »

Cadre législatif

Le service fédéral des marchés financiers, ФСФР en russe, réglemente le marché de l’assurance. Nadezda Kirillova, titulaire de la chaire d’assurance à l’Université des Finances de la Fédération de Russie, explique que la réglementation s’est développée à partir de 1992. La loi « sur l’organisation du commerce de l’assurance dans la Fédération de Russie » est entrée en vigueur le 12 janvier 1993. Cette loi définit les conditions qui doivent être remplies pour développer une activité d’assurance sur le territoire russe. Avant que la ФСФР puisse accorder une licence pour opérer sur le marché de l’assurance, elle doit s’assurer que la compagnie est bien une entité juridique enregistrée dans la Fédération de Russie et installée sur le territoire russe. S’il s’agit d’une compagnie étrangère, des conditions spécifiques sont requises pour vendre des produits d’assurance, et en général, elles fonctionnent essentiellement comme réassureurs des compagnies d’assurance russe.

La loi sur « la protection des droits des consommateurs » est entrée en vigueur pour le marché de l’assurance le 28 juin 2012. Auparavant, elle n’était pas applicable pour ce marché et de nombreux assurés n’étaient finalement jamais indemnisés par leur assurance lors de la survenance d’un sinistre. Depuis l’entrée en vigueur de la loi, les compagnies qui procédaient ainsi payent désormais les indemnisations car l’amende mise à leur charge correspond à 50 % de l’indemnisation non réglée : pour 1 000 euros d’indemnisation initiale, la compagnie défaillante devra payer finalement 1 500 euros. Cette loi a pourtant un effet néfaste pour les assureurs car le tribunal prend rarement en compte les clauses d’exclusion et protège l’assuré contre l’assureur, quelle que soit la situation. Ainsi, même un homme en état d’ivresse ayant eu un accident d’auto peut gagner un procès contre l’assureur. Il lui suffit de prouver qu’il payait une assurance et le tribunal considère que la compagnie doit l’indemniser.

Conclusion

Le marché de l’assurance en Russie fait face à la crise. Vladimir Kryuchkov, Senior Vice President de Marsh Russie, souligne le fait que dans les années 2000, la finance s’est développée de façon exponentielle sans développer pour autant le risk management, jusqu’à être rattrapée par l’économie réelle lors de la crise de 2008. Depuis, le risk management s’est déployé à travers les sphères de l’économie. Les décisions stratégiques ou d’investissement ne se font plus sans analyse sérieuse et prospective. Le professionnalisme du régulateur a contribué aussi à assainir le monde de l’assurance russe. L’avènement d’une classe moyenne, lorsque la croissance sera revenue, tirera la croissance du marché.

 

 

 

Sources Internet

International Group of Rating Agency : http://rapsinews.com/legislation_news/20150713/274122168.html

Agence des Informations de l’Assurance : www.asn-news.ru

Banque Centrale russe : http://www.cbr.ru/finmarkets/?PrtId=sv_insurance (Central Bank)

Russian Legal Information Agency http://www.raexpert.ru/researches/

Site des statistiques russes « L’assurance aujourd’hui » :http://www.insur-info.ru/statistics/analytics/ -

Cie Ingosstrakh : http://www.ingos.ru/ru/company/company-history/

Site de la législation de l’assurance : International Comparative Legal Guide : http://www.iclg.co.uk/practice-areas/

 

Rapports et publications

Rapport de l’agence de notation Fitch sur l’assurance russe 2015.

Publication des Services économiques : le marché russe de l’assurance janvier 2015, Tatiana Evdokimova.

Insurance in the Russian Federation : compilation of statistics 2014, ARIA (All-Russian Union of Insurer Association).

 

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