Bancassureur

« Réduire le risque lié à la détention d’actions »

Créé le

24.01.2018

-

Mis à jour le

01.02.2018

Pour limiter le coût en capital de ses actifs, Crédit Agricole Assurances a recours à des stratégies de couvertures actions. Les solutions proposées par les Asset Managers ont été préférées.

À quel montant s’élève l’encours de Crédit Agricole Assurances et dans quelles mesures est-il généré par l’activité d’assureur vie ?

Notre encours s’élève à 269 milliards d’euros à fin 2016 dont l’essentiel correspond à notre activité épargne/retraite.

Au sein de votre allocation d’actifs, quelle est la taille de votre poche actions et pourquoi son coût en capital a-t-il tendance à augmenter ?

Sur le marché, cette classe d’actifs a un fort impact sur le SCR [1] des assureurs. En effet, le SCR marché (qui correspond à tous les investissements réalisés) représente 80 à 90 % du SCR global et le SCR Actions représente 45 % de ce SCR Marché. Ainsi, une poche Actions qui représente 10 % d’un portefeuille, génère environ 50 % du SCR marché. Les assureurs détiennent en général 6 à 12 % d’actions. CAA (Crédit Agricole Assurances) se situe dans cette fourchette. Fin 2016, le coefficient d’ajustement symétrique (qui permet de calculer le dampener [2] ) appliqué aux actions était de -4,3 %. Ainsi, la charge en capital s’élevait à 34,7 % (39-4,3) pour des actions de type 1 (zone OCDE). Fin 2017, ce coefficient était d’environ 2 %, ce qui portait la charge en capital à 41 % (39+2). Aujourd’hui, ce coût en capital est de 42 % pour un même portefeuille d’investissement. Donc, aujourd’hui, la charge en capital a progressé de 20 % uniquement car le marché actions a progressé.

Pensez-vous que le marché actions risque de chuter prochainement ? Plus généralement, quel est votre scénario central pour les marchés sur lesquels vous êtes principalement investis ?

En termes de politique monétaire, dans notre scénario central, nous nous attendons à un resserrement très graduel. En effet, la faiblesse de l’inflation sous-jacente implique le maintien par la BCE d’une politique accommodante et de taux bas pendant une période prolongée. Nous nous attendons à une réduction graduelle du QE [3] par la BCE sur toute l’année 2018 et un début de la remontée des taux BCE à partir de fin 2019. Les taux longs quant à eux pourraient connaître prochainement une hausse mais limitée. L’environnement économique et les bénéfices restent porteurs pour les marchés actions. Bien que les niveaux de valorisation des actions US et zone euro soient supérieurs aux moyennes de long terme, il peut exister encore un potentiel haussier si les entreprises continuent d’accroître leurs bénéfices et que l’environnement économique reste favorable. Néanmoins, en 2018, nous resterons agiles dans notre gestion et profiterons des mouvements de marchés.

Dès lors, comment faites-vous pour que les actions ne vous coûtent pas trop cher en fonds propres ?

Un des leviers pour diminuer la charge en capital est de réduire le risque lié à la détention d’actions. Les stratégies optionnelles sont très souvent utilisées. Il s’agit de mettre en place, sur le portefeuille actions, des couvertures optionnelles qui comprennent des achats de « put [4] » avec des caractéristiques précises pour répondre aux critères réglementaires de l’atténuation des risques : maturités supérieures à un an, risque de base non significatif…

Nous avons recours à une stratégie optionnelle, via CPR AM, avec un fonds d’actions protégées dont le track record remonte à 2011.

Outre la stratégie optionnelle, il existe une seconde technique de couverture : obtenir une garantie formelle sur un investissement Actions. Dans ce cas de figure, il s’agit d’ajouter au portefeuille actions, une technique de gestion à coussin appelée CPPI (vente d’actions dans les marchés baissiers et achats dans les marchés haussiers). Elle permet de réduire le pourcentage d’actifs risqués de cet investissement, et vient s’ajouter à ce mécanisme une garantie formelle apportée par un Asset Manager ou une banque d’investissement qui verrouille un niveau maximum de perte.

S’agit-il d’un produit structuré ?

Certes, il y a une garantie formelle mais il n’y a pas d’options et nous préférons parler de produit sur mesure. Cette solution est peu proposée par les Asset Managers car elle les oblige généralement à passer par une banque d’investissement pour pouvoir offrir à l’assureur la garantie formelle.

Pourquoi avez-vous écarté les offres des banquiers ?

Les banquiers proposent généralement des produits non listés qui génèrent un risque de contrepartie et donc un SCR de contrepartie. À l’inverse, les options listées que nous utilisons au travers des solutions fournies par les Asset Managers passent par une chambre de compensation et ne génèrent aucun risque de contrepartie.

Crédit Agricole Assurances couvre-t-il également le risque de taux ?

La couverture du risque de taux est plus structurelle que celle du risque actions. En effet, quand nous pensons qu’il existe un véritable risque sur les actions, nous nous retirons de cet investissement. Les produits de taux quant à eux sont inévitables dans l’allocation d’actifs d’un assureur vie où ils occupent une place importante (70-85 %). Nous couvrons donc de façon structurelle le risque de taux.

La réforme en cours de Solvabilité 2 aura-t-elle un impact sur les solutions que vous utilisez ?

Un premier texte d’EIOPA est paru le 30 octobre 2017 et un second texte est attendu pour février 2018. Globalement, cette réforme en cours, ne devrait pas générer de grands changements ; il s’agit avant tout d’ajustements techniques.

Concernant les actions cotées, nous espérons une clarification pour les stratégies de couverture des risques. En effet les règles sur les techniques d’atténuation des risques sont assez floues, notamment sur le contrôle permanent des couvertures. La réforme en cours devrait les clarifier dans la publication de février.

Les solutions que vous mettez en œuvre pour économiser du capital sous solvabilité 2 sont-elles compatibles avec IFRS 9 que vous appliquez depuis le 1er janvier 2018 ?

Crédit Agricole Assurances applique IFRS9 avec l’approche Overlay depuis le 1er janvier 2018. Nous allons capitaliser sur nos travaux dans le cadre de Solvency II pour identifier des solutions d’investissements permettant de réduire la volatilité des investissements en actions cotées (Smart Beta, investissement factoriel, actions protégées…) dans le cadre d’IFRS 9.

 

1 Fonds propres exigibles au titre du risque lié aux différentes classes d’actifs détenues par l’assureur.
2 Coussin qui permet d’augmenter ou de réduire la charge en capital (en moyenne fixée au niveau de 39% pour les actions) en fonction de l’évolution du marché.
3 Quantitative Easing.
4 Option de vente : l’investisseur achète le droit de vendre, pendant une période donnée, à un prix donné, une quantité déterminée de l’actif.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº817
Notes :
1 Fonds propres exigibles au titre du risque lié aux différentes classes d’actifs détenues par l’assureur.
2 Coussin qui permet d’augmenter ou de réduire la charge en capital (en moyenne fixée au niveau de 39% pour les actions) en fonction de l’évolution du marché.
3 Quantitative Easing.
4 Option de vente : l’investisseur achète le droit de vendre, pendant une période donnée, à un prix donné, une quantité déterminée de l’actif.