France

Retour d’expérience de Natixis Payments

Le groupe BPCE a très tôt proposé, via Natixis Payments, le recours au paiement instantané pour différents usages, règlements, mais aussi indemnisation de sinistres, déblocage de réserve en crédit conso ou affacturage. Il considère qu'il reste, aux niveaux nationaux et européen, de nombreux sujets de fond à traiter, parmi lesquels la question de l’interopérabilité ou de la fluidité du parcours clients, pour espérer atteindre une massification de l’instant payment.

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L'auteur

  • Fabrice Denele
    • Directeur de la stratégie et des partenariats
      Natixis Payments

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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°389

Paiement instantané : Enjeux et déploiement en France et en Europe

Voici deux ans, Natixis Payments, acteur des paiements du Groupe BPCE, a publié un Livre blanc [1] sur le paiement instantané européen, ou « instant payment », entré en vigueur en novembre 2017. Nous y défendions l’idée qu’il existait un intérêt réel pour ce nouveau moyen de paiement, en phase avec les standards digitaux et l’appétence pour l’instantanéité. Très vite, nous avons considéré que, porté par les nouvelles technologies et un cadre réglementaire plus favorable, le paiement directement sur le compte bancaire des clients ou compte à compte serait un « must have », et que l’instant payment en serait le véhicule idéal.

Natixis Payments a donc décidé de se positionner en « early adopter », de cartographier les différents cas d’usage envisageables et d’expérimenter les plus prometteurs.

Aujourd’hui, l’instant payment est en passe de devenir le « new normal » dans certaines communautés, ce qui nous conforte dans l’idée qu’il sera, d’ici quelques années et probablement aux côtés de la carte, l’un des moyens de paiement incontournables en Europe.

Dès le début, Natixis Payments a défendu l’idée que l’instant payment ne devait pas être vu uniquement sous l’angle de la substitution à des moyens de paiement existants dans des situations connues, mais qu’il devait également, voire surtout, être utilisé pour créer de nouvelles opportunités ou de nouveaux parcours, au bénéfice tant du payeur que du payé. Fort de cette conviction, Natixis Payments a d’abord choisi de revisiter le cas d’usage incontournable du paiement de personne à personne (P2P) puis, pour démontrer la pertinence de l’instant payment en business to consumer (B2C) et en business to business (B2B), a accompagné Natixis Assurances, BPCE Financement et BPCE Factor, qui l’ont également expérimenté et déployé pour leurs clients.

Depuis le lancement de ces initiatives, nous avons pu observer le marché et mettre en place des offres dont nous pouvons aujourd’hui tirer les premiers retours d’expérience. Ainsi, nous observons que des points restent à régler pour faire de l’instant payment un succès en capacité de couvrir de manière pertinente tous les cas d’usage de paiement, en particulier ceux en consumer to business (C2B).

Des cas d’usage extrêmement positifs…

Un usage intuitif en P2P

Dans le cadre de cette première expérimentation, Natixis Payments a proposé l’instant payment pour les envois d’argent de particulier à particulier, d’abord exclusivement aux clientèles des Banques Populaires et des Caisses d’Épargne. Ce mode « on us » était à l’époque la seule option possible, dans la mesure où l’écosystème interbancaire français de l’instant payment n’était pas encore construit, pas plus que les conditions de reachability (atteignabilité) en Europe.

Disponible en test début avril 2018, le déploiement a été très progressif avant la mise en marché de masse, en septembre de la même année. Celle-ci s’est accompagnée d’une tarification du virement instantané au client particulier, indépendante du montant de la transaction.

Les clients particuliers ont rapidement compris l’intérêt de ce mode de paiement dans des situations comme la vente d’objets ou la cession de véhicules. Et naturellement, l’utilisation de ces paiements s’est étendue à des règlements de particuliers vers certains professionnels. Le produit a ainsi fait preuve de son utilité et de ses atouts, notamment par rapport au chèque de banque, sans même qu’il soit nécessaire de communiquer sur le sujet.

Dès le lancement de l’instant payment, notre ambition était d’en faire profiter le plus grand nombre. L’intégrer à la banque mobile des clients particuliers des Banques Populaires et des Caisses d‘Épargne était donc une évidence. C’est ainsi qu’entre mai et juin 2019, une nouvelle étape a été franchie et l’instant payment a été déployé au sein du service « Paylib entre amis », avec un principe de gratuité pour cet usage dans la limite de 300 euros. Dès juin, les premiers effets étaient visibles ; à fin juillet les analyses montraient une progression de près de 76 % de la volumétrie émise par rapport à fin avril. Une progression essentiellement concentrée sur des virements inférieurs à 300 euros.

Ce suivi nous a beaucoup appris sur le comportement des payeurs et sur la très forte sensibilité de l’utilisation de l’instant payment au prix. Parallèlement, la démocratisation de l’instant payment gratuit a entraîné une augmentation de sa notoriété et, avec elle, le développement de l’utilisation de l’instant payment payant.

La réponse à un besoin d’instantanéité en B2C

Quelques mois plus tard, Natixis Assurances a également commencé à expérimenter l’instant payment pour l’indemnisation de sinistres de biens multimédias (tablette, smartphone…).

Il en ressort que l’instant payment a considérablement transformé la relation avec les assurés. En effet, dans ce cadre, le gestionnaire est habilité à valider directement l’indemnisation du client, ce qui signifie qu’entre son appel et l’indemnisation effective, il ne s’écoule pas plus de quelques minutes, contre 3 à 4 jours précédemment. La satisfaction est réciproque : chez le client qui est réglé en quelques instants comme chez le conseiller qui l’accompagne jusqu’au règlement du sinistre en temps réel. Plus que le paiement, c’est ici la caractéristique d’immédiateté qui rend l’instant payment tout à fait pertinent.

Cette solution a été généralisée en mars 2019 et, après une montée en charge extrêmement rapide, l’ensemble des dossiers éligibles sont désormais traités en instant payment.

La prochaine étape consistera à déployer ce service dans le domaine de l’assurance habitation.

L’autre cas d’usage qui a eu les résultats les plus prometteurs en B2C a été celui du déblocage de la réserve pour le crédit à la consommation. Précédemment, les fonds n’étaient versés au client que le lendemain au mieux, ce qui pouvait freiner leur utilisation. Avec l’instant payment, le client en dispose immédiatement. « Quand on fait du crédit renouvelable, mettre les fonds immédiatement à la disposition de notre client avec l’instant payment, c’est une plus-value », commente le responsable du projet chez BPCE Financement, Nabyl Mejai. De fait, jamais la promesse d’avoir une réserve immédiatement disponible n’a été aussi vraie.

Les clients qui ont participé à cette expérimentation ont fait état d’une très grande satisfaction. Utiliser sa réserve est devenu tellement facile que des clients qui n’en étaient jusque-là pas consommateurs ont commencé à l’utiliser. Lancée en octobre 2018, la mise à disposition en temps réel a été rapidement généralisée. Entre février et mai 2019, le nombre d’instant payments émis a augmenté d’environ 60 %. Depuis, la progression s’est maintenue, montrant le succès de cette innovation.

Une aide à la gestion de trésorerie en B2B

L’expérimentation de BPCE Factor a été particulièrement suivie, car c’était la première qui ouvrait un usage de l’instant payment au B2B. Pour l’affacturage [2], le règlement immédiat des factures présentées a démontré sa pertinence et sa valeur ajoutée pour les clients qui souhaitent recevoir immédiatement, sur leur compte bancaire, le virement émis par le factor lors du financement de leurs factures.

Alors que le montant du plafond de l’instant payment à 15 000 euros était présenté comme un frein à l’utilisation dans le monde de l’entreprise, l’expérimentation a montré que cette limite n’empêchait pas le développement du service. Les premiers financements ont été émis fin novembre 2018, faisant ainsi de BPCE Factor le premier spécialiste français du domaine de l’affacturage à proposer le paiement instantané à ses clients.

Dès février 2019, les entreprises clientes des Banques Populaires et des Caisses d’Épargne [3] ont pu demander des virements en instant payment. Les règlements ont d’abord été réalisés vers des comptes ouverts dans des banques du groupe, en attendant le déploiement de l’instant payment chez les confrères.

L’adoption a été extrêmement rapide. En seulement 4 mois, dans le périmètre des clients équipés, l’instant payment a été utilisé par 30 % des clients professionnels et plus d’un financement sur trois l’a été via un instant payment. Les clients ont immédiatement perçu la valeur de ce service pour la gestion de leur trésorerie et exprimé une réelle satisfaction sur son utilisation.

À ce jour, BPCE Factor comptabilise plusieurs dizaines de milliers de demandes à l’initiative des clients professionnels et entreprises. Suite au déploiement de l’instant payment chez les confrères français après l’été, le succès de cette offre a connu un net rebond et continue à progresser.

Une expérimentation prometteuse pour les échanges transfrontaliers

Pour les échanges transfrontaliers intra-européens, nous avons fait le choix de privilégier le CSM [4] TIPS [5], créé par l’Eurosystème.

Natixis Payments, pour le compte du Groupe BPCE, a ainsi travaillé étroitement avec l’Eurosystème, les Banques Centrales de la zone euro ainsi que de grandes banques européennes. En novembre 2018, lorsque la Banque d’Italie, maître d’œuvre de TIPS, a organisé le lancement des échanges, Natixis Payments a permis à un client du groupe d’être le tout premier bénéficiaire d’un instant payment émis par un client de Caixa Bank.

S’agissant des échanges internationaux, un POC [6], auquel Natixis Payments a participé, a été lancé à l’initiative de SWIFT avec sa solution de suivi des paiements SWIFT gpi [7]. Ainsi, via TIPS, nous avons expérimenté la connexion entre deux zones de paiement instantané dans le monde : il s’agissait de permettre à un paiement initié hors d’Europe, ici un virement gpi Instant émis depuis la banque australienne National Australia Bank vers Natixis [8], de venir créditer un compte de l’Union européenne en 59 secondes, Natixis ayant ensuite transformé le paiement gpi Instant en instant payment pour le transmettre à la banque espagnole BBVA.

L’expérimentation s’est avérée très concluante, démontrant qu’il était possible d’effectuer un paiement international de bout en bout en moins d’une minute, malgré la complexité de faire communiquer Correspondent Banking et instant payment dans la banque (voir Schéma 2).

…qui ne masquent pas plusieurs sujets de fond à traiter

Une interopérabilité à fluidifier

La construction de l’écosystème Instant payment a été longue, car le sujet est complexe et la priorisation des projets des acteurs a été variable.

Dès 2017, pour répondre au prérequis d’une atteignabilité européenne, la BCE a considéré que l’adhésion à un processeur instant payment devait suffire pour atteindre l’ensemble de la zone SEPA. Or, malgré notre adhésion à deux « Clearing & Settlement Mechanism » (STET pour les paiements nationaux et TIPS pour les virements transfrontaliers), nos expérimentations ont montré qu’il n’était pas possible de joindre toutes les banques en Europe. Donc, même en multipliant les adhésions, il n’est pas possible d’assurer une atteignabilité paneuropéenne.

L’atteignabilité est pourtant cruciale en vue d’une adoption massive, dans la sphère de l’entreprise ou du commerce, comme dans le domaine du P2P. Les principaux CSM en Europe ont d’ailleurs tous admis qu’il leur faudrait s’interconnecter. Néanmoins, leur interconnexion se heurte à des problématiques d’organisation des échanges, dans la mesure où, pour le moment, banquiers des payeurs et banquiers des payés doivent être participants au même CSM. En effet, un paiement instantané de bout en bout ne peut être traité que si les deux participants ont fait le même choix de canal d’échange. Outre les coûts associés, l’adhésion à une multiplicité de CSM complexifie, pour les banques, la gestion de la liquidité utilisée pour le règlement. C’est pourquoi le groupe a fait le choix de limiter son adhésion à deux CSM pour ses virements instantanés en domestique et en cross border.

Nous pensons, et la concertation récente de la BCE avec les banques semble aller dans ce sens, que TIPS devrait jouer un rôle plus central qu’aujourd’hui pour le règlement des instant payments en Europe, en particulier sur le plan de la gestion de liquidité, et comme « passerelle » entre les différents CSM. Ce rôle de hub de TIPS pourrait à la fois simplifier la gestion de trésorerie intraday et contribuer à l’amélioration de l’atteignabilité des instant payments, sans pour autant remettre en cause le libre choix du CSM par les banques. Il sera toutefois nécessaire de concevoir et mettre en œuvre les mécanismes techniques permettant d’assurer cette atteignabilité.

Un parcours client à challenger

La fluidité du parcours client revêt une importance toute particulière dans un contexte d’instantanéité. Or force est de constater qu’aucun acteur n’a encore trouvé le parcours client idéal et pertinent pour répondre à certains cas d’usage C2B pour lesquels instantanéité et fluidité sont essentielles.

En e-commerce tout d’abord, l’idée selon laquelle l’initiation de paiement dans le cadre de la DSP2 [9], associée à l’instant payment, serait « la » solution pour remplacer la carte commence à s’essouffler. En effet, après des expérimentations avec de grands sites de vente en ligne, il s’est avéré que les bénéfices potentiels étaient neutralisés par l’absence d’expérience client unifiée. La façon de s’authentifier puis d’émettre un instant payment pour le payeur est de fait totalement liée au parcours client proposé par sa banque, un problème d’universalité pour le payé qui bloque la généralisation, car l’expérience client n’est pas bonne. De même, cette absence d’universalité rend le service peu attractif pour le commerce en ligne.

Et ce qui est déjà compliqué en e-commerce l’est plus encore en commerce physique. En effet, en proximité, la valeur ajoutée de l’instant payment par rapport à la carte n’a pas été démontrée. La carte a notamment le double bénéfice d’apporter une garantie de paiement au commerçant en temps réel et une protection du consommateur, le tout dans une expérience client extrêmement fluide avec le sans contact. Avec l’instant payment se pose en outre la question de l’irrévocabilité, qui implique qu’il n’y a aucun remboursement possible : intérêt pour le payé mais régression pour le payeur. La réflexion sur un dispositif ad hoc mérite d’être creusée car la protection du consommateur est un des critères déterminant pour l’adoption d’un moyen de paiement.

Pour ces usages de l’instant payment en C2B dans le commerce, il nous semble clair que seul un scheme européen, avec des règles, un niveau de services et de protection et une expérience utilisateur communes en Europe, serait la réponse à ces problématiques.

Pour le P2P enfin, la fluidité du parcours étant freinée par la saisie fastidieuse de coordonnées bancaires, l’utilisation d’un identifiant déjà connu de l’émetteur et indépendant du numéro de compte, comme le numéro de mobile, devrait s’imposer pour y remédier. En revanche, cela exige l’utilisation d’annuaires de correspondance entre cet identifiant et l’IBAN. La généralisation de son usage, dans des conditions de sécurité optimales, nécessite une organisation au niveau paneuropéen qui, à date, est loin d’aller de soi.

Un « business model » à trouver

Il n’existe pas de modèle économique universel de l’instant payment mais des modèles selon les usages.

Dans le cadre du P2P, les consommateurs français se sont habitués à la gratuité du service sur les plateformes digitales bien connues. De même, les clients des banques ne payent pas les virements en euros lorsque ceux-ci sont initiés depuis leur banque en ligne ou mobile. Une fois sa cotisation carte et le cas échéant son forfait de services bancaires réglés, le consommateur n’accepte pas de « payer pour payer » à chaque opération.

Dans le contexte du P2Pro, le modèle économique semble plus simple : la facturation au client payeur ne pouvant fonctionner, celle du professionnel payé fait sens dès lors qu’il percevra la valeur d’un service qui lui est utile dans son activité.

En revanche, dans un contexte C2B « mass-market », l’écosystème de l’instant payment doit s’accompagner d’un business model équilibré entre les acteurs dans le modèle à 4 coins [10] qui caractérise l’universalité du paiement entre consommateurs et commerçants. Là où la carte repose sur un modèle classique à interchanges, caractéristique des modèles « 2 sided market » [11] à 4 coins, l’instant payment fonctionne, pour le moment, avec un modèle 4 coins sans interchanges. Dans ces conditions, si les acquéreurs pourront être rémunérés pour le service rendu aux commerçants, les banquiers des payeurs, qui supportent des coûts significatifs de processing, de lutte contre la fraude et in fine le coût de la fraude nette, n’ont pas de moyen de rémunérer le service qu’ils opèrent, et ne seront pas enclins à investir dans un service déficitaire. Le modèle adéquat est encore à définir, probablement autour d’une rémunération proportionnée permettant d’équilibrer le modèle pour les acteurs.

Enfin, des modèles économiques adaptés à l’utilisation des paiements instantanés par les entreprises restent également à définir au cas par cas, en construisant de nouvelles offres et services pour celles-ci. Par exemple, l’instant payment pourrait être intéressant dans certains cas pour les paiements commerciaux ou les paiements de trésorerie intra-groupe ou intra-entreprise. Et si l’on considère qu’il y aura probablement un sujet relatif au montant du plafond générique ou éventuellement négocié, on comprend que la tarification du service « Instant payment » devra être adaptée à chacun des cas.

Les défis de la LAB/FT et la LCLF

Le « scheme [12] SCT Inst » bénéficie d’une zone monétaire homogène et d’une réglementation européenne sur les transferts d’argent (Règlement (UE) 2015/847 [13]) qui devraient faciliter le déploiement du paiement instantané dans tout l’espace SEPA. Or, si les régulateurs locaux autorisent bien les banques à ne pas filtrer en temps réel les flux de paiements, ils imposent aux banques de vérifier les informations du virement dès lors que le bénéficiaire, ou le payeur, est situé dans un autre pays. Suite à ces contrôles, s’il y a la moindre alerte, l’instant payment est immédiatement stoppé. Comme il ne peut pas être vérifié manuellement du fait de l’instantanéité, cela a pour conséquence l’abandon du paiement. Nous avons ainsi constaté des taux de rejet très importants en cross border intraEU, pouvant aller jusqu’à 15 %. Bien évidemment la gêne client est très importante et freine le développement de l’instant payment.

Pour qu’il soit tout aussi utilisable dans l’ensemble de l’espace SEPA, nous proposons d’explorer deux pistes pour alimenter le débat : soit l’alignement des obligations européennes de filtrage sur les obligations nationales, en considérant que l’Union Européenne ne constitue qu’un seul et même espace de paiement et non un ensemble de pays ayant chacun ses obligations de contrôles ; soit l’intégration de l’instant payment dans les cas d’exemptions du règlement (EU) 2015/847, pour la partie concernant les moyens de paiement, par exemple la carte, lorsqu’ils sont utilisés dans le cadre d’une transaction commerciale.

La Lutte contre la fraude (LCLF) est au cœur des préoccupations des banques. La DSP2 et les RTS [14] en ont fait un sujet réglementaire au niveau européen. C’est aussi, bien évidemment, une question de coût pour le client payeur fraudé ainsi que pour sa banque qui supporte 100 % de la fraude. À cet égard nous pensons que la question de la sécurité relative à la protection des IBAN n’est pas encore réglée. La carte constitue un pare-feu entre le compte et l’extérieur, qui est remplaçable en cas de problème. Comment, dans le cadre de l’instant payment, assurer le même niveau de sécurité sans ce pare-feu, et comment remplacer un numéro de compte en cas de compromission ? La piste de la tokenisation des IBAN nous semble cruciale avec à terme, l’arrêt de toute circulation des IBAN en clair.

Nos convictions pour le futur de l’instant payment

Près de deux ans après avoir lancé l’instant payment en France, Natixis Payments a su démontrer son expertise, tant sur le plan national que sur le plan européen. En 2019, 9,5 millions d’instant payments ont été traités par Natixis Payments pour le compte du groupe BPCE.

Nous sommes convaincus de la pertinence et de la valeur ajoutée de l’instant payment dans les cas d’usage expérimentés. Néanmoins, afin de permettre son déploiement à plus grande échelle, nous pensons que l’instant payment requiert a minima que chaque partie concernée ait résolu les points d’attention que nous avons soulignés ici. La coopération de tous les acteurs de l’écosystème, dont les régulateurs, sera déterminante.

Si nous ne devions retenir qu’un enseignement de notre position d’early adopter, ce serait qu’il ne suffit pas d’être à l’écoute de ses clients pour faire décoller les usages d’un nouveau moyen de paiement. Encore faut-il trouver la bonne formule entre tous les paramètres qu’ils soient fonctionnels, techniques, expérience client, etc. Des standards communément établis et partagés au niveau européen sont par exemple également indispensables.

À titre d’illustration, nous avons la conviction que l’instant payment et le nouveau standard Request-to-Pay (RTP) pour demander un paiement par virement seront bientôt indissociables et indispensables. L’European Payments Council (EPC) est en train de définir le RTP européen, tant pour les usages B2B que C2B, en s’appuyant sur le standard ISO existant. Nous resterons donc très attentifs et impliqués dans les travaux qui seront menés dans les prochains mois. Il y a de nombreux signaux d’une volonté des acteurs européens et des régulateurs de faire en sorte que l’instant payment devienne universel, donc obligatoire, et que la question de l’atteignabilité et de l’interopérabilité des CSM soit réglée. Néanmoins, nous espérons avoir montré que ce n’est pas le seul sujet de fond et qu’il ne sera pas si aisé de forcer l’adoption d’un système, aussi efficient soit-il. En d’autres termes, l’instant payment est très prometteur, mais il faudra résoudre un à un les obstacles à sa massification en Europe.

 

[1] « Instant Payment – Marché, usages et offres », 3 juillet 2018 : https://www.natixis.com/natixis/upload/docs/application/pdf/2018-07/juillet_2018_-_livre_blanc_instant_payment.pdf.

[2] Technique de financement et de recouvrement de créances consistant à obtenir un financement anticipé par rapport à l’échéance des créances confiées et à sous-traiter la gestion du poste client à un établissement de crédit spécialisé.

[3] Qui acceptent le financement de leurs factures via virement.

[4] Clearing and Settlement Mecanism.

[5] Target Instant Payment Settlement.

[6] Proof Of Concept.

[7] Global Payments Innovation.

[8] Natixis Trade à Treasury.

[9] Directive européenne sur les services de paiement, 2e version.

[10] Modèle d’universalité des paiements dans lequel le payeur et le payé ont leur compte chez un teneur de compte différent, par opposition aux modèles 3 coins.

[11] Théorie économique décrivant l’équilibre des marchés dits bifaces.

[12] Ensemble de règles décrivant le fonctionnement d’un moyen de paiement.

[13] Règlemente les informations accompagnant les transferts de fonds.

[14] Regulatory Technical Standards.

 

Sommaire du dossier

Enjeux et déploiement en France et en Europe

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