Cet article appartient au dossier : Assurance, ENASS papers 20.

Système de retraite

Retraite supplémentaire par capitalisation : un enjeu stratégique pour les assureurs ?

À l’heure où la retraite par répartition montre ses limites, la retraite par capitalisation est destinée à se renforcer, ce qui constitue une opportunité pour les assureurs, très actifs dans ce domaine. La réforme complète des retraites – par le biais de la création du régime universel – offre à la capitalisation des perspectives de croissance mais devrait également entraîner une redistribution des parts de marché entre les acteurs. Un système de retraite fondé à la fois sur la capitalisation et la répartition permet de mieux répartir les risques et d’éviter l’appauvrissement des retraités.

La retraite par capitalisation est destinée à se renforcer

L'auteur

  • ARIB Julien
    • Technico-commercial Retraite Collective Grands Comptes
      SwissLife France
    • Master Enass 2020

Pour en savoir plus

image
  • graph ratio

    graph ratio

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°396

ENASS PAPERS 20

Le système de retraite français tel qu’il a été fondé en 1945, ne correspond plus aux besoins de la société du XXIe siècle. Le rapport qu’entretiennent les actifs avec le travail, les carrières de plus en plus fragmentées ou encore les changements de statut entre salariat et indépendance, viennent redessiner la société salariale. À ces transformations s’ajoute une contrainte démographique qui pèse lourdement sur un régime par répartition : le vieillissement accéléré de la société et le déséquilibre des régimes de retraites. Les Français ont un attachement très fort à la répartition car c’est un système qui manifeste la solidarité intergénérationnelle où les actifs cotisent pour les pensions des retraités. Malgré sa position historique dans le paysage de protection sociale français, le système par répartition se trouve depuis plus de vingt ans mis en question. Plus la société se rapproche de la période où les « baby-boomers » seront tous sortis de la vie active, plus l’inquiétude devant les coûts budgétaires d’un rapport démographique durablement déséquilibré grandit. La dégradation du rapport actifs-retraités est complexe à résoudre car elle impacte les niveaux de vie, les modes de vie, et les cycles de vie. En dépit des ajustements effectués par les gouvernements successifs par le biais de réformes paramétriques (âge de départ, niveau de cotisations, montant de prestations), l’équilibre n’y est pas.

L’entrée dans cette société nouvelle remet en question la conformité du système créée en 1945 avec les besoins de la société d’aujourd’hui. Pour la première fois, des réformes vont concerner les trois niveaux de retraite en France : la retraite de base va devenir un régime universel, pour tous les salariés et indépendants, la retraite complémentaire procède à la fusion des caisses du secteur privé l’AGIRC et l’ARRCO au 1er janvier 2019, la retraite supplémentaire est plus ou moins modifiée par la loi Pacte. Un objectif commun lie ces trois réformes : la volonté de modifier en profondeur un système de retraite par répartition, désormais perçu comme inégalitaire et financièrement insoutenable, et inciter les ménages les plus aisés à investir leur épargne dans des produits de retraite par capitalisation.

1- La crise du système par répartition

A- La difficile remise en cause d’un système à la française

Un modèle social solidaire

Le système de retraite en France comporte trois niveaux qui s’additionnent pour constituer les revenus d’une personne salariée une fois à la retraite. Les deux premiers niveaux sont obligatoires et gérés par répartition, tandis que le troisième niveau est facultatif et géré par capitalisation. Le premier niveau suit le modèle « Beveridgien » selon la conception de l’économiste William Beveridge. Il répond à une logique assistancielle de fourniture au retraité un revenu minimal, même en cas de cotisations faibles pendant la période d’activité. Le second niveau est aussi obligatoire et géré par répartition, mais sa logique s’apparente à celle d’un système de retraite où les prestations sont fonction des cotisations (les « points » Arrco et Agirc) Le troisième niveau est fondé sur le modèle « Bismarckien », institué en Allemagne à la fin du XIXe siècle. Le mécanisme adopte une logique assurantielle car les prestations sont destinées à des individus qui se sont assurés contre le risque de vieillissement en souscrivant des contrats d’épargne. Ces deux logiques aux modes de fonctionnement et de financement différents, forment le système de protection sociale français, considéré comme aux deux tiers Beveridgien et un tiers Bismarckien.

Les différentes générations de salariés sont attachées à ce système mixte car il a un fonctionnement contributif au moins pour les deux « piliers » complémentaire et supplémentaire. Les retraités touchent une pension de retraite proportionnelle au montant des cotisations qu’ils ont versé au cours de leur carrière. Mais les Français sont également attachés à la solidarité créée par un système fondé sur un contrat de solidarité intergénérationnelle : les actifs payent les pensions des retraités d'aujourd'hui et les actifs de demain financeront les retraites des actifs d'aujourd'hui. Un actif qui finance la pension d’un retraité change donc de position une fois à la retraite, et bénéficie d’une pension de retraite financée par un nouvel actif.

Objectif : atteindre, au mieux, l’équilibre financier en 2040

Depuis plus de vingt ans, les gouvernements successifs ont tenté de modifier les paramètres du système pour parvenir à l’équilibre financier, malgré la situation démographique. Les trois paramètres qui ont été ajustés au fil du temps pour atteindre l’objectif sont, logiquement : l’âge légal de départ à la retraite, la durée de cotisation, le montant des cotisations. Le recul de l’âge de départ à la retraite est le principal levier que les gouvernements successifs ont utilisé, car il permet à la fois de ralentir la croissance du nombre de retraités et d’augmenter le nombre de cotisants. Plus une personne travaille longtemps, plus elle cotise, et moins de temps elle est à la retraite.

Malgré toutes les modifications paramétriques effectuées par les gouvernements successifs, le système n’est pas parvenu à l’équilibre financier. Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR), dans son rapport de novembre 2019, prévoit un déficit de -0,3 % à -0,7 % du PIB en 2025, soit un déficit annuel compris entre -7,9 et -17,2 milliards d’euros.

Le vieillissement de la population française est le principal facteur du déséquilibre financier, qui résulte de la crise démographique qui réduit le rapport entre le nombre d’actifs et le nombre de retraités. Ce ratio est l’indicateur primordial pour apprécier l’équilibre financier du régime de retraite par répartition. Plus il est faible, plus l’effort de financement pèse sur les actifs. Il y a aujourd’hui 1,5 actif cotisant par retraité et ce ratio devrait passer à 1,2 en 2050, selon le Conseil d’Orientation des Retraites. Au 1er janvier 2020, une personne sur cinq a plus de soixante-cinq ans en France. Cette proportion augmente, depuis 20 ans avec l’arrivée à la retraite des générations d’après-guerre, les « baby-boomers » (nés de 1940 à 1965). L’amélioration globale de l’état de santé (médecine, hygiène, mode de vie, diminution de la part des travaux manuels pénible dans la population active) prolonge la durée de vie des personnes. En outre, celles-ci vivent plus longtemps mais éventuellement pas toujours en bonne santé. En effet, le vieillissement de la population n’a pas seulement un impact sur le ratio actif/ retraité dans le cadre des retraites mais renforce également le risque de dépendance des personnes âgées, ce qui exerce une pression à la hausse sur le montant des retraites, notamment des personnes les plus défavorisées.

B- Réformer pour rééquilibrer le système

La retraite pour tous

En juillet 2019, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye a publié son rapport sur le futur système de retraite, dit système universel. Le nouveau système fonctionnerait par répartition et les actifs financeraient toujours les pensions des retraités. Mais cette réforme modifie profondément l’organisation du système actuel car il substitue un seul régime de retraite universel, pour les salariés et les non-salariés, aux quarante-deux régimes différents antérieurs. Pour assurer la gestion opérationnelle du régime universel, la Caisse Nationale de Retraite Universelle sera créée. Cette unique structure disposera des fonctions d’une caisse nationale de sécurité sociale et prendrait la forme d’un établissement public. Ainsi, ce système reposera sur des règles communes à tous : salariés du secteur privé et du secteur public, fonctionnaires, indépendants, professions libérales, agriculteurs, parlementaires etc. À cotisations égales et carrières identiques, il n’y aura plus de différences dans les pensions car tous les actifs seront affiliés à une même caisse : « 1 € cotisé donnera les mêmes droits, quel que soit le statut du cotisant [1] ». Chaque jour travaillé octroiera des points (comme c’est déjà le cas pour les régimes complémentaires ARRCO et AGIRC), et chaque euro cotisé permettra d’acquérir le même nombre de points quels que soient le statut professionnel et le moment où il a été cotisé. Les droits s’accumuleront sur un compte individuel tout au long de la carrière, et seront transformés en points au moment de la retraite.

La réforme des retraites fait des gagnants et des perdants. Les gagnants seront les personnes qui ont eu des carrières discontinues, où périodes d’activité et d’inactivité se sont succédé. Des points de solidarité seront attribués pour les périodes d’interruption dues à l’incapacité, à l’invalidité, à la maladie, au chômage, à la maternité. Ces points seront de la même valeur que ceux acquis en période d’activité. A contrario, perdants sont les actifs qui gagnent plus de 120 000 euros par an. En effet, le régime de retraite universel prévoit une cotisation à hauteur de 28,12 %. Ce niveau de cotisations vieillesse est scindé en deux assiettes : la première à hauteur de 25,31 % du revenu (limitée à trois fois le PASS), et la deuxième à hauteur de 2,81 % qui correspond à une taxe de solidarité qui n’ouvre droit à aucune acquisition de points. Ainsi, les cadres qui souhaiteront continuer à avoir des droits à la retraite, au-delà du plafond de trois PASS devront cotiser à des systèmes surcomplémentaires fonctionnant par capitalisation.

Le système universel poussera donc les titulaires des plus hauts revenus et les salariés des CSP+ à s’orienter vers des solutions par capitalisation, afin d’anticiper leur retraite. Le nouveau régime se traduirait ainsi par le maintien d’un système financé par répartition mais avec une forte incitation à la capitalisation à partir d’un niveau relativement élevé de salaires/revenu.

Une trop faible représentation de l’épargne retraite supplémentaire dans le système actuel

En 2018, 11,5 millions de personnes sont affiliées à des dispositifs d’épargne retraite, pour 10,4 milliards d’euros de cotisations annuelles. Du côté des prestations, les produits d’épargne retraite délivrent aux retraités trois milliards d’euros par an de prestations, ce qui reste marginal face aux 306 milliards d’euros versés par an pour les pensions de retraite en France (soit 2,4 %). Le nombre de bénéficiaires d’une rente supplémentaire est porté à un million selon le DREES et le ministère de l’Économie. Sur le total de l’épargne retraite des Français, soit 880 milliards d’euros, seulement 220 milliards d’euros d’encours sont captés par les produits d’épargne retraite dédiés selon les résultats de l’édition 2019 de l’Observatoire des retraites européennes d’Eres. Ces chiffres illustrent l’importance des dispositifs d’épargne retraite dans le paysage français, avec cependant un poids qui reste relativement faible comparé à l’assurance vie. Les épargnants ont un intérêt limité pour les produits retraite pour différentes raisons : le blocage de l’épargne jusqu’à la retraite, le faible attrait pour la sortie en rente viagère, l’obligation d’épargner une somme importante afin de bénéficier d’une rente suffisante, ou encore le choix de l’assurance vie qui offre davantage de souplesse. Du côté des assureurs, le développement des produits retraite se heurte à des problèmes divers : ce ne sont pas des produits « grands publics » (les produits individuels intéressent principalement les plus de 40 ans), ce ne sont pas des produits remis en jeu chaque année (peu de transferts d’assureurs, et des contrats souvent ouverts mais non alimentés de par la carrière multiple des salariés, qui ne s’en souviennent plus), le secteur de l’épargne-retraite est concurrentiel avec des offres similaires (frais parfois élevés et rarement transparents, pour des performances qui ne sont pas si éloignées de celles de l’assurance vie).

II- L’assurance constitue une solution sérieuse pour stabiliser et pérenniser les niveaux de retraites

A- Les assureurs disposent d’outils pour gérer le risque sur de longue durée

Une gestion financière évolutive selon l’horizon de départ à la retraite

Les sommes investies sur un Plan d’épargne retraite (PER) sont affectées par défaut à une allocation d’actifs en gestion pilotée. Les risques financiers sont modulés en fonction de l’horizon de départ à la retraite, et le placement s’effectue selon une règle de désensibilisation de l’épargne. Plus l’âge de départ à la retraite est loin, plus les versements sont orientés sur des supports dynamiques investis en actions. A contrario, plus l’assuré se rapproche de l’âge à la retraite, plus son épargne est sécurisée et donc orientée vers des supports faiblement exposés au risque de marché.

La notion d’espérance de vie et les tables de mortalité

Les organismes d’assurance qui proposent des contrats de retraite supplémentaire s’appuient sur des tables de mortalité pour prévoir la durée de la période pendant laquelle ils devront disposer des fonds nécessaires pour tenir leurs engagements auprès des assurés. Les assureurs doivent donc être attentifs à des situations d’allongement de la durée de vie ou de baisse tendancielle de la mortalité. En effet, les engagements de l’assureur constituent une dette envers les assurés et intègrent donc son passif. Si l’assureur observe une baisse de la mortalité de la population de son portefeuille, il se trouve confronté à un risque de longévité et sera dans l’obligation d’augmenter ses fonds propres.

L’espérance de vie au travers des tables de mortalité permet le calcul des rentes viagères. Celles-ci se décomposent en deux phases : une période de constitution et une période d’allocation. Le fonctionnement de la rente viagère repose sur la notion d’engagement réciproque entre l’assureur et l’assuré. Ce dernier s’engage dans le paiement d’une prime/ cotisation tout au long de la vie du contrat, et l’assureur s’engage à verser à l’assuré une rente viagère, de son passage à la retraite jusqu’à son décès. Le montant de la rente dépend des droits qui ont été acquis par l’assuré et donc de ses cotisations.

B- Les dispositions de la Loi PACTE renforcent la complémentarité de l’épargne et de la retraite publique

L’épargne retraite devient, enfin, plus attractive

Introduits par la Loi PACTE [2] du 22 mai 2019, trois dispositifs d’épargne retraite font naître de grands espoirs chez les assureurs qui espèrent faire décoller des produits qui ne parviennent pas à susciter l’intérêt des Français. Les trois objectifs de la loi Pacte sur le volet de l’épargne retraite sont : simplifier les dispositifs d’épargne retraite pour en améliorer la lisibilité et le fonctionnement, faire de l’épargne retraite un produit majeur dans la gestion de l’épargne des Français, assurer une meilleure portabilité de l’épargne retraite entre les différents employeurs tout au long de sa phase de constitution.

Les assureurs, mais également les gestionnaires d’actifs, proposent désormais trois Plans d’Épargne Retraite :

– le PER individuel (PERIN) vient remplacer le Plan d’épargne retraite populaire (PERP) et les contrats Madelin pour les Travailleurs non-salariés (TNS). C’est un contrat d’assurance vie de groupe à adhésion individuelle et facultative, destiné à tous les particuliers quel que soit leur âge (enfants mineurs compris) ;

– le PER obligatoire (PERO) succède aux contrats à cotisations définies, les contrats dits article 83 (en référence au Code Général des Impôts). Ce produit dit « catégoriel » s’adresse à certaines catégories de salariés, dites « objectives » (par exemple, les cadres supérieurs). C’est un contrat d’assurance de groupe en cas de vie, à adhésion obligatoire. Le souscripteur est l’entreprise et le salarié est affilié au contrat ; c’est en fait, un régime de retraite surcomplémentaire d’entreprise ;

– le PER collectif (PERCOL) prend la place du Plan d’épargne retraite collectif (PERCO) pour les versements d’épargne salariale. Ce produit est ouvert à tous les salariés d’une entreprise (sous condition d’ancienneté de zéro à trois mois), et peut prévoir leur adhésion par défaut (sauf avis contraire de leur part). Il recueille, en général, les fonds de la participation et de l’intéressement, ainsi qu’un éventuel abondement de l’employeur.

Ces trois Plans d’épargne retraite ont un fonctionnement identique avec des compartiments selon le mode d’alimentation :

– le compartiment 1 est destiné à accueillir les versements individuels volontaires du salarié/cotisant. Il est possible d’y transférer le PERP, les contrats Madelin, ou encore les versements individuels facultatifs qui ont été faits sur un contrat article 83. Les versements volontaires offrent un réel avantage fiscal car ils peuvent être déductibles de l’impôt sur le revenu (au maximum de 10 % des revenus professionnels de l’année N-1 dans la limite de 8 PASS de l’année N-1 ou 10 % du PASS N-1) ;

– le compartiment 2 accueille les versements issus de l’épargne salariale (intéressement, participation) ainsi que les abondements de l’employeur. Le salarié peut également transférer ses droits acquis au titre des jours de RTT non pris et placés sur son Compte Épargne Temps (CET). Il est possible d’y transférer les sommes d’un ancien dispositif PERCO. Les sommes versées sur ce compartiment sont entièrement défiscalisées à l’entrée ;

– le compartiment 3 est destiné aux cotisations obligatoires de l’employeur. Il est possible d’y transférer l’épargne acquise sur un dispositif retraite Article 83. Les sommes versées sur ce compartiment sont entièrement défiscalisées à l’entrée.

Le marché peut-il réellement décoller ?

Le nouveau PER que proposent les assureurs a plusieurs atouts pour permettre aux épargnants de préparer financièrement leur retraite au plus tôt. Désormais, des règles communes de fonctionnement s’appliquent à tous les produits d’épargne retraite : PERIN, PERO, PERCOL.

L’assuré bénéficie d’une meilleure vision sur les avantages de ces produits, sur la disponibilité de son épargne, et sur sa gestion financière. La possibilité de sortie en capital pour les versements volontaires et les versements issus de l’épargne salariale est venue lever le principal frein à l’intérêt des Français pour l’épargne retraite : la sortie obligatoire en rente. Cette dernière reste malgré tout la condition sine qua non pour liquider le compartiment qui porte sur les cotisations obligatoires de l’employeur, car les produits retraite sont par nature destinés à la retraite, et donc octroient un complément de revenu. De plus, l’acquisition de la résidence principale est désormais un cas de sortie anticipée, ce qui rassure l’assuré grâce à un éventuel déblocage possible des sommes avant la retraite. Cela réduit, en revanche, la contribution de ces systèmes à la retraite, notamment des salariés.

Par ailleurs, la gestion financière de type gestion pilotée est généralisée avec un profil équilibre par défaut, afin d’ajuster l’investissement de l’épargne selon l’horizon de départ à la retraite : un investissement dynamique pour optimiser les rendements lorsque l’épargnant se trouve éloigné de l’âge de départ à la retraite puis une sécurisation de l’épargne à l’approche de la retraite pour protéger le capital.

Enfin, la portabilité du PER permet à l’épargnant de disposer d’un produit qui le suit tout au long de sa période d’activité, notamment en cas de changement d’employeur. Le plan d’épargne a désormais la possibilité de devenir un produit efficace pour permettre à l’assuré de diversifier sa préparation à la retraite. En effet, ce nouveau dispositif peut venir concurrencer le contrat d’assurance vie, qui reste très utilisé par les Français pour préparer leur retraite. En somme, les assureurs disposent grâce à la loi Pacte de tous les moyens nécessaires pour susciter l’intérêt des épargnants, et promouvoir un marché de l’épargne retraite qui a du mal à décoller.

III-  La capitalisation peut-elle pérenniser le financement des retraites sur le long terme ?

A- Les atouts qui en font un complément idéal

La capitalisation propose un équilibre de long terme

La capitalisation dépend des rendements affichés sur les marchés boursiers. Un investissement sur une longue période permet malgré les crises, d’obtenir un rendement positif. Sur le long terme, les périodes haussières de la Bourse viennent compenser les périodes baissières (plus rares). Dans le cadre d’un produit comme le PER, qui fonctionne par capitalisation, les sommes sont investies suivant l’horizon de départ à la retraite. Plus l’adhérent se tourne vers ce produit tôt, plus il pourra aller chercher de la performance sur des supports dynamiques en prenant du risque. En effet, la durée d’investissement est primordiale dans la constitution du portefeuille d’un épargnant, et dans la sécurisation de son rendement.

Un ANI des retraites peut-il exister ?

Pour compléter et soulager le régime de retraite par répartition, il faudrait augmenter la retraite par capitalisation. Mais comment faire décoller un marché qui suscite peu l’intérêt des Français ? La loi Pacte avec le nouveau PER vient apporter des éléments de réponse. La réforme pour un régime de retraite universel, qui incite fortement à la capitalisation pour les ménages les plus aisés, est encore au stade de projet. Une autre partie de la réponse pourrait se trouver une fois de plus, du côté de la réglementation, en envisageant l’obligation pour tous les employeurs d’ouvrir un PERCOL, dès le premier salarié.

L’Accord National Interprofessionnel de 2013 a permis la généralisation de la complémentaire santé à tous les travailleurs du secteur privé. Certaines personnes ne disposaient pas des moyens nécessaires pour couvrir les frais non pris en charge par la Sécurité sociale. Un système au fonctionnement similaire pour généraliser l’accès à un PERpermettrait d’une part de dynamiser un marché qui peine à décoller, et d’autre part d’impliquer concrètement les actifs dans la préparation de leur retraite

B- Étudier les risques pour donner confiance aux épargnants

Une solvabilité renforcée pour assurer la viabilité du système financier

À la suite de la crise financière internationale de 2007-2008 (crise des subprimes) une nouvelle autorité de contrôle est créée le 21 janvier 2010 : l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Cette entité est chargée de la supervision du domaine bancaire et assurantiel en France. Les principales missions de l’ACPR consistent à préserver la stabilité financière et à protéger la clientèle des banques et assurances.

Outre la rénovation d’une Autorité de contrôle très renforcée au niveau national, les règles européennes, pour faire en sorte que les compagnies d’assurance soient suffisamment protégées par un niveau élevé de capital et de nouvelles règles prudentielles, en cas de crise de stabilité financière, ont évolué avec l’adoption de la Directive 2009/138/CE du Parlement européen et du Conseil du 25 novembre 2009 dite Solvabilité 2. Cette réglementation complexe impose désormais à chaque assureur et réassureur, de mesurer tous les risques inhérents à leur activité afin de constituer un niveau de capital suffisant pour les garantir contre le risque de ruine, jusqu’à un événement de période de retour de 200 ans. Par ailleurs, des nouvelles normes de calcul s’appliquent pour évaluer les actifs en valeur de marché et les passifs au Best Estimate. Dans le cadre de l’épargne retraite, les engagements de l’assureur envers l’assuré sont calculés au Best Estimate, ce qui permet de donner une évaluation économique cohérente et accompagnée d’une vision de la solvabilité plus fiable.

Les assureurs et le concept d’aversion au risque de perte pour les produits risqués

L’investissement d’une somme est fonction du couple risque/rentabilité. Plus un placement est risqué, plus le rendement peut être élevé. Mais, Chaque épargnant ne réagit pas de la même manière au risque. L’assureur, dans sa proposition de produit, doit tenir compte du profil de risque du client, autrement dit de son appétence à prendre du risque. En épargne, le concept d’aversion au risque de perte est mieux adapté que le concept d’aversion au risque. Lorsqu’une personne a un gain de 1 cela lui procure une satisfaction de 1. Si à l’inverse, une personne fait face à une perte de 1, elle ressent une souffrance de 2.

Ce comportement peut évoluer selon divers paramètres et peut changer au long de la vie d’un placement. Avec la baisse des rendements des fonds euros, l’épargnant se trouve de plus en plus « poussé » à prendre du risque, c’est-à-dire à investir son épargne sur des supports dynamiques de type actions, comportant un risque de perte en capital. Ce changement de paradigme oblige les professionnels de la finance à mieux informer le client car le risque change de nature. En effet, sur un investissement en fonds euros, le risque repose sur l’assureur et il n’y a pas de risque de perte en capital pour l’assuré. À l’inverse, sur un investissement en Unités de Compte, le risque repose sur l’assuré car celui-ci n’a aucune garantie de préservation du capital. En somme, l’épargnant, s’il souhaite une rémunération, doit prendre du risque si le rendement est bien son objectif premier. Que ce soit du côté des compagnies d’assurance ou du côté des assurés, le constat est identique : les sociétés sont aujourd’hui devenues des sociétés rémunératrices du risque.

Conclusion

Il est indéniable que l’affaiblissement des régimes de retraite par répartition va faire de la retraite par capitalisation un enjeu stratégique pour les assureurs. La loi Pacte est un atout dans ce développement de la production pour toute la profession, au moment où le gouvernement s'apprête à adopter une réforme complète des retraites par le biais de la création du régime universel. Cette réforme constitue une opportunité de marché pour les assureurs s’ils savent la saisir sans tarder. Il y a bien entendu de fortes perspectives de croissance, même s'il paraît difficile de croire que la collecte puisse passer de 100 à 300 milliards en quelques années [3]. Mais il y a surtout un fort potentiel de "recyclage" des anciens produits retraite individuels et collectifs, et donc une redistribution des parts de marché entre les acteurs.

Pour faire décoller le marché, il faut libérer le secteur de la retraite qui est actuellement essentiellement géré par l'État. La réforme va donc dans le bon sens mais ne fait que remplacer ce qui existe déjà avec des adaptations à la marge, en offrant davantage de libertés au moment de la sortie, notamment avec la possibilité de récupérer l’épargne en capital. Enfin, un système composé de répartition et de capitalisation permet d’avoir une pension de retraite calculée en fonction du salaire (répartition), et une pension calculée en fonction de la rémunération financière (capitalisation). Cette complémentarité permet de gérer les risques de déclin de la part de l’un ou l’autre dans le Produit Intérieur Brut, et donc d’appauvrissement des retraités par rapport au reste de la société française.

 

[1] Promesse de campagne d’Emmanuel Macron.

[2] Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises.

[3] Objectif porté par le Gouvernement.

 

Sommaire du dossier

ENASS papers 20

Sur le même sujet